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De gros nuages planent à nouveau sur notre pays. Les partenaires techniques et financiers manifestent de plus en plus leur agacement face à ce qui ressemble à tous points de vue à des dépenses de prestige, de la dilapidation des ressources publiques et l’opacité qui entoure la passation de marchés de plusieurs dizaines, voire centaines de milliards de F CFA. Malgré ce constat accablant, le pouvoir donne l’impression d’être allergique à toutes critiques. Il n’aime visiblement pas la contradiction et semble avoir la malencontreuse propension à répondre à tous et à rien à la fois. Le pays souffre incontestablement des conséquences d’une gouvernance maladroite et inappropriée face aux multiples défis du moment. C’est l’incompétence au pouvoir.

Ils sont arrivés au pouvoir à force d’abreuver le peuple de slogans creux auxquels eux-mêmes n’avaient donné aucun contenu. Mais la réalité de la gestion du pouvoir d’Etat est une autre paire de manches que les mots, les discours magistraux et autres slogans ne peuvent suffire pour relever les immenses défis surtout dans un pays qui se relève à peine des conséquences d’une profonde crise multidimensionnelle.

Le président Ibrahim Boubacar Kéita et son Premier ministre Moussa Mara, apprennent aujourd’hui cette implacable réalité qui fait la différence entre la théorie et la pratique de l’exercice du pouvoir en étant le premier responsable et surtout le dernier à décider en dernier ressort.

IBK a certes une expérience avérée des institutions de la République pour avoir été ministre, Premier ministre sous Alpha Oumar Konaré (AOK) et surtout président de l’Assemblée nationale et député durant les deux mandats d’Amadou Toumani Touré (ATT). Mais de là à se retrouver au plus haut sommet de l’Etat dans un système politique de régime présidentiel très fort où quasiment tout part du président de la République et tout lui revient, il y a une grande différence qu’il n’est pas donné au premier venu de combler facilement.

Quant à son Premier ministre, Moussa Mara, qui sort pratiquement du néant et qui découvre seulement les réalités de l’Etat et la gestion des affaires publiques, il aurait pu bénéficier de circonstances atténuantes, comme disent les juristes, n’eussent été les nombreuses maladresses qui ont ponctué son baptême du feu lors des débats sur sa déclaration de politique générale à l’Assemblée nationale.

Pour une maladresse, cette sortie en a été véritablement une dont les conséquences à moyen et long termes ne manqueront sûrement pas de poursuivre longtemps encore le jeune expert-comptable, devenu au détour d’un concours de circonstances Premier ministre. Une fonction à laquelle et pour laquelle il n’était visiblement pas préparé.

Là où une bonne communication suffit pour dissiper les malentendus et lever les équivoques, le président de la République et son Premier ministre confondent tout et se prennent les pieds dans le tapis de l’abstrait et de la compromission. Il se trouve souvent qu’ils évoquent certaines pistes salutaires en la matière, mais qui, malheureusement, sont systématiquement happées et noyées dans une communication des plus approximatives, dont se passerait volontiers tout gouvernement crédible.

Ainsi, les discours et les déclarations à l’emporte-pièce se suivent mais, qui ne permettent jusque-là pas de cerner véritablement le cap du gouvernement. Au contraire, là où le peuple attend logiquement des actes, ils professent une litanie d’intentions désordonnées, qui ne tiennent compte d’aucun ordre des priorités de l’heure.

Incapacités

En effet, incapable d’apporter des réponses aux attentes légitimes des populations, le pouvoir d’Ibrahim Boubacar Kéita veut user de menaces, de pression sur les journalistes et de mensonges abominables pour masquer son incompétence et son incapacité notoire à relever les vrais défis auxquels le pays doit faire face.

En lieu et place, c’est du dilatoire, du superflu et du couper-coller que le régime veut opposer à toute voix discordante. Peine perdue ! Car, le peuple a finalement compris l’arnaque politique dont certains milieux mafieux ont usé pour dévoyer son vote de tout son sens civique et patriotique.

C’est ainsi, que dans ce qui convient d’appeler désormais comme « l’affaire de l’avion présidentiel » les langues se délient peu à peu. La vérité commence à éclater au grand jour après la sortie ratée et les contre-vérités dites à ce sujet par le Premier ministre devant l’auguste Assemblée des élus de la nation, le 2 mai dernier.

La sortie catastrophique du Premier ministre sur ce point précis devant l’Assemblée nationale à l’occasion de la présentation de sa DPG a fini de convaincre de nombreux compatriotes ayant voté aux premier et second tours de la présidentielle en faveur de celui qui se considère, non pas comme président de la République, mais plutôt un « mansa » (roi) d’un empire moyenâgeux, qu’ils se sont trompés dans le choix de « l’homme providentiel » capable de sortir le Mali du naufrage collectif dans lequel leurs complices de circonstance de la junte de Kati, l’ont embourbé suite au coup d’Etat du 22 mars 2012.

Cet événement, qualifié par certains analystes de « coup d’Etat le plus bête de toute l’Histoire de l’humanité » est, faut-il le rappeler, à l’origine de tous les malheurs qui ont par la suite frappés notre pays, ses populations et les pays voisins. L’histoire est là pour situer les responsabilités et toutes les responsabilités de qui a fait quoi et quel niveau d’implication.

Heureusement que dans la grisaille née du comportement infâme et anti-démocratique de la quasi-totalité des perdants à l’issue d’élections présidentielle et législatives biaisées par la flagrante partialité d’une l’administration publique à la solde de la junte de Kati, une opposition politique, qui se veut crédible et plurielle, se met, lentement mais sûrement, en place.

Selon les moyens dont elle dispose, elle entend jouer à fond toute sa partition dans la défense des intérêts de la nation. C’est ainsi que de l’URD aux Fare, en passant notamment par le Parena, le Modec, entre autres, des voix de plus en plus audibles se lèvent pour dénoncer les tares « d’une gouvernance mal partie », selon la vice-présidente du comité exécutif de l’Adéma/PASJ et maire de la Commune I, Mme Konté Fatoumata Doumbia dans une récente tribune dont la presse a largement fait échos.

« L’opposition ne se taira pas »

C’est de bonne guerre ! Car le temps de l’unanimisme béat et irresponsable semble définitivement révolu pour une bonne partie de la classe politique. Ainsi, après les pertinentes interpellations du Premier ministre par les députés de l’opposition parlementaire à l’Assemblée nationale, le 2 mai, les deux principaux leaders de cette opposition, arrivés respectivement 2e et 4e de l’élection présidentielle du 28 juillet 2013, Soumaïla Cissé et Modibo Sidibé, ont visiblement décidé d’imprimer leur marque à l’animation de notre système démocratique qui a longtemps souffert de l’absence d’une opposition crédible.

Si pour le premier, Soumaïla Cissé, il s’agit d’user de son statut de député à l’Assemblée nationale à travers notamment le Groupe parlementaire VRD, pour se prononcer sur la gestion de l’Etat par le pouvoir en place, le second, Modibo Sidibé, a, quant à lui, opté pour des actions de contact direct avec les militants et sympathisants de son parti à la base. Ces rencontres constituent pour le président des Fare une tribune privilégiée pour aborder et débattre sur tous les sujets d’intérêts communs à la nation malienne.

A travers souvent des anecdotes, qu’il affectionne bien, et des mots teintés d’un peu d’ironie, il ne rate aucune occasion pour rappeler que l’opposition « ne se taira pas » et que « ni les menaces, plus ou moins voilées et encore moins les attaques personnelles, n’auraient aucun effet sur leur détermination à défendre les valeurs de la république et de la démocratie ».

Malheureusement, chaque fois que sa gestion fait l’objet de critiques, plus ou moins fondés, le régime tombe dans les travers de la délation, du mensonge et des attaques gratuites contre tous ceux qui voient les choses autrement. Une attitude que les observateurs assimilent à de la frilosité de la part de gens ayant conquis le pouvoir, certes par les urnes, mais sans programme préalable, ni orientation précise dans la conduite des affaires de l’Etat. Ce qui expliquerait, selon les partisans de cette analyse, l’agitation frénétique, maladroite et souvent inappropriée qui s’empare du sommet de l’Etat à la moindre contradiction.

En attestent de façon éloquente la gestion calamiteuse, entre autres, de l’affaire Tomi, révélée par le journal « Le Monde », de la démission de l’ancien Premier ministre Oumar Tatam Ly, de la publication du Mémorandum du Parena et récemment les élucubrations et contre-vérités distillées et défendues bec et ongle par le Premier ministre Mara, devant les députés à l’Assemblée nationale au sujet notamment de l’achat de l’avion présidentiel.

A l’occasion, sans prendre « un minimum de précaution », comme le lui aurait conseillé volontiers, Ibrahima Ndiaye, Moussa Mara s’est lourdement compromis sur un sujet dont il ne maîtrise visiblement pas tous les tenants et aboutissants. Pour quelles raisons ? L’avenir nous le dira certainement.

Néanmoins, devant une foule nombreuse de militants et de sympathisants de son parti en allégresse, le samedi 10 mai dernier dans la grande salle de la Cité des enfants à Niamakoro, l’ancien Premier ministre Modibo Sidibé bien au fait de la gestion de l’Etat et de par sa grande expérience de l’administration publique, a invité les tenants actuels du pouvoir à la sagesse et au respect des droits de l’opposition. A l’endroit particulièrement du président de la République, il a rappelé que « lorsque personne autour de toi parmi tes proches, parents ou amis, ne te dit la vérité, il faut souhaiter, voire payer au besoin, ton ennemi pour te le dire, aussi dure ou amère qu’elle puisse paraître ».

Cependant, faut-il citer également cet autre adage populaire qui nous enseigne que « il n’y a pas plus sourd que celui qui ne veut entendre et de plus aveugle que celui qui ne veut rien voir ! ».

Pris entre plusieurs feux de critiques, de suspicions de mal gouvernance et de mauvaise gestion, le pouvoir donne l’impression de perdre toute sérénité et sa lucidité. Ce qui n’est pas fait pour rassurer aussi bien les populations que les partenaires du Mali. Alors, espérons simplement que la sagesse finisse par habiter tout le monde, afin que notre pays ne soit plus jamais à nouveau dans des situations dramatiques que le simple bon sens des uns les autres aurait permis d’éviter.

En tous les cas, la balle est dans le camp d’IBK, de lui et de lui seul. Car, seul il répondra devant l’Histoire de ce qu’il a fait de la confiance placée en lui par ses compatriotes à travers un vote massif et un score sans précédent de 77,7%. Il urge donc qu’il se ressaisisse en redressant ce qui peut et doit l’être. Cela passe nécessairement par le retour à une gouvernance saine et républicaine ; la diminution du poids de la famille et du clan dans les affaires de l’Etat ; une attention particulière aux souffrances des populations du fait de la cherté de la vie ; de l’absence de perspective pour l’écrasante majorité des jeunes, entre autres. Sinon… !

Bréhima Sidibé

L’Indicateur du Renouveau du 14 Mai 2014