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Le mois de Ramadan est une période bénie pour les croyants et une plage redoutée par les ménages qui voient leurs dépenses décupler. Les produits les plus demandés pendant ce mois sont le riz, le sucre, le lait, le petit mil, l’huile, le tamarin, le citron, la viande et le poisson.

Profitant de la forte pression exercées sur ces denrées, des commerçants adeptes de la spéculation n’hésitent pas à jongler avec les étiquettes. Le carême, période généralement tendue sur les prix, survient de surcroît cette année dans une conjoncture marquée par un renchérissement marqué de denrées courantes comme le riz, la farine le lait et l’huile.

Flambée du prix du pétrole sur le marché mondial, épuisement des stocks, mauvaises récoltes, rétention effectuées par les producteurs : aucun pays n’a véritablement échappé à une tourmente qui a frappé avec plus de force ceux qui dépendent largement de leurs importations. Dans cette crise mondialisée, chacun s’est efforcé de trouver ses recettes propres pour amortir le choc.


Leçon retenue.

Dans notre pays, la vitesse de réaction des pouvoirs publics a été plutôt bonne. Des mesures sont intervenues pour assurer l’approvisionnement du marché et maintenir le prix des denrées de grande consommation, comme le riz, à un niveau accessible au citoyen moyen et compatible avec la logique économique.

Déjà l’année dernière, le prix du riz avait augmenté de plus de 20 %. La diminution de la quantité de riz disponible avait alors eu un effet immédiat sur le marché malien. Les prix avaient globalement progressé de 200 à 250, 325 puis 350 Fcfa, voire 400 et même 500 pour le riz parfumé.

La leçon a été retenue. Ainsi en mars dernier, le gouvernement après concertation avec les partenaires sociaux, a décidé d’accorder des exonérations à l’importation de riz.

La mesure, entrée en vigueur le 1er avril passé reste en vigueur jusqu’au 30 septembre à venir. L’exonération porte sur les droits et taxes perçues au cordon douanier à l’exception du prélèvement communautaire (CP), du prélèvement communautaire de solidarité (PCS) et de la redevance statistique (RS).

Ainsi l’État renonce aux 18 % de la TVA et aux 10 % de droits de douanes. Plusieurs opérateurs économiques, se sont alors engagés à importer du riz pour fournir les commerçants détaillants à raison de 300 000 Fcfa la tonne, soit 300 Fcfa le kilogramme. À charge pour ces détaillants de l’écouler au prix public de 310 Fcfa le kilo.

Ainsi du 1 avril au 26 août, 99 822 tonnes de riz exempté de TVA et de droits de douane ont été mis sur le marché. Ce tonnage se situe en dessous des estimations du gouvernement qui tablaient sur 127 000 tonnes de riz exonéré.

Pour le mois de Ramadan des mesures sont prises pour intensifier l’approvisionnement des marchés en produits de première nécessité à des prix raisonnables.

L’exonération, a indiqué le directeur national du Commerce et de la Concurrence, Mahamane Assoumane Touré, a été étendue au lait et à l’huile. Le kilogramme de lait en poudre passe ainsi de 3200 à 2905 Fcfa à la vente au détail et l’huile de 950 à 815 Fcfa le litre pour la période exemptée de taxes et de droits de douane.

En ce qui concerne le riz, des concertations sont en cours pour caler les prix dans des limites supportables. Pour le moment, le prix du riz exonéré reste inchangé (310 Fcfa/kg). Ainsi 120 magasins -soit 20 par commune- ont été ouverts à dans la capitale et d’autres dans le reste du pays pour accroître l’accessibilité cette denrée.

Poussé des ailes.

Sur les marchés de Banankabougou Faladié Niamakoro, Kalanbancoura, Lafiabougou, Hamdallaye, Djikoroni-para, Tomikorobougou Médine et le Dibida que notre équipe de reportage a sillonné, les prix du riz, mil et sorgho ont malgré tout repris leur ascension.

« À un mois du Ramadan, les prix des produits de première nécessité ont poussé des ailes. Le sac de 100 kilogrammes de riz RM40 importé de Thaïlande et du Viet Nam et de riz local Gambiaka qui se vendait, il y a une semaine, entre 35.000 et 37.500 Fcfa coûte aujourd’hui entre 40 000 et 42 500 Fcfa. Le petit mil très apprécié pour la bouillie revient de 17 000 à 22 500 Fcfa les 100 kg selon qu’il soit pilé ou non, énumère un chef de famille croisé au marché Dibida.

Le sucre dont la consommation explose durant ce mois de jeûne, avait connu l’an passé une véritable flambée. Depuis la mise sur le marché de la production de Sukala SA, son prix se replie. Le sac de 50 kg qui se vendait l’année dernière au marché de gros entre 20 000 et 21 500 Fcfa (400 à 450 Fcfa le kilo au détail), s’achète en ce moment à 18 500 Fcfa pour le sucre importé et 18.000 Fcfa pour son équivalent local soit 380 Fcfa le kilo à la vente au détail.

À en croire Bakoré Sylla, le PDG du Grand grenier de bonheur, il n’y a ni pénurie ni flambée du prix du sucre, le stock existant suffit à couvrir les besoins du mois du jeûne. Pour le riz, explique le patron de GGB, « Nous sommes en concertation avec l’État, les partenaires sociaux et les détaillants ». Des prix consensuels seront rendus publics sous peu, assure-t-il en soulignant au passage l’existence de stocks suffisants pour maintenir les cours actuels.

Afficher les prix.

Dans cette conjoncture, les prix de certains produits comme l’huile et le sucre évoluent différemment selon les quartiers. Si à Tomikorobou, le litre d’huile vaut de 850 à 900 Fcfa, à Attbougou, il faut débourser 1000 Fcfa pour la même quantité. La même fluctuation s’observe sur le prix du sucre. Ainsi à Lafiabougou le kilo est proposé entre 375 et 400 Fcfa tandis qu’il faut 425 à 450 Fcfa pour acquérir la même quantité à Guarantiguibougou.

« C’est vraiment grave, malgré les assurances données par les autorités, certains boutiquiers ont déjà donné le coup d’envoi de la spéculation, puisque les prix ont vraiment changé depuis 15 jours. A Korofina où j’habite, le kilogramme de lait est vendu entre 3.300 et 3.500 Fcfa », témoigne Mme Diop Assétou Traoré.

Le directeur national du Commerce de la Concurrence, Mahamane Assoumane Touré, dédramatise et assure que le ministère en charge du Commerce à travers la direction régionale du commerce et de la concurrence du district en partenariat avec les consommateurs et les observateurs des prix, veille au grain.

« Désormais les détaillants doivent impérativement afficher les prix des différents produits sur la porte de leur magasins. Des agents sillonneront également les différents marchés pour s’assurer de l’application correcte des prix. Le non respect de ces mesures sera sanctionnée par la fermeture des boutiques et magasins« , explique Mahamane Assoumane Touré.

À la veille du Ramadan, si des poussées de fièvre s’exercent par endroits sur les prix, on ne peut franchement pas parler d’emballement. Pas pour l’instant. Si les services de contrôle et de répression font montre de vigilance, on en restera là. Et les consommateurs n’auront pas à endurer plus d’épreuves que le lot habituel de la période.

Doussou Djiré

01 Septembre 2008