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Dans l’est de la République démocratique du Congo, ils se sont imposés comme le groupe armé le plus meurtrier. Qui sont les rebelles des Forces démocratiques alliées (ADF), présentés par l’organisation État islamique comme sa branche en Afrique centrale et accusés par l’Ouganda de deux récents attentats sur son sol ?

Si l’implication des ADF était confirmée dans ces attentats, qui ont fait un mort et plusieurs blessés les 23 et 25 octobre en Ouganda, deux hypothèses sont émises par des experts: une montée en puissance de ce groupe ou une débandade provoquée par des opérations militaires congolaises.

QUESTION: Qui sont les ADF, accusés de massacres dans deux provinces de l’est de la RDC ?

REPONSE: A l’origine, les ADF sont une coalition de groupes armés ougandais, dont le plus important était composé de musulmans, opposés au régime du président Yoweri Museveni. Ils sont installés depuis 1995 sur le versant congolais des Monts Rwenzori, où ils ont fait souche.

A partir de 2014, plus encore 2017, les ADF sont accusés d’avoir massacré plus de 6.000 civils congolais, lors de raids d’une grande violence dans la région de Beni, au Nord-Kivu (est), ainsi qu’en Ituri (nord-est).

La question de l’appartenance des ADF à la galaxie jihadiste divise les experts.

Un cap a été franchi en avril 2019: depuis cette date, certaines attaques des ADF sont revendiquées par l’organisation État islamique – via ses canaux habituels sur les réseaux sociaux – qui désigne le groupe comme sa « Province d’Afrique centrale » (Iscap en anglais).

Le 11 mars dernier, les États-Unis ont placé les ADF parmi les « groupes terroristes » affiliés aux jihadistes de l’EI.

Dans deux revendications écrites diffusées fin mai, des combattants rebelles reprennent à leur compte la rhétorique jihadiste la plus classique, disant vouloir cibler les « croisés ».

De témoignages d’anciens otages des ADF, il ressort que les règles appliquées parmi eux sont strictes: port obligatoire du voile pour les femmes, main coupée en cas de vol, bastonnades publiques en cas de relations sexuelles hors mariage, prières plusieurs fois par jour, cris au nom d’Allah avant des assauts.

Le 22 septembre, un Jordanien présenté comme formateur des ADF a été arrêté par l’armée congolaise sur un axe routier dangereux du territoire de Beni.

Q: Quel est l’impact des opérations lancées dans le cadre de l’état de siège dans l’est de la RDC?

R: Depuis que le président congolais Félix Tshisekedi a placé les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri en état de siège, le 6 mai, le bilan dressé par l’armée est de « 224 combattants ADF » tués et « 232 collaborateurs » interpellés dans la seule région de Beni.

« La pression militaire de l’état de siège a cet avantage de limiter la mobilité des ADF sur le territoire de la RDC, les obligeant à se replier en Ouganda », analyse auprès de l’AFP le journaliste d’investigation congolais Nicaise Kibel Bel’Oka, auteur de plusieurs livres sur le jihad islamique dans la région de Beni.

Mais c’est pendant l’état de siège que les ADF ont pu étendre la zone des massacres qui leur sont imputés du territoire de Beni jusque dans la province voisine de l’Ituri: « Nous avons pu identifier la mort de 537 civils du fait des ADF depuis le début de l’état de siège » à Beni et en Ituri, indique à l’AFP Pierre Boisselet, chef des experts du Baromètre sécuritaire du Kivu (KST).

« On n’a pas vu de réelle intensification de la pression militaire sur les ADF en RDC dans le cadre de l’état de siège. Il y a eu des offensives, parfois avec le soutien aérien de la Mission des Nations unies (Monusco), sans doute des arrestations, mais pas de leaders de premier plan », résume M. Boisselet.

Pendant l’état de siège, l’armée affirme avoir « capturé 23 de leurs leaders ».

Q: Peut-on conclure à une montée en puissance des ADF, au point qu’ils s’attaquent désormais à des cibles en Ouganda ?

R: « Je serais personnellement assez prudent pour l’attribution de ces attaques aux ADF pour le moment. On ne peut pas exclure que les ADF aient joué un rôle, mais les déclarations du gouvernement ougandais me semblent insuffisantes pour en être sûr », analyse Pierre Boisselet.

« Museveni ne ment pas », affirme de son côté Nicaise Kibel Bel’Oka. Selon lui, « des ADF sont aussi actifs en Ouganda, sauf qu’ils restent discrets sur le terrain parce que les services de renseignements ougandais sont mieux outillés que ceux de la RDC ».

Début octobre, le Rwanda, voisin de la RDC et de l’Ouganda, a affirmé avoir arrêté 13 personnes appartenant à une cellule terroriste qui travaillait avec des ADF dans la planification d’attentats dans la capitale Kigali.

En septembre, le président ougandais avait déclaré que son pays était « prêt à aider » à la traque des ADF sur le sol congolais, « si le gouvernement du Congo nous y autorise ». Jusqu’à ce jour, rien n’a été annoncé.

Source: AFP