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Dans le grand n’importe quoi politico-people du moment, l’affaire du nom du père du futur enfant de Rachida Dati frôle les sommets : les « non » succèdent aux noms jetés en pâture, de l’animateur télé à l’ancien Premier ministre espagnol, du mari de Carlita à quelque obscur ministre. Rachida maintient le secret, mais jusqu’à quand ?

Evidemment on s’en fout comme du premier coq jeté dans la piscine de Christian Clavier, mais puisque tout le monde en parle, parlons-en : qui est donc l’anonyme personnage qui a mis enceinte notre hargneuse, mais sympathique garde des Sceaux issue de l’immigration non clandestine, protégée du chef de l’Etat et haïe par les magistrats ? Un animateur télé ? Un ministre en exercice ? Un ancien ministre ? Le président lui-même ? Une vedette de la chanson, du cinéma ? Pete Doherty ? George Clooney ? Un des fils ou frère Sarkozy ? Jean-Louis Borloo ? Le colonel moutarde ? José Bové ? Florent Malouda ? Laurence Ferrari ? Les rumeurs bruissent, courent, galopent, avant d’être démenties, par les moustaches d’Aznar ou par les barbus du net.

On tâtonne, on essaie, on hésite et puis on signale quand même que tout cela on n’en a rien à fiche, qu’est-ce que c’est que cette philosophie de bas de lavabo qui consisterait, comme la dernière des Christine Angot venue à se regarder le trou du derrière pour voir si celui des autres est bien propre ? Et, au fait, en parlant d’Angot, la piste Gynéco a-t-elle été écartée (si j’ose dire) dans l’affaire Dati ?

Dati, en tout cas, s’en tient là en guise de rumeurs, tout en alimentant un peu quand même le brasier des supputations en déclarant au Point qu’elle a une vie privée « compliquée ».

Compliquée, voilà un bien étrange vocable, qui prête à nombre de confusions, sinon d’interprétations. Compliquée, la vie privée de Rachida ? Mais compliquée comme celle d’Amy Winehouse ou comme celle de Carla Sarkozy ? Compliquée comme une réforme de la justice ou comme une réforme des 35 heures ? Compliquée comme un congrès socialiste ou comme une réunion du MoDem ? Compliquée, combien de divisions ? Ce qui l’est, à coup sûr, compliqué, c’est de tenter de comprendre le pourquoi d’une telle communication, voulue bien sûr, autour d’un événement tout autant voulu, on l’espère, que banal.

La France est la championne d’Europe de la fécondité, ne cesse-t-on de nous répéter, les ministres peuvent bien en faire la preuve, non ? Alors, si elle ne veut pas trop parler de sa vie intime « compliquée », Rachida avoue quand même dans la presse qu’elle a attendu que sa grossesse soit « consolidée » pour annoncer la nouvelle.

Consolidée, mais comment ? Comme la défense centrale de l’OM ou comme la baisse du chômage ? Consolidée comme le pouvoir d’achat ou comme les prélèvement obligatoires ? Consolidée comme l’audience du 20 heures de la Une ou la bretelle du soutien-gorge de Claire Chazal ?…

Toujours cette fameuse tactique sarkozyste qui consiste à en dire trop (la consolidation de la grossesse, la complexité de la vie privée) sans en dire trop (le nom du futur papa), à tout déballer avant de se draper dans le voile de la pudibonderie et d’hurler à l’acharnement médiatique. On connaît la musique, mais beaucoup aiment à l’entendre encore sinon à la jouer en chœur, à l’unisson. D’ici peu, sans doute, la garde des Sceaux fera un communiqué stipulant qu’elle ne souhaite plus s’exprimer sur cette « affaire » qui relève de « la vie privée » et de rien d’autre.

Ce qui ne nous dira pas, bien sûr, le nom du futur papa, ni la date à laquelle la future mère se mettra en congés maternité, puis parental, et le nom de celle ou celui qui lui succédera. C’est vrai ça, qui pour succéder à Rachida, bientôt en vacances forcées ? Kouchner ? Lang ? Allègre ? Tapie ? Tapie garde des Sceaux, ça aurait de la gueule ! Ou Hortefeux, ou Morin, ou Bayrou, tiens, Bayrou qui ne sait plus comment s’opposer avec son MoDem de poche pourrait faire une « Kouchner » en entrant au gouvernement à ce poste-clé ! Que Nicolas lui propose, sur-le-champ !

On l’entend déjà, le Béarnais aux grandes oreilles, très présent sur l’affaire Clavier, pousser de nouveaux cris indignés devant le déballage Dati, sacs de marque et fringues de griffe, Angelina sans Brad, on l’entend déjà le pasteur Bayrou geindre devant cette peopolisation exacerbée de la vie politique, là où il n’y a point à se plaindre, franchement, juste se marrer un bon coup, devant tous ces cirques, corses ou seiziémistes, indépendantistes ou fécondants, qui secouent le landernau gauche droite plus sûrement qu’une visite obligée et pénible d’un Dalaï-Lama barbant et caricatural.

Oui, la politique en France depuis 2007, c’est un peu Secret Story, c’est un peu de télé, un peu de réalité, un peu des deux, aujourd’hui le ventre de Dati, la maison de Clavier, hier le disque de Carla, demain celui de Gynéco produit par un Sarko, après-demain qui sait un bébé présidentiel, ou autre chose, un second mandat, par exemple.

Rien d’étonnant à ce que les socialistes décrochent : ils sont encore d’un temps où les usages politiques étaient moins « compliqués » que la vie privée de Rachida Dati.


08 Septembre 2008