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Ouvertes depuis lundi dernier à Alger, les négociations directes entre le gouvernement du Mali et les groupes armés séparatistes n’ont réellement démarré qu’hier jeudi. Rappelons qu’après avoir fait acte de présence lors de la cérémonie d’ouverture, le lundi 15 septembre dernier, ces derniers sont sortis de la salle des discussions pour protester contre la présence de Me Harouna Toureh qui a refusé de signer leur protocole d’entente. Ce document, signé peu avant le début des travaux par cinq des six mouvements armés officiellement présents à Alger, prévoit notamment une partition du pays.

Ainsi, les séparatistes ne se sont pas présentés après l’ouverture officielle des négociations directes entre le gouvernement malien et les groupes armés séparatistes dans le cadre de la seconde phase des pourparlers d’Alger. Absents des ateliers de discussions, ils ne sont pas sortis de leur hôtel. Sans eux, les travaux sur les quatre groupes thématiques se sont certes poursuivis, mais sans réels enjeux.

Seuls la CM-FPR de Harouna Toureh et certains groupes qui lui sont restés fidèles comme le Gatia, une partie du MAA-loyaliste et de la CPA discutaient avec le gouvernement malien sous la supervision de l’équipe de médiation. Leurs points de vue se recoupaient sur plusieurs points allant dans le sens d’offrir plus de possibilités de développement aux régions du nord du Mali et une plus forte implication des communautés qui y vivent dans la gestion de leurs terroirs.

Selon l’un des membres de l’équipe de médiation, le dialogue qui a repris avec uniquement les séparatistes et le camp gouvernemental, comme l’ont souhaité les premiers, a été » très constructif « . Bien qu’il n’ait pas dit clairement s’ils ont renoncé à leur idée d’un Etat fédéral avec deux entités autonomes, il a tout de même signalé que des avancées impressionnantes ont été réalisées à l’issue de cette première journée. Celle-ci a été consacrée exclusivement aux travaux du premier groupe thématique traitant les questions politico-institutionnelles. Ce qui était l’une des conditions posées par les séparatistes pour la reprise du dialogue.

Conformité à la Constitution

Notons qu’à l’ouverture des travaux, l’Ambassadeur de l’Algérie au Mali, Nourredine Ayadi, qui présidait la rencontre a, au nom de l’équipe de médiation, souligné que les interventions doivent être conformes à la Constitution du Mali, aux accords précédents, ainsi qu’à la feuille de route de juillet dernier consacrant une large part au respect de l’intégrité territoriale du Mali, à l’unité nationale et la forme républicaine et laïque de l’Etat.

Comme d’habitude, le porte-parole des séparatistes, Ambéry Ag Rhissa a dénoncé les politiques mises en œuvre par les différents pouvoirs qui se sont succédé au Mali depuis les indépendances et qui n’ont, à ses dires, accordé aucune importance aux régions du nord du Mali. Avant de réitérer leur revendication relative au fédéralisme.

Dans sa réponse, le ministre de la Décentralisation, Ousmane Sy, a rappelé que le gouvernement du Mali était disposé à engager plus de réformes pour assurer le bien-être des populations sur l’ensemble du territoire national tout en préservant l’indivisibilité et l’unité du Mali. C’est ainsi que la parole a été donnée aux membres de chaque partie (gouvernement et mouvement armé) qui ont soit défendu le caractère unitaire du pays ou réclamé un système de gestion des terroirs plus autonome.

Issue incertaine

Même si l’équipe de médiation se veut optimiste et confiante pour la conclusion d’un accord, l’issue de ces pourparlers demeure néanmoins incertaine. En effet, bientôt on ne saura même plus où donner de la tête avec les récentes divisions et déchirements constatés dans les rangs des groupes armés.

Il y a lieu de signaler qu’à l’instar du MAA-loyaliste qui a signé le protocole divisant le Mali avant de se rétracter, la CPA de l’ex-député de Bourem, Ibrahim Ag Mohamed Assaleh qui a également procédé au même acte, connait les mêmes soubresauts. Bien qu’il continue de revendiquer la paternité de la CPA, des éléments influents de son mouvement ont décidé de démettre Ag Assaleh de ses fonctions l’accusant de fautes lourdes et d’acte subversif.

Reste à savoir si eu égard à tous ses efforts, la médiation parviendra à convaincre les séparatistes de renoncer à leur idée de fédéralisme et de s’inscrire pleinement dans un État unitaire.

Massiré Diop , depuis Alger

19 Septembre 2014