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Historien et homme politique burkinabè, Joseph Ki-Zerbo est né le 21 juin 1922 à Toma, chef-lieu de la province du Nayala. Après avoir passé son baccalauréat à Bamako, Joseph Ki-Zerbo suit des études d’histoire à Paris. Il est le premier africain à obtenir son agrégation avant de soutenir sa thèse de doctorat à l’Institut d’études politiques de l’Université de Paris. Ki-Zerbo devient professeur des Universités. Il est l’un des plus grands penseurs de l’Afrique contemporaine.

Il enseigne à Orléans, à Paris puis à Dakar en 1957. Joseph Ki-Zerbo va renouveler avec le sénégalais Cheikh Anta Diop les études sur l’histoire de l’Afrique. Ce mouvement a pour but de redonner aux Africains un petit contrôle sur la définition de leur passé. De 1975 à 1995, Joseph Ki-Zerbo préside l’Association des historiens africains.

C’est lors de son installation à Dakar en 1957 qu’il commence la politique en créant le Mouvement de libération nationale (MLN). Condamné par le Tribunal populaire de la révolution, il est contraint à l’exil. Il rentre au Burkina en 1992. Joseph Ki-Zerbo est fondateur en 1993 du Parti pour la démocratie et le progrès (PDP), membre de l’Internationale socialiste.

Le congrès constitutif du PDP a lieu en avril 1994 et Ki-Zerbo en devient président. En 2000 il reçoit le Prix Kadhafi des droits de l’Homme de la Libye. Les législatives du 5 mai 2002 sont un échec pour le PDP et Ki-Zerbo, puisque le parti perd sa place de premier parti d’opposition au profit de l’ADF-RDA d’Hermann Yaméogo. Le PDP totalise 10 sièges, contre 17 pour l’ADF-RDA et 57 sur 111 pour le CDP. Le 6 février 2005, Ki-Zerbo cède la tête du parti à Ali Lankoandé.


Bibliographie

1964 : Le Monde africain noir (Paris, Hatier)

1972 : Histoire de l’Afrique noire (Paris, Hatier)

1991 : Histoire générale de l’Afrique, ouvrage collectif (Paris, Présence africaine/Edicef/Unesco)

2003 : A quand l’Afrique, Entretiens avec René Holenstein (Editions de l’Aube, prix RFI Témoin du monde 2004).

2005 : Afrique Noire, avec Didier Ruef (Paris, Infolio éditions)

Filmographie

En 2004, le réalisateur burkinabé Dani Kouyaté à réalisé avec Joseph Ki-Zerbo un documentaire intitulé Joseph Ki-Zerbo, Identités/Identité pour l’Afrique.


«Nan saara an laara»

Avec la mort de Joseph Ki-Zerbo, l’Afrique perd l’une de ses valeurs les plus emblématiques de ces périodes post indépendantes. Ki-Zerbo parti, c’est donc une glorieuse qui s’en va. L’homme, l’intellectuel, le politique était un personnage écouté quelle qu’en soit l’opinion de son vis-à-vis. Ses petites phrases avaient fini par dessiner un large, voire un grand pourtour pour ses contemporains. Et ces phrases là, celles du moins qui ont accompagné le Burkina ces dix dernières années étaient empreintes de symboles. A jamais le fameux «nan laara an saara» résonnera dans les oreilles des Burkinabé qui ont connu les temps forts et chauds du collectif des organisations démocratiques, constituées à la mort du journaliste Norbert Zongo et de ses trois compagnons d’infortune.

Avec sa silhouette rendue frêle par le poids de l’âge, le professeur avait su trouver un substitut au long discours. Et à l’image de toutes ces personnes érudites, nourries à la science du savoir des traditions ancestrales, il savait faire dans la sémantique.

Que ce soit en langue locale, ou en français, ces petites phrases avaient toujours leur dose assassine. «Nan laara an saara», mais aussi «trop c’est trop» devenu des refrains voire des feuilles de route pour ses contemplateurs qui, à l’occasion les reprenaient en choeur, les galvanisaient.

On aurait dit que c’était une drogue. C’est certainement tout à son honneur que même les «bilakoro», les nuls en langues jula s’étaient fait les purs relais de ces formules magiques.

Evidemment, homme de culture, le vieux dans sa gibecière avait plus d’un tour, ou plus d’une périphrase. Question de toujours donner de l’ahan à ses admirateurs.

C’est donc tout naturellement que cet autre symbolisme «un vieillard assis voit plus loin qu’un jeune debout « tiré des profondeurs des us et coutumes de chez nous, passait aux yeux des jeunes comme un défi à eux lancé et qui en même temps les portait à plus de mobilisation.

Si la solennité de l’événement ne permet pas des sorties hors norme, l’âge de l’illustre disparu peut autoriser des jeux, surtout de mots. Alors permettons-nous de relire en verlan (ou plutôt) à l’envers la formule la plus choc, la plus rimée et la plus galvanisante à nos yeux du Vieux, le «nan laara an saara» qui pourrait donner, «nan saara an laara» un jeu de mot subtil mais qui en fait est un passage obligatoire pour tout humain, disons tout mortel.

Et comme on le dit dans la langue de Molière si «partir c’est mourir un peu», «mourir c’est partir pour toujours». Alors le sens premier du «nan laara an saara» qui veut dire «si on se couche on est mort», deviendra dans le «nan saara an laara», «quand on est mort, on est couché» quoi de plus vrai.

Mais de ce sommeil du non réveil. Et vu l’âge de l’illustre disparu, il ne serait pas exagéré de dire que Joseph Ki-Zerbo dort du sommeil des justes, de ceux qui font le grand voyage après avoir accompli leur ouvre ici-bas.

Reste maintenant aux générations actuelles de savoir ouvrir le grand livre qu’il a su tisser tout au long de ses quatre vingt quatre hivernages, de savoir le lire et d’en faire un bréviaire.

N’oublions pas comme l’a dit un autre vieillard que «quand un vieillard meurt, c’est une bibliothèque qui brûle». Ainsi une bibliothèque burkinabè et africaine a brûlé.
Jean Philippe TOUGOUMA

19 mars 2007.