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une-135.jpg C’était là une méthode classique utilisée par les philomènes et connue aussi bien des initiés que des lecteurs assidus de cette rubrique. Tout naturellement, la fille répondit par la négative. Elle avait déjà tourné le dos pour s’en aller lorsqu’un autre homme s’approcha du premier et lui assura qu’il connaissait bien le marabout en question. Il se mit à donner des indications sur la meilleure manière de retrouver la résidence du saint homme.

Pour Ramata qui avait suivi l’échange, c’était une affaire terminée et elle s’était éloignée. Mais elle se rendit compte que les deux hommes lui couraient derrière. Ils finirent par la rattraper et le premier inconnu lui déclara que c’était grâce à elle qu’il venait de retrouver les traces de son maître. Il voulait donc lui marquer sa reconnaissances en lui faisant des bénédictions. Il indiqua qu’il était lui-même un élève coranique à qui le bon Dieu avait bien voulu donner des connaissances en sciences occultes. Sans donner à son interlocutrice le temps de décliner son offre, il lui demanda de but en blanc de faire le vœu qui lui tenait le plus à cœur. Ramata Sacko répondit naïvement que c’était réussir ses études qui lui importait le plus.

Quatorze complets de femme

Le quidam lui expliqua alors qu’il pouvait lui faire des bénédictions générales. Mais en ce qui concernait les études, il fallait que pour être exaucée la jeune fille lui paye quelque chose, que ce soit en nature ou en espèce. Élève de la classe de 8e année fondamentale, Ramata répondit qu’elle n’avait ni argent, ni habits neufs qu’elle pouvait donner. Le deuxième homme s’immisça dans la conversation et conseilla à la jeune fille de ne pas laisser échapper une telle opportunité de réussir tous ses examens à venir. Il lui conseilla de voir si sa mère ne possédait pas des bijoux en métaux précieux ou des habits neufs.

Ramata Sacko réfléchit un instant et demanda aux deux hommes de l’attendre, le temps pour elle d’aller à la maison et de revenir. Elle fila comme une flèche jusqu’à la concession paternelle et revint avec quatorze complets de femme en tissu de valeur. Elle remit le tout aux malandrins. Les faux marabouts se mirent à égrener à deux voix des incantations et à la fin de ce qui ressemblait à une prière l’un d’eux remit un papier couvert de caractères arabes à la demoiselle. Puis les deux compères accompagnèrent leur victime à un carrefour où ils la quittèrent pour jamais, espéraient-ils. Ramata ne put cacher très longtemps ce qu’elle avait fait. Sa mère revenue à la maison le soir s’était vite rendu compte de la disparition de ses habits et avait demandé des explications à sa fille. Cette dernière s’effondra littéralement et raconta en détails ce qui lui était arrivé.

L’histoire connut un rebondissement inattendu le 17 août dernier. Dans cette métropole bamakoise de plus d’un million d’habitants où vous n’avez pratiquement aucune chance de retrouver quelqu’un que vous avez rencontré par hasard, les chemins des protagonistes de cette histoire se croisèrent à nouveau. Alors que la jeune fille faisait une course au quartier Sans fil, elle tomba sur un des escrocs. Elle cria de toutes ses forces et ameuta ainsi une foule de badauds qui empêcha l’autre de s’esquiver. Ramata expliqua rapidement son histoire et demanda aux curieux de l’aider à amener le quidam à la police. Ceux-ci le firent avec empressement.

A la police du 6e Arrondissement l’homme a été vite identifié. Il s’agit de Fousseiny Dacko, maçon de son état et en chômage depuis plusieurs mois. Devant le commissaire Fané chef de la P.J., le philomène tenta de nier les faits avant de craquer et de se mettre à table. Il dénonça aussi son complice un certain Adama Samaké qui joue habituellement le rôle de disciple dans les comédies qu’ils montent pour piéger les crédules.

Une perquisition effectuée chez les deux hommes à Banconi Nomoribougou a permis de retrouver onze des quatorze habits pris avec la fille. Le commissaire Fané a déjà bouclé l’enquête et a envoyé les deux hommes au parquet de la Commune I où ils apprendront ce qu’ils encourent. Ramata peut se permettre d’éprouver un soulagement relatif. Car elle s’en tire plutôt bien après l’énorme imprudence qu’elle a commise. Mais combien de victimes de philomènes ont cette chance ?

G. A. DICKO

Essor du 21 aout 2008