Partager

men2.jpgL’affaire a commencé au début de l’année dernière.

Hawa Traoré, une jolie jeune fille de Kalabancoura, fit la connaissance de Ousmane Doumbia qui travaille comme videur la nuit dans un bar de la place. Il est aussi membre de la garde rapprochée d’un célèbre opérateur économique de la place. L’amour entre les deux êtres a été si fort que le jeune homme a accepté, sur proposition de la demoiselle, de louer une chambre dans le quartier de sa dulcinée.
Le couple, sans passer devant un officier d’état-civil ou une autorité religieuse fonda un foyer au vu et au su des parents de la jeune Hawa Traoré. L’homme s’occupait bien de la fille. Mais bientôt des problèmes de jalousie commencèrent à envenimer l’atmosphère du foyer conjugal. Ousmane reprochait à Hawa sa trop grande liberté de mouvement. La fille, de son côté, accusait son amant de profiter de son métier de nuit pour s’adonner à des escapades en galante compagnie dans les différents maquis de la capitale.

L’atmosphère se dégradait au fil du temps. Un jour, Hawa, sans en informer son concubin, quitta la chambre qu’elle partageait avec son compagnon. Et disparut pour de bon. Pour oublier Ousmane, elle ne tarda pas à lier des relations amoureuses avec un autre jeune homme du quartier du nom de Abdoulaye Doumbia. Ce teinturier lui faisait les yeux doux depuis longtemps. Elle expliqua à son nouveau Jules avoir rompu toute relation avec Ousmane. Et jura de rester fidèle à Abdoulaye pour le reste de sa vie.

men-2.jpgMontagne de muscle

Abdoulaye accueillit naturellement avec joie cette déclaration de fidélité de sa nouvelle dulcinée. Le jeune homme était d’autant plus content qu’il rêvait depuis longtemps de conquérir la jeune fille. La liaison de Hawa avec Ousmane avait été un obstacle pour l’amour qu’il lui portait. Le « gros bras » est bien connu dans le quartier pour sa bonne éducation. Montagne de muscles, sa carrure impose aussi le respect.

La belle Hawa emménagea chez Abdoulaye Doumbia. Au bout d’un mois, elle commença à ressentir de fréquentes nausées et maigrissait de jour en jour. Un matin sur proposition de son nouveau concubin, elle se rendit au centre de santé du quartier où on lui apprit qu’elle était en état de grossesse depuis 4 mois. De retour à la maison, elle informa Abdoulaye qu’elle attendait un enfant. Le jeune homme reçut mal la nouvelle. Il répliqua à son amante qu’il ne pouvait pas reconnaître une grossesse de quatre mois, alors qu’il ne vit avec la fille que depuis seulement un mois. Abdoulaye mit brutalement fin à la discussion en chassant Hawa de sa maison.

Blessée dans son amour propre, la jeune fille prit ses cliques et ses claques et rejoignit Ousmane Doumbia. Celui-ci, en homme de cœur, l’accueillit chez lui à bras ouverts. Très prévenant, il lui demanda ce qu’il pouvait faire pour elle. Hawa émue par la gentillesse de son hôte garda le silence pendant de longues minutes. Brusquement, elle fondit en larmes et expliqua qu’elle attendait un enfant. Ousmane la consola et lui dit ce qu’elle souhaitait ardemment entendre en ce moment : il reconnut être l’auteur de la grossesse et s’engagea à s’occuper de la fille jusqu’à l’accouchement. Tout en promettant que quand l’enfant naîtra, il formaliserait leur union devant Dieu et les hommes.

Hawa sauta au cou de son amant et l’embrassa de toutes ses forces. Comme elle l’avait fait à Abdoulaye, elle jura fidélité, respect et amour à Ousmane. Le lendemain avant de se rendre au travail, Ousmane conduisit lui-même la jeune femme au centre de santé de référence de la Commune V. Il remplit toutes les formalités pour le suivi régulier de la grossesse de sa compagne.

Accouchement

Le 20 juillet 2006, Hawa a accouché par césarienne.
Ousmane prit en charge les frais de soins de la mère et de l’enfant. Au commissariat du 11è arrondissement où notre équipe de reportage a rencontré le couple vendredi dernier, Ousmane a exhibé un paquet d’ordonnances. En plus, il détient l’extrait d’acte de naissance de l’enfant, le jugement supplétif d’extrait d’acte de naissance qu’il a fait établir pour Hawa Traoré, dans l’optique de l’épouser civilement.

Le couple en pleine préparation du mariage dans les jours ou les semaines à venir a buté sur un obstacle inattendu. La semaine dernière, Abdoulaye Doumbia s’est présenté chez Ousmane. De façon cavalière, il annonça qu’il est venu « voir son fils ». Ousmane avec un calme olympien lui demanda de quel fils il s’agissait. Abdoulaye lui répondit le plus naturellement du monde qu’il parlait de l’enfant que porte Hawa sur son dos. Feignant n’avoir pas bien compris, Ousmane posa à nouveau la même question et eut droit à la même réponse. Il demanda poliment à Ousmane de sortir de chez lui.

La réaction du maître des céans mit hors de lui Abdoulaye. Il défia Ousmane au corps-à-corps. Se refusant à s’engager dans une bagarre, Ousmane rappela au belliqueux qu’il existe dans ce pays une justice. Il l’invita à aller porter l’affaire à la police. Abdoulaye continua à proférer des injures et des menaces. Mais Ousmane garda son calme, essayant même de calmer Abdoulaye. Il l’exhorta une nouvelle fois à aller porter plainte devant la justice.

Ayant compris que Ousmane ne voulait surtout pas en venir aux mains avec lui, Abdoulaye Doumbia se rendit au commissariat du 11è arrondissement où il a été reçu par l’inspecteur divisionnaire Dioting Diarra, le chef de la section P.J. La version du plaignant est tout à fait différente de celle de Hawa Traoré, de Ousmane Doumbia et de leurs témoins. Abdoulaye Doumbia semblait avoir oublié dans quel état l’avait plongé la nouvelle de la grossesse de Hawa. Il a voulu faire croire que la jeune fille s’était réfugiée chez lui après avoir été chassée par Ousmane. Selon ses dires, après l’avoir hébergée pendant une quinzaine de jours, il constata son état de grossesse. Il en accepta la paternité. Mais peu de temps après, sa compagne s’était enfuie de chez lui pour ne plus revenir. Assimilant ce geste à de l’ingratitude, il ne l’a pas recherchée. C’est récemment qu’il a appris qu’elle a accouché d’un garçon. Alors en bon père, il ne tenait pas à perdre son enfant.

Cette version tirée par les cheveux a été battue en brèche par les témoins de Ousmane et la jeune fille elle-même. Ousmane et Abdoulaye vivent en effet dans la même rue. Plusieurs fois, le teinturier a vu Hawa, portant l’enfant sur son dos. Mais il n’avait jamais eu le courage d’en parler avec la fille.

La police a constaté que la confusion est sciemment créée par Abdoulaye Doumbia. Mais personne ne sait dans quel but. L’inspecteur Dioting Diarra a demandé un test ADN aux frais du plaignant. En attendant les résultats de ce test, les deux parties ont été mises en garde contre toute tentative d’affrontement.

G. A. DICKO | Essor

4 juin 2007