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Évasion de prisonniers Maliens et rapatriement de militaires burkinabés: Ces manquements qui se payent cash

Des militaires burkinabè de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation du Mali (MINUSMA), ont été rapatriés. Ils ont commis le péché d’avoir pris des photos avec de jeunes touaregs agitant un drapeau du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA). Une image compromettante pour notre pays, à la fois engagé dans la médiation pour résoudre la crise malienne, et suspecté d’être de connivence avec l’une des parties : les rebelles du MNLA.

Des militaires bien préparés ne font pas n’importe quoi

En apparence anodine, la photo en question traduit une certaine insouciance. Cette inconduite n’honore ni les intéressés, ni l’armée nationale qui voyait en eux de dignes représentants. Mais, à qui la faute ? Les agissements à l’origine de ce rapatriement, amènent à s’interroger sur le mode de recrutement des soldats, la formation préparatoire reçue à la veille du départ en mission internationale, etc. S’agissant de formation, il est question ici, non de contenu technique, mais surtout de formation d’ordre politique et sociologique.

Des militaires bien préparés ne font pas n’importe quoi, même s’il est vrai qu’on ne peut pas tout prévoir. Ils doivent cependant se conduire en professionnels avertis de certaines questions. Par conséquent, on peut se demander si ceux qui sont incriminés ont été suffisamment imprégnés des questions sensibles. Ont-ils véritablement été imprégnés de l’évolution en dents de scie des rapports entre Ouagadougou et Bamako, rendus difficiles par les suspicions de Bamako sur une complicité réelle ou supposée entre Ouagadougou et le MNLA ?

Visiblement, ces hommes en uniforme n’avaient pas eu le temps d’intégrer des éléments d’analyse à même de leur faire comprendre les enjeux de ce conflit fratricide aux répercussions sous-régionales. Sans doute faudra-t-il repenser les choses et bien mettre en relief les problèmes des communautés autant que le jeu auquel s’adonnent les acteurs dans le milieu.

Quoi qu’il en soit, il revient aux autorités burkinabè de traiter cette affaire avec tout le sérieux qu’on est en droit d’attendre de leur part. Malgré ses efforts dans la médiation, le Burkina Faso est indexé comme étant complice des rebelles maliens. D’où l’importance de rappeler au personnel militaire en déplacement, l’importance d’observer les consignes en matière de discipline, de neutralité et surtout de sécurité.

Certes, l’on doit s’ouvrir aux communautés en présence. Mais il convient aussi d’éviter de prêter le flanc. Des missions du genre de celles effectuées au Nord-Mali, ont des enjeux multiples.

En outre, elles se déroulent dans un environnement multiculturel complexe. Aussi faut-il éviter d’y envoyer des soldats mal formés, ou insuffisamment préparés. Ceux qui orchestrent les départs en mission de nos contingents, ont intérêt à faire preuve de plus de rigueur dans le choix et la préparation de leurs éléments.

L’évasion de prisonniers met à nu l’inefficacité du dispositif de sécurité au Mali

De leur côté, les hôtes maliens des contingents des forces internationales coalisées, doivent redoubler de vigilance. C’est du reste le manque de vigilance de leurs services de sécurité pénitentiaire, qui se trouve à l’origine de l’évasion, le 16 juin dernier, de Mohamed Ali Ag Wassouden. Il s’agit d’un jeune touareg, l’un des auteurs présumés du rapt de deux Français pour le compte d’Aqmi en 2001 à Hombori, localité du Nord-Mali. En prison depuis 2011, il serait parvenu à organiser en même temps l’évasion d’une vingtaine de prisonniers détenus à la Maison d’arrêt de Bamako.

L’homme dont on est toujours sans nouvelles était en attente d’être jugé. Dans son évasion, il a tué le surveillant de la prison. Au moins huit des évadés ont été rattrapés ; de nombreux autres sont toujours en cavale. Comment le cerveau de l’opération a-t-il pu obtenir de sa cellule, un pistolet automatique ? Dans une prison considérée comme étant de haute sécurité, comment le délinquant a-t-il pu disposer de gaz lacrymogène ?

Incontestablement, il y a eu de la négligence à certains niveaux. Forcément, Mohamed Ali Ag Wassouden a bénéficié de soutiens extérieurs ou intérieurs. Mais qui avait intérêt à organiser une telle évasion ? Des éléments du camp rebelle, des acteurs politiques à Bamako, ou même des tiers qui avaient intérêt à le voir prendre le large ? Les premiers, pour « effacer » un témoin devenu gênant, un homme susceptible de trahir s’il ne l’a pas déjà fait, ou récompenser un complice, un « valeureux combattant ».

Les autres, à des fins de vengeance. Entre d’autres mains, il pourrait servir des causes inavouées. Aujourd’hui, au Mali, certains sont remontés contre les Touaregs. Il faut donc craindre des dérapages suite à l’évasion de l’un des hommes les plus recherchés du pays à l’heure actuelle. Seule une réapparition de « l’évadé », pourrait aider à clarifier les choses.

A Bamako, l’on devrait prendre au sérieux cette évasion qui n’augure rien de bon. L’homme qui a pris la clé des champs, n’est pas n’importe qui. Lui et ses complices pourraient bien envisager des opérations meurtrières.

Le rapatriement de militaires burkinabè défaillants, tout comme l’évasion de prisonniers maliens, sont des manquements graves. Ils témoignent s’il en était encore besoin, de l’inadaptation des programmes de formation et de préparation des éléments à envoyer en mission. Mais aussi, ils mettent à nu l’inefficacité du dispositif de sécurité en vigueur au Mali. De tels manquements se payent toujours cash. D’où l’importance d’aller vite au dialogue, pour enfin faire la paix, seule solution à la crise du Nord-Mali.

« Le Pays »

17 Juin 2014