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Dans le deuxième convoi, on retrouve malheureusement les mêmes destins brisés et la même incertitude face à l’avenir

jpg_une-2506.jpgC’est un spectacle poignant qu’offrent à leur arrivée à Bamako les Maliens qui ont choisi de fuir l’enfer centrafricain et qui se retrouvent trop souvent dans un état de dénuement presque total. Le deuxième vol spécial, affrété par les autorités nationales pour rapatrier 250 de nos compatriotes – dont 9 personnes du troisième âge, des jeunes, femmes et enfants -, est arrivé mardi soir à l’aéroport de Bamak-Sénou. Annoncé pour 20 heures 20, ce n’est finalement qu’à 22 heures 05 que sous un vent frisquet le Boeing d’Ethiopian Airlines s’est immobilisé sur le tarmac.

« Nous avons vécu dans des conditions inimaginables dans le quartier 5 Kilos que les anti Balaka voulaient envahir pour tuer tous les musulmans. Ces miliciens disaient qu’ils ne veulent pas entendre de « Allah ou Akbar » en Centrafrique. C’était donc devenu très difficile pour nous. Nous avons fui pour aller nous réfugier au consulat du Sénégal pendant plusieurs jours », témoigne Fousseyni Kanouté, 31ans, né en Centrafrique et ancien chauffeur mécanicien dans une ONG à Bangui. Maigre baluchon à la main, un sac sur le dos, vêtu d’un tee shirt et d’un jean, coiffé d’une casquette, l’homme a accepté de nous raconter son calvaire dans un français approximatif. « C’est très difficile, mon frère, soupirait-il. Nous n’avions jamais connu cela. Nos parents sont arrivés en Centrafrique bien avant l’indépendance. Mais ce qu’on a vu subitement se développer est très grave.

Mon patron m’a remercié sans me remettre un kopeck, parce que je suis musulman. Je m’appelle Hussein J’ai un frère, Hassan, qui a fui en République démocratique du Congo avec sa famille et la mienne. Moi, je suis venu ici, parce que nous avons de la famille au Mali. Nous étions en contacts avec un cousin du Sékouba Kanouté. Il est artiste guitariste et tournait entre Libreville au Gabon et Bamako. Son père est ici, notre grand-père est ici à Bamako. Mon souhait le plus ardent est de le retrouver», déclare Hussein, la gorge nouée par le chagrin.

« Nous remercions beaucoup le président malien pour ce service qui nous permis d’arriver à Bamako. Mais il reste beaucoup de Maliens là-bas dans les villages. Il faut que l’on cherche à évacuer tout le monde au Mali », a souhaité notre interlocuteur. Portant une fillette dans ses bras, une jeune dame que nous avons voulu aborder de passage n’a pas souhaité répondre à nos questions. « Désolée, monsieur, je n’ai rien à vous dire », a-t-elle lancé. A quelques mètres d’elle se tenait Mohamed Dembélé, 15 ans, l’air hébété. Il était 4ème année en Bangui. Le jeune est venu avec sa mère commerçante d’habits et sa sœur cadette. « On avait beaucoup peur là-bas. Ils ont saccagé les mosquées et tué beaucoup de gens avec des machettes et des flèches empoisonnées. Je ne veux plus retourner en Centrafrique », raconte le jeune scolaire qui souhaite être inscrit dans une école de football ici à Bamako pour, explique-t-il, gagner beaucoup d’argent dans l’avenir.

RAPATRIES…IL RESTE BEAUCOUP DE MALIENS. Se tenant un peu à l’écart du groupe, Ibrahim Camara 17 ans est venu avec cinq membres de sa famille dont sa mère vendeuse de bazin et trois sœurs qui exerçaient le petit commerce à Bangui. « Les anti Balaka disent qu’ils ne veulent pas voir les femmes et les filles porter des foulards. Ils ont pillé les mosquées et détruit les Corans. Je ne veux plus retourner en Centrafrique. Je prendrai tout travail que je trouverai ici », assure-t-il. Nana Dembélé faisait la 8ème année à Bangui, tandis que Fatoumata Magassouba, 12 ans, aidait sa mère dans son travail ménager.

Ils seraient présentement environ 520 de nos compatriotes présents à Bamako. Que prévoient les pouvoirs publics pour insérer ces rapatriés qui ont eu la chance d’échapper aux exactions, viols, pillages et tueries ? La réponse a été donnée par le ministre des Maliens de l’extérieur, Abdrahamane Sylla, venu à l’accueil. « Je me réjouis de voir ce deuxième convoi arriver avec nos compatriotes sains et saufs, a-t-il déclaré. Toutes les dispositions sont prises actuellement pour les accueillir, les soigner, les héberger et les nourrir. Aussitôt qu’ils seront installés, les dispositions seront prises pour les acheminer vers les destinations souhaitées. Nous continuerons le travail à destination des enfants scolarisés qui doivent intégrer différents établissements très bientôt. Les statistiques sont déjà disponibles et le ministère de l’Education veillera à ce que ces enfants poursuivent leurs études dans les meilleures conditions ». Une nouvelle vie est donc à construire pour ces hommes, ces femmes et ces enfants qui ne sont pas près de retrouver leur ancienne terre d’accueil. Aujourd’hui, personne ne se risque à prédire une fin prochaine de l’horreur en Centrafrique. Une Centrafrique que continuent à fuir les communautés africaines établies là-bas.

S.TANGARA

L’Essor du 9 Janvier 2014