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A la faveur de l’élection de Dioncounda Traoré comme président de l’Assemblée Nationale le 3 septembre 2007, on a assisté à un brusque rapprochement entre l’ADEMA et l’URD, les deux plus grandes formations politiques de l’ADP (Mouvance présidentielle) et de l’échiquier. Elles ont été rejointes par le RPM, un parti de l’opposition. Ces actes politiques ont remis en surface la reconstitution de l’ADEMA originelle, quand on sait que le RPM aussi bien que l’URD sont issus de l’ADEMA. Mais la question que bon nombre d’observateurs de la scène politique malienne se pose est celle-ci : jusqu’où ira l’idylle entre l’ADEMA et l’URD?

L’ADEMA ET L’URD, DEUX COUSINS GERMAINS

Au sortir des élections communales de Mai 2004, l’ADEMA a obtenu 3 336 conseillers communaux sur les 10 777 au total, soit 30,95% de l’électorat malien. C’est ce qui lui a vallu la présidence du Haut Conseil des Collectivités(HCC), la dernière née des institutions de la République pour cinq ans. La 1ère vice présidence de cette institution est revenue à l’Union pour la République et la Démocratie (URD), cousin germain de l’ADEMA qui est arrivé en 2ème position en terme d’élus communaux après l’ADEMA.

Sur les 10 777 conseillers communaux, l’URD a obtenu 1 623, soit 15,06% de l’électorat. En plus de la présidence du Haut Conseil des Collectivités (HCC), l’ADEMA a jeté son dévolu sur le perchoir de Bagadadji, conscient qu’au nom du fait majoritaire, la présidence de l’Assemblée Nationale lui revient de droit. En terme du nombre de députés élus à l’Assemblée, l’ADEMA reste premier parti politique au Mali.

Sur les 147 députés il a pu avoir 51, selon les résultats définitifs proclamés par la Cour Constitutionnelle le 10 Août dernier. Une fois encore, son poursuivant immédiat est l’URD qui a obtenu 34 députés. Si l’ADEMA a pu avoir le perchoir, c’est grâce à l’Alliance qu’il a nouée avec l’URD.

LA DICTATURE DE L’ADEMA ET DE L’URD

L’Alliance pour la Démocratie et le Progrès (ADP), encore appelée la mouvance présidentielle composée de 43 partis politiques plus des associations sont à la base de la réélection du Président ATT le 29 avril 2007. Lors des deux tours des législatives de juillet 2007, la locomotive de l’ADP, c’est à dire l’ADEMA et le premier wagon de classe exceptionnelle qui est l’URD ont eu la majorité absolue, soit 85 députés sur 147 : l’Adéma 51 l’URD 34.

Ces deux partis veulent aujourd’hui imposer leur diktat aux autres formations politiques, et ils ont réussi à porter Dioncounda au perchoir. Younoussi Touré, président de l’URD deviendrait le 1er vice-président de l’Assemblée Nationale, selon certaines indiscrétions. Assarid de l’ADEMA, le 2ème vice-président et Baba Oumar Boré le 3ème vice-président. La 4ème vice-présidence reviendrait au groupe des indépendants et la 5ème vice-présidence au RPM.

A la questure, l’Adéma et l’URD se seraient également mis d’accord : les deux questeurs sortants, le 1er Mohamadou Cissé dit Bagagnoa de l’Adéma et le second Moussa Cissé de l’URD, tous réélus sur la même liste seront reconduits.

Quant aux autres partis politiques et au groupe des indépendants dont le poids est sans conséquence majeure sur la composition du bureau de l’Assemblée, ils se partageront les portions congrues. Le groupe des indépendants et les autres partis politiques représentés à l’Hémicycle sans l’Adéma et l’URD totalisent 62 députés contre 85 pour l’Adéma et l’URD.

CE QUI PEUT OPPOSER L’ADEMA A L’URD

Ce qui a réuni l’Adéma et l’URD c’est à dire la conquête et l’exercice du pouvoir peuvent être des sources pour leur séparation. Toutes les aspirations de l’ADEMA sont partagées par l’URD. Le challenger du président ATT en 2002, M. Soumaïla Cissé, l’actuel président de la Commission de l’Union Economique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA) n’a jamais renoncé à la Magistrature Suprême du pays.

Pour lui, le vrai patron de l’URD, 2012 sera la bonne année. Avant le départ du pouvoir en 2002 de l’ex-président Alpha Oumar Konaré, Soumaïla avait jeté son dévoulu sur la Primature. Il fut ministre des Finances pendant plusieurs années; ministre d’Etat, super ministre de l’Equipement des Transports, de l’Environnement.

Dans son entourage, on murmure qu’après avoir franchi tous les échelons, ministre pendant dix ans, il faut qu’il devienne président d’une institution de la République, a-t-on appris dans l’entourage de “Soumi”. L’Alliance pour la Démocratie au Mali-Parti Africain pour la Solidarité et la Justice (ADEMA-PASJ) qui a dirigé le Mali pendant dix ans (1992-2002) se prépare à reconquérir le pouvoir en 2012.

Lors de la célébration du 16ème anniversaire du parti le 25 mai dernier, son président Dioncounda Traoré, aujourd’hui président de l’Assemblée Nationale a affirmé que l’ADEMA reviendra au pouvoir en 2012. La reconquête du pouvoir par le parti de l’Abeille Solitaire, emblème de l’ADEMA, passe selon nos sources par le contrôle des institutions de la République.

Il est bien lancé sur cette voie, puisqu’à la faveur du renouvellement du bureau du Haut Conseil de Collectivités, le président sortant de cette institution M. Oumarou Ag Ibrahim Haïdara, issu des rangs l’ADEMA a été reconduit brillamment pour un nouveau mandat de cinq ans. Sur les huit institutions de la République, l’ADEMA controle deux, l’URD zéro.

2012 sera pour lequel des deux partis les plus représentés sur l’ensemble du territoire nationale?

Daba Balla KEITA

06 septembre 2007.