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Six mois après la réélection du président Faustin Archange Touadéra, la République centrafricaine (RCA) a un nouveau gouvernement. Il s’agit d’une équipe resserrée de trente-deux ministres du parti au pouvoir et alliés, regroupés autour du Premier ministre Henri-Marie Dondra, nommé le 12 juin dernier. Ce nouvel Exécutif vient remplacer celui d’ouverture et d’unité nationale d’avant –élection du Premier ministre Firmin Ngrebada, bâti sur l’accord de paix du 6 février 2019, au moment où les groupes armés exerçaient une forte pression sur le  pouvoir de Bangui. Mais ce gouvernement qui a rendu sa démission le 10 juin dernier,  se révélera très tôt être une équipe hétéroclite qui brillait plutôt par la mésentente et la désunion de ses membres. C’est pourquoi la formation, le 24 juin dernier, d’un nouveau gouvernement avec des fidèles et des alliés, est la preuve que le président Touadéra a largement repris la main et le contrôle de la situation dans son pays. Et cela est de bon augure pour la RCA en proie, depuis 2013, à une guerre civile qui n’en finit pas de ravager le pays et de semer le désarroi et les graines de la division entre  ses fils. 

La Centrafrique revient de loin

Du reste, on se rappelle que le chef de l’Etat lui-même a été réélu, en décembre dernier, dans des conditions de vives tensions sur fond d’offensive rebelle qui visait clairement à renverser le régime, avec des groupes armés qui contrôlaient près des 2/3 du pays. Une situation de guerre qui a impacté le scrutin où seul un électeur sur trois a pu se rendre aux urnes. Il aura fallu l’intervention de paramilitaires russes et de soldats rwandais pour sauver le président Touadéra et son fauteuil.   Le moins que l’on puisse dire, c’est que la Centrafrique revient de loin. Après avoir failli toucher le fond, le pays est en train de renaître petit à petit de ses querelles fratricides. Et le choix de la collaboration avec les « popov », qui a fait grincer des dents à Paris,  aura été plutôt salutaire pour le régime de Faustin Archange Touadéra qui n’était pas loin de tomber comme un fruit mûr, sous les assauts répétés  des groupes armés. Cette alliance est d’autant plus salutaire que  depuis la réélection du président Touadéra en décembre dernier, l’armée centrafricaine, appuyée de ses nouveaux partenaires, a pu reconquérir une grande partie des territoires autrefois sous contrôle des groupes rebelles au point de permettre à la Centrafrique de prétendre à une certaine stabilité. Le hic est que la présence des paramilitaires russes en Centrafrique, dérange jusqu’aux Nations unies où le 23 juin dernier, cela a fait l’objet d’une levée de boucliers de la part des diplomates onusiens. Ces derniers ont unanimement pointé du doigt la place prise par ces paramilitaires russes dans le conflit centrafricain et leur gestion quotidienne du pays où les cas d’exactions contre des civils, du personnel de la Minusca et des Casques bleus, reviennent comme une ritournelle.  Une occasion, pour la France, de sonner la charge contre un rival qui est en train de lui tailler des croupières dans son pré-carré, en demandant clairement à Moscou de dire de qui répondaient les combattants russes de la société Wagner. 

Il est difficile de ne pas y voir une sorte de combats d’éléphants pour le contrôle de l’Afrique

Le clou a été enfoncé par le pays de l’Oncle Sam qui affirme sans ambages que ces combattants russes « opéraient directement comme une extension du ministère russe de la Défense ». De quoi embarrasser fortement la délégation du pays de Poutine dont la ligne de défense a jusque-là consisté à décliner sa responsabilité en clamant l’appartenance desdits combattants à une société privée, sans véritablement convaincre.  Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’aussi justifiée que soit cette interpellation de la Russie par l’ONU sur le cas centrafricain, en raison des entraves subies par la Minusca (Mission des nations unies en Centrafrique), il est difficile de ne pas y voir une sorte de combats d’éléphants pour le contrôle de l’Afrique. En effet, il n’est un secret pour personne que la France n’a jamais vu d’un bon œil l’influence grandissante de la Russie dans certains pays de son pré-carré en Afrique. Et ce n’est certainement pas au moment où la version africaine du « French bashing » (ressentiment antifrançais aux Etats-Unis) est en train de gagner du terrain sur le continent noir, que les choses vont s’arranger. Surtout si l’exemple de la Centrafrique qui connaît un semblant d’accalmie et de stabilité, devrait faire des émules dans d’autres pays du continent en proie aux violences politiques déstabilisatrices et surtout au terrorisme qui demeure la première préoccupation des populations africaines qui aspirent aujourd’hui à la paix. Mais en attendant,  l’Afrique a aussi son mot à dire. Même si ce choix n’est pas sans risques et même si l’expérience de ce mariage de raison avec la Russie auquel poussent certaines populations africaines, pourrait considérablement nuire à la France, si cela ne contribue pas à anéantir les efforts de Paris pour garder la haute main sur le continent. Une Afrique objet de plusieurs convoitises, qui demeure pour Paris un partenaire stratégique mais qui peut lui échapper à tout moment, en raison de nouvelles donnes pluridimensionnelles. 

 « Le Pays »