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web-19.jpgNous ne disposons pas de statistiques fiables sur le nombre exact des victimes des fusils et des pistolets fabriqués dans les ateliers de nos forgerons. Non pas par manque de curiosité, mais parce qu’aucune institution chargée des questions de banditisme n’a encore produit des statistiques fiables sur le sujet. La plupart des personnes ressources répondent de manière évasive. Mais tout le monde se limite à reconnaître que dans les centres urbains et en rase campagne les agresseurs utilisent des fusils et des pistolets de fabrication artisanale.

PASSIVITÉ COLLECTIVE

Nos sources ont raison sur ce point à la lumière des deux événements récents que nous allons vous rapporter. Le premier est survenu dans la nuit du 13 au 14 août dans la rue communément appelée « Noumouké Carré » à Kalabancoura. Le deuxième a eu lieu dans la journée d’hier aux environs de 10 heures au marché de Sabalibougou. Ces histoires incitent à la réflexion les services de police et les simples citoyens.

Les policiers traquent les bandits de jour comme de nuit. Des habitants les hébergent, les connaissent ou les suspectent à cause de leur programme peu ordinaire. Mais ils ne les dénoncent rarement malgré une intense campagne de sensibilisation dans ce sens. Tous les jeunes commissaires affectés dans un nouveau poste rendent visite au chef de quartier. Pour solliciter la collaboration des populations de leur ressort territorial. Mais rares sont nos compatriotes qui viennent volontiers dénoncer une personne dont les activités leur paraissent suspectes. C’est toujours après que l’on regrette ne pas avoir alerté la police avant un fait commis par un bandit dont tout le monde se méfiait pourtant.

Il y a peu de temps un officier supérieur de la police nationale discutait avec des amis à propos de l’insécurité qui sévit à Bamako. Il invitait chaque Bamakois à venir déclarer son étranger ou le locataire inconnu de sa maison au commissariat. Cette précaution dissuaderait les malfrats. Ils hésiteraient avant d’entreprendre des actions malsaines dans une société civilisée. Il est avéré que chaque fois qu’un étranger est déclaré à la police, il fait l’effort maximum pour se conformer à nos lois. Le Mali est l’un des rares pays où la pratique du recensement des étrangers n’existe pratiquement pas.

Un quatuor de voyous à deux roues défrayent présentement les chroniques des faits divers de la capitale. Ils se sont particulièrement distingués dans la nuit du 13 au 14 août. Ce soir là dans une rue passante de Kalabancoura communément appelée « Noumouké Carré », le commerçant Oumar Sow s’apprêtait à fermer sa boutique pour aller se coucher. Il a reçu au même moment la visite de quatre individus sur deux motos « Jakarta ». Ils demandèrent au commerçant de leur remettre ses économies. Comme celui-ci ne s’exécutait pas, les quatre hommes ne lui donnèrent même pas le temps de se rendre compte de ce qui lui arrivait. L’un des visiteurs sortit un pistolet de fabrication traditionnelle et ouvrit le feu sur le commerçant. Oumar Sow dit Foulaké tomba, touché à la hanche par les plombs tirés à bout portant.
Une foule de curieux accourut sur les lieux à la suite du coup de feu. Les malfrats n’attendirent pas. Ils enfourchèrent leurs engins et prirent le large. Ils furent poursuivis par des piétons qui criaient pour alerter d’éventuels promeneurs tardifs, afin d’arrêter la bande qui roulait sur les deux « Jakarta ». Un des assaillants tomba. Les autres cambrioleurs stoppèrent pour l’attendre en plein milieu de la route. Pointant leurs armes dans la direction des poursuivants qui ne se hasardèrent plus à n’avancer à la vue des canons. La patrouille du 11è arrondissement tournait non loin de l’endroit de l’agression. Alertés par les clameurs, les agents arrivèrent rapidement sur les lieux. C’est la patrouille qui a fait appel à la Protection civile pour évacuer Foulaké sur l’hôpital Gabriel Touré.

TOUS LES COMMISSARIATS A PIED D’ŒUVRE

Les voyous continuèrent leur course. Quelques mètres plus tard ils s’approchèrent de deux jeunes gens qui prenaient du thé devant leur maison. Les inconnus leur intimèrent l’ordre de remettre leurs téléphones portables. L’un des jeunes voulut savoir pourquoi. Pour toute réponse il reçut à son tour une décharge dans le genou droit. Les agresseurs ramassèrent les appareils et continuèrent leur « razzia » jusqu’à à Hamadallaye où ils agressèrent une troisième victime. Les trois blessés se retrouvèrent à l’hôpital Gabriel Touré, chacun expliquant comment il a été agressé par les voyous « à la Jakarta ».

Dans la journée d’hier, un jeune homme du nom de Oumar Sangaré a été agressé par un membre de la même bande. Oumar était assis sur une moto au bord de la route. Il attendait patiemment sa sœur venue faire des achats au marché de Sabalibougou. Tout d’un coup, un homme, comme surgi du néant, prit place derrière lui et lui planta la pointe d’un poignard dans la hanche en lui disant dans le creux de l’oreille : « si tu ne démarres pas, je te l’enfonce dans le ventre et tu mourras d’un coup« . Le jeune homme obéit machinalement. Il mit l’engin en marche et démarra. Le kidnappeur lui ordonna de prendre la route de Bacodjicoroni. Au niveau de la zone communément appelée « Golfe », le voyou ordonna à l’otage de descendre de l’engin et de lui remettre les clés. Le jeune homme obtempéra et le bandit le libéra. Il revient à pieds à la maison où il rendit compte de sa mésaventure aux siens qui portèrent plainte à la police. Depuis la nuit du 13 au 14 août, tous les commissariats de Bamako sont à pied d’œuvre pour arrêter les quatre hommes. Ils mettent en garde contre toute tentative de jouer les braves face à ces meurtriers armés.

Aux dernières nouvelles, les jours des trois blessés ne sont pas en danger.

G. A. DICKO – Essor

16 aout 2007