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Il était 13h30 ce samedi 13 février lorsque l’avion du chef de la diplomatie française a atterri sur le tarmac de l’aéroport international de Bamako Sénou. Les membres du gouvernement, avec à leur tête le Premier ministre Modibo Sidibé et certains ambassadeurs, se trouvaient dans le salon d’honneur, pour attendre l’arrivée du chef du gouvernement nigérien, annoncée pour 13h40.

Rapidement, l’ambassadeur de France au Mali, Michel Reveyrand de Menthon se retire discrètement du salon pour aller à la rencontre de son patron. Dès la passerelle de l’avion, Kouchner s’engouffre dans un véhicule officiel, escorté par des gendarmes français, à destination de Koulouba.

Tête-à-tête avec le maître des lieux, le président Amadou Toumani Touré. Pour la circonstance, Kouchner avait à ses côtés, le Secrétaire général de l’Elysée, Claude Guéant. De quoi ont-ils parlé avec ATT?

Même s’il n’y a pas eu de communiqué officiel, on imagine qu’il ne pouvait être question que de Pierre Camatte, kidnappé depuis novembre par AQMI, la branche maghrébine d’Al-Qaïda qui avait menacé de l’exécuter à la fin du mois dernier si Bamako ne libérait pas quatre de ses membres, détenus dans des geôles de la capitale malienne. Heureusement, il y a eu, pour le moment, plus de peur que de mal, puisque que les ravisseurs ont prorogé l’ultimatum jusqu’au 20 février prochain.

Il n’est donc pas étonnant qu’en l’espace de deux semaines Kouchner vienne plusieurs fois à Bamako pour tenter d’obtenir la libération de Camatte, dans un contexte politique français caractérisé par la campagne pour les régionales, prévues les 14 et 21 mars prochain.

En nous interrogeant en ces termes: « que veut réellement Kouchner? », nous n’attendons pas la réponse facile: « la libération de Pierre Camatte ». Que non! Nous voulons connaître les modalités pratiques de cette éventuelle libération. Celle-ci, on le sait, est conditionnée à l’élargissement de quatre criminels, membres d’AQMI.

Est-il raisonnable et admissible que ces assassins non repentis soient libérés pour faire plaisir à la France de Sarkozy et sauver une seule vie, celle de Pierre Camatte? Que non! C’est la plus grosse erreur, durant son double mandat, qu’ATT pourrait être amené à poser.

Quelle que soit la pression de l’Hexagone, ATT doit tenir bon et dire poliment et fermement non aux émissaires de Sarkozy. Aucun principe, aucun texte, aucune solidarité, aucune vertu, ne permet ce genre d’échange.

De grâce, que la France ne nous demande pas ce qu’elle-même n’accepte pas! Si elle entend vraiment réussir la libération de Camatte, qu’elle tente de réorienter la doléance, qu’elle s’active, comme les Espagnols, à travers les réseaux que l’on sait, pour débourser de l’argent.

Ou que Kouchner tente, comme il sait le faire, de négocier la libération concomitante de tous les otages européens se trouvant entre les mains des terroristes d’Al-Qaïda. Ceux-ci détiennent actuellement six Européens dans le Nord-Est du Mali.

Outre le Français Pierre Camatte, enlevé à Ménaka, dans la région de Gao, située à 1200 km de Bamako, le 26 novembre 2009, il y a trois Espagnols, capturés le 29 novembre de la même année en Mauritanie et un couple d’Italiens, kidnappés le 17 décembre dernier dans le même pays.

Malheureusement, tous se sont retrouvés sur le territoire malien, au Nord-Est du pays, dans une zone désertique, aux frontières poreuses avec la Mauritanie, l’Algérie et le Niger.

Vivement la libération de Pierre Camatte, mais qu’elle ne soit pas conditionnée à la remise à l’air libre des quatre dangereux islamistes qui croupissent aujourd’hui dans des cellules bamakoises.

A suivre.

Chahana Takiou

Le 22 Septembre du 15 Février 2010.

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Pierre Camatte, au centre de la visite éclair de Bernard Kouchner au Mali

jpg_camate-rfi.jpgLe chef de la diplomatie française a effectué le 13 février 2010, une nouvelle visite éclair à Bamako, pour évoquer le sort de l’otage français Pierre Camatte, qu’al-Qaïda au Maghreb islamique menace d’exécuter. Une visite qui a eu lieu une semaine avant l’expiration d’un délai fixé par Aqmi qui menace la vie de l’otage, si ses exigences ne sont pas satisfaites avant « la date butoir du 20 février ».

La branche maghrébine d’al-Qaïda exige que ses membres arrêtés au Mali soient remis en liberté. Une option à laquelle se refusent les autorités maliennes.

Nous comprenons bien nos amis français, mais à leur tour, ils doivent nous comprendre : l’officiel malien qui parle ainsi était proche des entretiens qui ont eu lieu entre le président malien et la délégation française. D’après nos informations, Bernard Kouchner et Claude Guéant, secrétaire général de l’Elysée, n’y sont pas allés par quatre chemins pour demander au Mali de tout faire pour obtenir la libération de l’otage français Pierre Camatte.

Les Maliens ont répondu en substance « nous faisons tout notre possible. Mais il n’est pas question de se mettre à genoux devant les islamistes armés ».

Ces derniers ont lancé un nouvel ultimatum : la libération de quatre de leurs combattants incarcérés au Mali contre la libération de l’otage français, et cela avant le 20 février. Après cette date, la vie de l’otage pourrait être en danger.

Tiraillé d’un côté par la branche maghrébine d’al-qaïda et de l’autre par la France, le Mali vient de recevoir par écrit l’appui d’un voisin : l’Algérie. Deux ressortissants algériens font partie des islamistes arrêtés au Mali. Alger soutient la position du Mali, et demande même l’extradition des terroristes algériens.

En attendant, l’aiguille de la montre tourne et le dossier est pour l’instant dans une impasse.

Article publié le 14 Février 2010 par RFI

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Otage français au Mali: nouveau refus de Bamako de libérer des islamistes d’Al-Qaïda

jpg_camate-afp.jpgLe Mali « n’a pas changé de position » et a une nouvelle fois refusé de libérer des islamistes en échange de l’élargissement du Français Pierre Camatte enlevé fin novembre par Al-Qaïda dans le nord malien, a-t-on appris dimanche de sources gouvernementales maliennes.

Malgré « l’insistance » des émissaires français conduits samedi par le chef de la diplomatie française, Bernard Kouchner, le Mali a été « correct » mais « n’a pas changé de position », a précisé à l’AFP une source gouvernementale malienne.

« Nous vivons dans un environnement international où il y a des règles en matière de sécurité, de lutte contre le terrorisme. Il faut les respecter. C’est ce que fait le Mali en refusant de libérer des terroristes. Nous l’avons expliqué à nos amis français », a-t-elle indiqué.

« Nous ne dirons pas plus mais il n’est pas question de libérer des islamistes », a déclaré à l’AFP une autre source gouvernementale.

Le ministre français des Affaires étrangères, M. Kouchner, et le secrétaire général de l’Elysée, Claude Guéant, ont effectué un discret et bref séjour à Bamako dans le cadre de l’affaire de l’otage Pierre Camatte.

C’est la deuxième visite surprise du chef de la diplomatie française dans la capitale malienne, après une première début février.

Pierre Camatte a été enlevé par des autochtones de la localité de Ménaka (nord) et cédé ou vendu à Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) le 26 novembre 2009 dans le nord du Mali.

Aqmi a fixé la semaine dernière un nouvel ultimatum: elle réclame la libération de ses membres arrêtés au Mali contre la libération de l’otage français, dont la vie serait en danger si Bamako et Paris n’acceptaient pas l’accord avant « la date butoir du 20 février ».

Au moins quatre islamistes arrêtés au nord sont actuellement détenus dans les prisons maliennes.

L’Algérie soutient la position malienne de ne pas libérer ces islamistes en échange de l’élargissement de Pierre Camatte, a indiqué dimanche à l’AFP une source proche de la présidence malienne.

« L’Algérie non seulement soutient notre position de ne pas libérer les terroristes qui sont en prison au Mali mais nos amis algériens nous ont également fourni de la documentation juridique sur le sujet« , a déclaré à l’AFP cette source.

Les relations entre le Mali et l’Algérie, deux pays voisins, s’étaient refroidies à cause de divergences sur la manière de lutte contre l’insécurité dans le Sahel.

« Il y a eu des malentendus. Mais avec le soutien clair de l’Algérie au Mali dans sa position de ne pas libérer des terroristes, je voudrais souligner qu’il y a une embellie, que nous Maliens voulons consolider », a ajouté la même source.

Aqmi retient actuellement six Européens dans la zone désertique du nord du Mali. Outre le Français Pierre Camatte, il y a trois Espagnols capturés le 29 novembre en Mauritanie et un couple d’Italiens kidnappés le 17 décembre également en Mauritanie.

(Bamako) AFP dimanche 14 février 2010 – 12h53