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Le Vérificateur général, Sidi Sosso Diarra a remis, le jeudi dernier dans la salle de banquet du Palais de Koulouba, le rapport annuel 2007 de son Bureau au président de la République, Amadou Toumani Touré. Le document indique que les vérifications financières ont révélé près de 20 milliards de FCFA de manque à gagner pour l’Etat.

C’est le 3ème rapport du genre que le Vérificateur général remet au chef de l’Etat depuis la mise en place de l’institution en 2005. Sidi Sosso Diarra et son équipe ont produit un rapport qui constitue la synthèse de 33 rapports individuels totalisant plus de 800 pages et annexes et portant sur des secteurs de grande importance stratégique pour le Mali.

Il s’agit des services de l’assiette et du recouvrement qui procurent au trésor public l’essentiel de ses recettes ; du secteur de la sécurité alimentaire, à travers les performances du Commissariat à la sécurité alimentaire concernant, entre autres la disponibilité et l’accessibilité des denrées de première nécessité ; du secteur des mines, notamment la taxation de l’or ;

des domaines de l’Etat, des affaires foncières et du logement, en raison des défis de l’urbanisation rapide et de l’importance des ressources publiques investies; et du secteur hospitalier, compte tenu de la place des établissements publics hospitaliers dans la stratégie nationale de couverture sanitaire.

Dans son intervention, le Végal a attiré l’attention du président de la République sur la particularité du rapport annuel 2007 qui réside dans l’accent mis par le Bureau sur les vérifications de performance qui sont au nombre de 14 contre 4 en 2006.

« C’est la preuve de l’importance que revêt la vérification de performance dans l’appréciation de la gouvernance des ressources publiques, parce que touchant à la question essentielle de l’impact des investissements consentis sur le cadre et la qualité de vie des citoyens », affirme le Vérificateur général, qui poursuit : « qu’il s’agisse de la sécurité alimentaire, de la santé, notamment la lutte contre le Sida et le secteur hospitalier,

ou du secteur social avec les importants programmes de renforcement de l’équité hommes-femmes, et de la lutte contre l’excision, les vérifications effectuées par le Bureau, ont permis de faire des constats et des recommandations susceptibles d’améliorer l’efficacité d’institutions, projets et programmes déjà très méritoires au regard des résultats obtenus ».


20 milliards de FCFA de manque à gagner

Portant sur trois exercices, le rapport annuel 2007 a fait ressortir un manque à gagner considérable pour le trésor public : 20 milliards de FCFA. « Ce montant est issu de 21 missions, et couvre trois exercices en moyenne. La moitié de cette somme est imputable à la mauvaise gestion, et l’autre moitié à la fraude, donc recouvrable », révèle Sidi Sosso Diarra.

Le président de la République a été informé aussi des résultats d’une enquête réalisée par un service indépendant du Bureau du Vérificateur général, dont les recommandations ont été mises en œuvre à plus de 80% par les structures vérifiées.

De cette enquête, il ressort que, sur un montant total de 31 milliards de FCFA, dont a été saisi le procureur en charge du Pôle économique pour 2006, plus de 21 milliards de FCFA avaient été régularisés ou justifiés avant juin 2008. Et le Bureau du Vérificateur général envisage d’aller plus loin en 2008 dans le suivi de la mise en œuvre des recommandations formulées.

Espoir et craintes

Malgré les difficultés, le Vérificateur général dit avoir des raisons d’espérer en dressant un bilan à mi-parcours de son mandat. « En effet, tant bien que mal, le Bureau, parti de zéro, a été mis en place et doté de moyens conséquents, grâce, il faut le reconnaître, à vos efforts personnels. Il a produit, à cette date, 74 rapports sectoriels et 3 rapports annuels. Il dispose d’un personnel non seulement compétitif, mais bénéficiant également d’opportunités de formation continue.

Enfin, nous sommes conscients des points faibles du Bureau et nous nous attelons à les corriger, parce que notre ambition est de devenir un centre d’excellence », dit le Végal au chef de l’Etat, à qui il fait part de ses inquiétudes liées « aux subtiles campagnes de décrédibilisation du Bureau, aux contre-expertises de ses rapports, à l’interprétation que font certaines structures vérifiées de la notion du principe du contradictoire ».

Pour le président de la République, la remise de ce troisième rapport prouve que l’exercice s’installe dans la tradition. En adressant ses vives félicitations à l’ensemble des Vérificateurs et à leur chef pour le travail abattu, Amadou Toumani Touré a affirmé que l’engagement du Végal est d’autant plus méritoire que le Bureau du Vérificateur général est un organe de contrôle inédit, en Afrique. Et, c’est seulement au Mali qu’on le retrouve sur le continent. « Ce n’est pas parce que nous gérons mal, mais seulement parce que nous voulons savoir nos faiblesses et les corriger.

Le Bureau du Vérificateur général est né d’un courage politique », précise le chef de l’Etat, très satisfait des résultats du rapport. Il a réaffirmé son soutien au Végal en affirmant qu’il suit chaque dossier et exige un compte rendu régulier et ponctuel. Le soutien du président va plus loin lorsqu’il affirme « à n’importe quel poste où vous vous trouvez, vous répondrez… ».

C’est un avertissement à l’égard des délinquants économiques et financiers qui pensent qu’ils peuvent se permettre de détourner les fonds publics et rester dans l’impunité, sous prétexte qu’ils ont le soutien du président de la République.


I. MAÏGA

04 Aout 2008