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ki.jpgPour cette raison surtout, bien de personnes dans le village ne pouvaient le supporter. La chance de sa vie, Blaise crût qu’il l’aurait pendant le séjour que la fille projetait au chef-lieu de province pour les fêtes. Le jour de fête arriva, la fille s’y rendit avec ses sœurs. Blaise les y avait devancées.

La rencontre eut lieu. Mais Blaise n’avait pas de maison pour son tête-à-tête. Un tête-à-tête dont il avait rêvé pendant deux ans. C’est ainsi qu’il est allé voir Losséni, son collègue du chef-lieu et l’avait supplié de lui rendre service en lui prêtant sa maison. Entre instituteurs de brousse, ils se comprirent mais avant de lui remettre la clé, Losséni lui indiqua la chambre qu’il pouvait occuper dans la maison.

Losséni lui-même resta au maquis à arroser abondamment sa fête puis décida enfin de rentrer. Chez lui, il fut surpris de retrouver son hôte et sa compagne non dans la chambre mais au salon en train de boire du café. Il s’assit quelques instants avec eux puis décida de rejoindre sa chambre pour confier au sommeil son trop plein d’alcool.

Mais à peine avait-il fini d’exprimer son intention, que Blaise, attrapant sa copine, le devança dans sa chambre à lui non dans celle qu’il lui avait indiquée auparavant, certainement parce que celle-ci n’était pas aussi confortable que la sienne.

Très remonté par cet inqualifiable comportement, Losséni se promit de répondre au coup de pied de l’âne. C’est ainsi qu’après avoir refermé la porte, il alla se coucher entre Blaise et sa copine. Ils restèrent ainsi tous les trois durant toute la nuit.

Inutile de préciser que Blaise fut fort déçu et très fâché du comportement de son collègue aussi jura-t-il de lui réserver un chien de sa chienne.

Il savait par avance que les sœurs de sa copine qui étaient rentrées au village sans elle, iraient prévenir Ladji qu’elle était restée avec lui et que pour cela, Ladji était capable de l’égorger vif. Il aurait pu accepter affronter cette situation s’il avait eu ce qu’il voulait mais tel n’était pas le cas.

Aussi, fonça-t-il au village raconter à tous ceux qu’il rencontrait que la fille de Ladji avait un amant au chef-lieu qui n’était autre que Losséni avec qui elle a passé toute la nuit. La chose arriva jusqu’à Ladji qui reporta son juste courroux sur ce dernier, se promettant de l’étriper à la moindre occasion, lui et sa fille. Pendant ce temps, la fille qui était toujours chez Losséni par crainte des représailles paternelles, raconta à ce dernier les risques qu’elle encourait à rentrer chez elle.

Losséni, en brave « karensamba* », enfourcha sa motocyclette et fonça au village où il put rencontrer la mère de la fille. II lui expliqua toute l’histoire en se réservant le rôle de celui qui a empêché le déshonneur de leur fille par Blaise qu’il savait de très mauvaise réputation. La mère lui exprima sa reconnaissance et le conduisit séance tenante auprès de Ladji à qui il raconta la même chose. Ladji le reçut avec chaleur surtout parce qu’il était musulman pratiquant comme il lui avait affirmé.

Losséni retourna chez lui ramener leur fille, puis revint quelques jours plus tard leur rendre visite pour leur demander l’autorisation de sortir avec elle.

Ladji ne voyant aucun inconvénient à ce que sa fille sorte avec un jeune musulman leur accorda sa bénédiction et aujourd’hui la fille et Losséni sont presque fiancés au grand désespoir de Blaise qui perd ainsi celle qu’il avait convoitée deux ans durant. A malin, malin et demi !

*Maître d’école

Sakré Chédou OUEDRAOGO | Sidwaya

9 juillet 2007