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vol.jpgC’est lors de ces cérémonies que ces dames trouvent les conditions idéales pour opérer : un grand rassemblement humain, des personnes venues de tous les horizons et qui très souvent se connaissent à peine, un étalage incroyable de bijoux, d’accessoires de prix et de vêtements de luxe ainsi que de la nourriture à profusion.

On comprend donc que ces dames se soient érigées en spécialistes de cérémonies sociales.

Profiter des grands événements est devenu comme un métier pour elles. Elles passent leur temps à sillonner les différents quartiers de Bamako à la recherche d’une cérémonie de baptême, de mariage, et même de décès. Elles ne ratent jamais les bulletins nécrologiques de la radio et parviennent à deviner à l’écoute de ceux-ci les familles où il serait intéressant pour elles d’opérer.

Elles ont une multitude de cordes à leur arc, mais elles possèdent toutes le même don : celui de se rendre insoupçonnables.

Les plus prudentes adoptent un profil bas et se déplacent tellement discrètement qu’elles ne retiennent le regard de personne.

Les plus audacieuses, au contraire, estiment qui la visibilité est le meilleur camouflage et donc elles se font voir.

Aux cérémonies de deuil par exemples, elles éclatent en pleurs de manière spectaculaire et se laissent consoler par tout le monde. Aux mariages et aux baptêmes, elles multiplient les bises et les sourires autour d’elles. Tout cela afin qu’on les croit proches de la famille et que personne ne s’étonne plus tard de les voir se promener dans la maison.

Lorsque ces intruses se trouvent dans la place, elles s’emparent de tout ce qui leur passe à portée de la main. Pour elles, deux règles sont essentielles :

Primo, l’occasion fait le larron et il faut garder les yeux grands ouverts pour ne laisser filer aucune aubaine.

Deuzio, il n’y a pas de butin négligeable. Tout est donc bon à prendre, même si ces dames manifestent une préférence pour les bijoux de prix, pour les portables haut de gamme et, bien sûr, pour l’argent qui traîne.

Mais lorsque l’occasion s’en présente, nos voleuses font aussi main basse sur les habits et les sacs à main que les propriétaires ont rangés dans les dressing rooms improvisés. Et quand les objets de prix leur échappent, elles se rabattent sans hésiter vers la nourriture qu’elles emportent dans de grands sacs en plastique.

Un vrai joyau

L’héroïne de notre histoire du jour (une certaine Fanta) et qui a fait des ravages dimanche dernier dans la grande famille Maïga à Quinzambougou avait une couverture à toute épreuve : son bébé porté au dos. Selon notre consœur, membre de ladite famille et qui nous a rapporté les faits, les Maiga célébraient ce jour là le mariage de leur fille.
Pour dignement faire entrer la demoiselle dans sa nouvelle vie, ses parents s’étaient mobilisés pour que l’événement soit mémorable, mais raisonnablement organisé. La cérémonie a donc réuni en priorité les membres de la grande famille et de nombreux proches.

Aux environs de 13 heures, comme un signe prémonitoire de ce qui allait arriver, des rumeurs de vol commencèrent à circuler dans la petite foule présente. Une femme aurait été dépouillée du contenu de son sac, racontait-on. Personne ne pouvait ni relater les circonstances exactes du vol, ni garantir la véracité de l’information.
Mais tout le monde sans chercher à creuser se mit à prendre ses précautions pour protéger les objets les plus précieux qu’il avait amenés. Précautions inutiles, car les voleuses savent attendre leur heure et patienter autant qu’il le faut.

Pour Fanta, le moment propice arriva aux environs de 16 heures.

Ce fut l’instant choisi pour les unes de faire leur prière et pour les autres de se changer et d’endosser des habits neufs pour les cérémonies de l’après-midi. Fanta se glissa dans une chambre où les « élégantes » s’activaient à refaire leur maquillage et changer leurs habits.

Les dames étaient complètement absorbées par ces opérations et se montraient beaucoup moins vigilantes dans la surveillance de leurs biens. Ce moment d’inattention laissait toute latitude à Fanta pour opérer. La dame s’approcha habilement d’un tas de sacs à main posés sur un meuble, glissa sa main dans plusieurs d’entre eux et s’empara rapidement de ce que contenaient divers portefeuilles.

Elle avait agi si habilement que personne ne s’était aperçue de son manège. Fanta déclara alors à haute voix qu’elle avait besoin de se rendre dans les toilettes pour y changer les couches de son enfant. Alors que la voleuse se trouvait au cabinet, l’un des élégantes voulut se parer avec un bijou en or qu’elle avait laissé dans son sac.
Elle s’aperçut alors de la disparition de sa parure. Sans hésiter, la dame annonça publiquement la perte de son bien. Les femmes présentes dans la pièce réagirent sur le champ. Chacune d’elles déversa le contenu de son sac sur le lit.

En essayant de s’innocenter, certaines se rendirent compte qu’elles-mêmes avaient été victimes de vol. Deux d’entre elles constatèrent la disparition de sommes d’argent et la troisième déclara ne plus retrouver son portable Nokia « VIP ». Cette perte était la plus importante. Car comme le savent les initiés, il y a cellulaire et cellulaire.
Les appareils « VIP » sont devenus aux yeux des dames de vrais joyaux, des symboles de rang social. Non seulement à cause de leur design séduisant et de leur taille réduite. Mais surtout à cause de la multitude de fonctions qu’ils offrent et qui vont du service radio à la commodité vidéo. Ces petites merveilles valent au bas mot 350 000 francs.

L’amie de Salimata

On comprend donc que la disparition de l’un d’eux soulève dans la gent féminine un émoi encore plus grand que celui amené par les pertes d’argent ou même de bijou. La pièce sombra dans la plus grande confusion, chacun voulant exposer sa théorie sur ce qui était arrivé et qui troublait tout le monde.

Dans ce brouhaha, une femme, qui avait gardé son calme, réussit à se faire entendre. Elle expliqua qu’elle avait trouvé étrange la présence dans la pièce d’une femme portant son enfant au dos. L’intruse, dit-elle, ne faisait partie ni du groupe des élégantes, ni du cercle de la famille. La remarque de la dame était frappée au coin du bon sens.

On fit donc venir Fanta et on lui demanda de vider comme les autres dames le contenu de son sac sur la table. La voleuse s’exécuta sans protester. Dans son sac, il n’y avait ni argent, ni objets volés. Mais manque de chance pour Fanta, l’étui du portable perdu s’y trouvait.
Étonnés par la présence de cet accessoire, les dames présentes sommèrent Fanta de s’expliquer. La voleuse jura sur ce qu’elle avait de plus sacré qu’elle ignorait comment l’étui s’était trouvé dans son sac.

Une sœur de la mariée eut alors l’idée de demander à l’intruse qui l’avait invitée à la cérémonie. Face à cette question embarrassante pour elle, Fanta décida de se jeter à l’eau en espérant que la chance serait de son côté.

« Je suis l’amie de Salimata« , répondit-elle avec assurance, en escomptant que quelqu’un dans la famille portait bien ce prénom. Malheureusement pour elle, tel n’était pas le cas. Les membres de la famille décidèrent alors d’amener l’intruse au commissariat du 3è Arrondissement. La dame y reconnut s’appeler Fanta et affirma qu’elle était entrée chez les Maïga poussée uniquement par la faim. Elle voulait tout juste trouver de quoi manger et s’en aller aussitôt après. Mais cette réponse parut peu crédible aux agents qui demandèrent à une de leurs collègues procéder à une fouille en règle sur Fanta.

La moisson était des plus étonnantes. La policière découvrit que Fanta portait plusieurs caleçons entre lesquels elle avait inséré l’argent et le bijou volé. Le fameux portable avait dissimulé sous la couche jetable du bébé. Surprises de l’ingéniosité déployée par la voleuse, les femmes ont récupéré leur bien. Pour les policiers, la petite incursion de Fanta aurait pu très mal se terminer pour elle. Il aurait suffi que les gens qui la soupçonnaient de vol soient portés sur la violence pour qu’elle encoure une très sévère correction.

A la question de savoir si cette mésaventure aura un effet dissuasif sur la voleuse, les spécialistes répondent par la négative. Fanta, disent-ils, a trop pris goût au gain facile pour renoncer à son mode de vie actuel.

Doussou Djiré

Essor du 28 Mai 2008