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L’opposant Raila Odinga, 72 ans, inusable vétéran de la politique kényane, a décidé de ne pas participer à l’élection présidentielle de jeudi, après avoir obtenu l’invalidation de la réélection de son rival, le président sortant Uhuru Kenyatta, lors du scrutin du 8 août. Souvent défait, toujours incontournable, celui que ses partisans appellent affectueusement « Baba », « papa » en kiswahili, estime que les conditions d’une élection libre ne sont pas réunies. Plutôt que de participer à cette « imposture », il dit préférer poursuivre son combat pour la démocratie au Kenya, nouvel épisode d’une carrière d’opposant qui l’aura mené derrière les barreaux pendant plusieurs années. Personnage ambivalent et difficile à cerner, l’ex-Premier ministre d’un gouvernement d’union nationale entre 2008 et 2013 demeure une énigme pour beaucoup de ses concitoyens: réformateur social dont le pays a besoin pour les uns, populiste prompt à instrumentaliser les jalousies entre communautés pour les autres. Ses partisans soulignent également à quel point le ralliement du leader politique de l’ethnie luo, une des plus importantes du pays, fut crucial dans la victoire à la présidentielle de 2002 d’un représentant de l’élite économique et politique kikuyu, Mwai Kibaki. Ce dernier, à la tête d’une large coalition, avait défait un autre kikuyu, un certain Uhuru Kenyatta, fils du père de l’Indépendance du pays Jomo Kenyatta et dauphin désigné de l’ancien homme fort Daniel arap Moi, dont le régime autoritaire (1979 – 2002) est synonyme d’une des périodes les plus sombres de l’histoire du pays.Marié, père de quatre enfants (Fidel, Rosemary, Raila Junior et Winnie), Odinga a été élevé dans un milieu anglican, s’est détourné de la religion dans sa jeunesse, avant de rejoindre une église évangéliste en 2009.AFP