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L’étau se resserre sur Ahmed Sow et avec lui la société FITINA. L’Union Européenne vient de réclamer le remboursement par cette dernière de la somme de 3,5 millions d’euros au motif que l’actuel ministre des mines, de l’énergie et de l’eau, alors directeur du Centre de Développement de l’entreprise (CDE), l’aurait favorisé en sa qualité d’actionnaire occulte.

La Banque Européenne d’Investissement (BEI) entend donner une suite judiciaire à cette affaire au Mali et en France. Le point complet sur le dossier. La version du ministre Ahmed Sow.

Selon des informations rendues publiques le 26 avril par RFI et l’AFP, la Commission Européenne et la Banque Européenne d’Investissement (BEI) ont décidé de récupérer des fonds qu’elles avaient accordés à la société malienne de production de coton Fitina, dans laquelle le ministre malien des Mines, de l’Energie et de l’Eau, Hamed Sow avait des intérêts.

C’est une enquête de l’OLAF qui a mis le feu aux poudres. L’organisme chargé au sein de l’Union Européenne de traquer les fraudes a mis à jour des irrégularités concernant la société malienne Fitina, a annoncé RFI, le 26 avril. Cette filature de coton a reçu en 2001 un prêt de 3,5 millions d’euros de la Banque européenne d’investissement (BEI) et des aides de la Commission européenne évaluées à 720 000 euros.

Cet argent devait servir à acheter des équipements. Or le coût de ces équipements aurait été surévalué, selon l’enquête de l’OLAF. Autrement dit, certaines personnes au sein de la Fitina se seraient servies au passage. Autre volet du rapport : un conflit d’intérêt impliquant le ministre de l’Energie malien, Ahmed Sow. Ce dernier était, jusqu’à peu, directeur du CDE, le Centre de développement des entreprises, organisme dépendant à Bruxelles de la Commission européenne et qui a apporté son aide à la Fitina.

Or Ahmed Sow connaissait bien les responsables de la société, mais il nie avoir agi en leur faveur.
« Ce dont je me suis gardé, c’est d’éviter d’intervenir directement dans les activités de Fitina », déclare le ministre Ahmed Sow, interrogé par RFI.

Pour l’instant, la Banque européenne d’investissement et la Commission européenne concentrent leurs requêtes sur la Fitina. Elles demandent un remboursement des fonds qu’elles lui ont accordés et réfléchissent également à des actions judiciaires. Une enquête est également ouverte en France où le promoteur de Fitina est basé.

Le Républicain avait raison

Selon les informations publiées par Le Républicain, l’Union européenne s’était mise aux trousses du ministre depuis début septembre 2007. Les enquêtes du cabinet anti-fraude de la Commission européenne dont Ahmed Sow, ancien Directeur général du centre de développement des entreprises (CDE) a fait l’objet, ont commencé bien avant la constitution du gouvernement de Modibo Sidibé, le 4 octobre 2007.

L’Office européen de lutte contre la fraude (OLAF) a envoyé, le 2 septembre 2007 à Bamako, une mission d’enquête sur les financements accordés par le Centre de développement des entreprises (CDE) et la Banque européenne d’investissements (BEI) à certaines entreprises privées maliennes. C’est en 2005 qu’Ahmed Sow a été désigné Direc-teur général du CDE. A cette occasion, il avait été salué par la Communauté du business malien à Bamako.

Agé de 54 ans, Ahmed Sow qui a été nommé au poste de ministre de l’Énergie, des Mines et de l’Eau, le 4 octobre dernier est titulaire d’un doctorat obtenu à Paris. Il est considéré comme l’auteur du fameux PDES (Programme de développement économique et social) présenté comme étant l’ossature de la politique du Président ATT pour le mandat en cours. A ce titre, ATT lui aurait promis le poste de Premier ministre.

Ahmed Sow a démissionné en mai dernier, de son poste bruxellois pour se mettre à la disposition de son pays, selon « La lettre du continent », une lettre confidentielle éditée à Paris.

A défaut de faire de lui Premier ministre, sans doute en raison des enquêtes dont il est l’objet, ATT le repêche et le met à la tête d’un département qui génère à lui seul, plus de 70 % des recettes d’exportations du pays, le ministère des Mines, de l’Energie et de l’Eau.

ATT était au courant de cette affaire. Le premier ministre Ousmane Issoufi Maïga avait reçu les dossiers concernant la gestion d’Ahmed Sow à la tête du CDE et la demande d’enquête de l’OLAF. A Bamako et à Bruxelles, les fonctionnaires européens ne manquaient pas d’exprimer leur surprise et leur indignation de voir siéger au sein du gouvernement malien un homme sur lequel l’OLAF enquête.
La déclaration du gouvernement

Le 2 novembre 2007, le gouvernement du Mali, à la faveur d’une conférence de presse animée par le ministre Ahmed Sow, produisait une déclaration lue par la ministre Porte Parole du gouvernement. Après en avoir été saisi par l’OLAF, le gouvernement du Mali acceptait le principe d’une enquête de l’OLAF en cours.

Lors de la conférence de presse, le gouvernement était représenté par deux ministres : Mme Diabaté Fatoumata Guindo, ministre chargé des Relations avec les Institutions, Porte Parole du Gouvernement et Ahmed Sow, ministre des Mines, de l’Energie et de l’Eau.

La déclaration du gouvernement a été lue par la ministre Porte Parole du gouvernement en ces termes : « Il est exact que l’Office européen de lutte contre la fraude (OLAF) de la Commission Européenne a ouvert une enquête administrative concernant le Centre de Développement de l’Entreprise, précédemment dirigé par notre compatriote M. Ahmed Sow, suite à des allégations et conflits d’intérêts.

Dans le cadre de cette enquête, l’OLAF a souhaité procéder à des vérifications au Mali, précisément à Bamako avec l’assistance des autorités maliennes. A cet effet, il a saisi le gouvernement du Mali, qui par souci de transparence en a accepté le principe et s’est dit disposé à accorder à l’équipe d’enquêteurs l’assistance nécessaire pour le bon déroulement de l’enquête.

Le gouvernement en a informé le Chef de la Délégation de l’Union Européenne au Mali. Le ministère de la Justice Garde des Sceaux a été chargé d’organiser l’assistance souhaitée. A ce sujet, toutes les dispositions sont prises afin que l’enquête se déroule dans la transparence requise, mais aussi dans le respect des principes régissant la présomption d’innocence.

Le gouvernement entend gérer cette affaire en toute responsabilité et dans la sérénité. Il attendra avec intérêt les résultats de l’enquête».
Selon Ahmed Sow lorsqu’il a été convoqué par l’OLAF, « cette instance n’a fondé ses accusations que sur des fichiers informatiques sans aucun autre document établi. Ces fichiers établiraient que je serais actionnaire de trois sociétés au Mali et au Sénégal qui ont bénéficié des subventions du CDE.

J‘ai demandé qu‘on mette à ma disposition ces fichiers informatiques afin que je puisse fournir toutes les explications. Ils m‘ont répondu que pour des raisons de préservation de leurs sources, ils ne pouvaient pas mettre ces fichiers à ma disposition. L‘OLAF n‘a fourni aucun élément probant pour étayer les dénonciations anonymes», avait-il déclaré lors de cette conférence de presse organisée par le gouvernement à la Maison de la presse.

A l’origine de cette enquête de l’OLAF, le ministre parle tantôt de dénonciations anonymes, tantôt d’un de ses anciens collaborateurs mécontent d’avoir été relevé de ses fonctions.
Cependant, selon certaines sources, Hamed Sow aurait été balancé depuis Bamako par un proche du président de la République.


B. Daou


Ahmed Sow : “Je ne suis pas actionnaire à Fitina”

Après la publication du contenu du rapport Administratif de l’OLAF sur la gestion du CDE à Bruxelles par l’AFP Bruxelles du 25 avril 2008, la réaction de l’ancien directeur général du CDE actuel ministre de l’Energie, des Mines et de l’eau, Ahmed Sow que nous avons rencontré ne s’est pas fait attendre.

Selon lui, sa gestion à la tête du CDE n’est pas en cause car, dit-il, dans ce rapport « il n’y a pas une seule ligne qui fait allusion à une malversation sur ma gestion ». Le rapport en question, ajouta-t-il, contient deux volets : un premier volet relatif à un prêt de 4 millions d’euros accordés à une société malienne Fitina en fin 2001 pour l’achat d’équipement pour une filature de coton à Bamako.

Quant au second volet, il porte sur un éventuel conflit d’intérêt de Ahmed Sow pour avoir aidé une société à s’installer au Mali.
Mais pour le ministre Ahmed Sow, les gens spéculent sur un rapport qu’ils n’ont pas vu. Selon lui, c’est un rapport administratif qui n’a rien de judiciaire que l’OLAF a déposé. Les rapports de l’OLAF, ajouta t-il, sont des rapports confidentiels qui sont adressés au collège des commissaires et particulièrement à Louis Michel qui peut le donner pour le suivi.

Parlant du rapport dont le contenu a été rendu public par la dépêche de l’AFP Bruxelles le 25 avril 2008, Ahmed Sow dira que c’est un « tissus d’erreurs ».
En effet, selon lui, il n’a jamais été question de fraude dans cette affaire.

C’est tout au plus un conflit d’intérêt. Le rapport parle au conditionnel d’un éventuel conflit d’intérêt. Il est reproché à Ahmed Sow, alors directeur des opérations du CDE, d’avoir favorisé en 2002 la création de la société Fitina en signant un protocole d’accord avec les promoteurs de ce projet dans lequel il était prévu qu’il vienne diriger ladite société au Mali, avec une partie de ses rémunérations sous formes d’actions.

Selon l’intéressé, ce protocole n’aurait pas pu être respecté à cause de la crise ivoirienne dont les conséquences devraient engendrer l’arrêt de Fitina. Ahmed Sow soutient que dès sa nomination en qualité de directeur du CDE en 2005, il a écrit aux dirigeants de Fitina pour leur signifier qu’il ne pourrait plus respecter ses engagements de retourner au Mali afin de diriger la filature.

« Le rapport n’a jamais établi que j’ai des intérêts dans cette société Fitina. C’est un simple soupçon », affirme Ahmed Sow.
Concernant les accusations de surfacturation portées par la BEI contre Fitina, Ahmed Sow nous révéla que cette société cotonnière a fait l’objet de deux expertises : une première expertise des équipements par un cabinet français et une deuxième par un cabinet américain.

Quant aux arguments selon lesquels Ahmed Sow serait intervenu pour favoriser les prêts à Fitina, l’ancien directeur général du CDE estime que c’est une insulte pour la Banque européenne d’investissement elle-même. En effet, selon Ahmed Sow une banque sérieuse n’accorde pas de prêt parce que quelqu’un est intervenu. Les dossiers, explique t-il, sont analysés par un comité de crédit qui regarde la fiabilité technique et financière du projet.

Quant aux 720 000 euros accordés par la CDE à Fitina, Ahmed Sow estime que c’est un chiffre fantaisiste.
En effet, dira t-il, le CDE n’accorde pas de prêt. Il aide au financement des études, le CDE intervient dans la subvention aux entreprises et sa moyenne d’intervention est de 25 000 euros.
Le maximum cumulé de ces interventions sur 10 ou 15 ans est de 300 000 euros.

D’après lui, du 10 janvier 2001 au 17 décembre 2003, la société Fitina a reçu en tout trois assistances techniques et le financement d’une étude de faisabilité pour la création d’une unité d’emballage. Le tout pour un montant total de 75 250 euros soit dix fois moins que le montant mentionné dans le rapport.

Parlant enfin des accusations selon lesquelles Fitina est soupçonné d’avoir acheté des machines moins chères à une société en France pour empocher la différence, Ahmed Sow affirme sans détours qu’elles sont sans fondement.

Selon ses explications, les propriétaires de ces machines sont actionnaires de Fitina, une société née à la suite d’une rencontre sur le projet textile. Plutôt donc que de vendre leurs matériels, ils ont simplement mis dans l’entreprise les équipements et ce sont eux-mêmes qui les ont installés.

Quant à son départ du CDE, Ahmed Sow parle de concours de circonstances. selon lui, il avait prévu de rentrer au Mali après les élections de 2007. Et c’est en juin 2007 qu’il avait demandé au conseil d’administration du CDE son départ.


Birama Fall

29 Avril 2008