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La gestion consensuelle du pouvoir, exercée par la plupart des partis politiques au cours des cinq premières années de Amadou Toumani Touré, a été quelque peu perturbée à l’entame de ce deuxième mandat. Il est vrai que pour préparer sa réélection à la tête de l’Etat, l’actuel président de la République s’était acquis le concours de plusieurs formations politiques. Il y a celles, une quinzaine au départ et près d’une cinquantaine aujourd’hui, qui se sont regroupées au sein de l’ADP (Alliance pour la Démocratie et le Progrès). Dont les ténors sont le PASJ, l’URD, le MPR et le CNID. Il y a également les francs-tireurs dont certains comme le BARA et le PECSAM se sont réclamés d’abord de l’opposition avant de rallier la cause de ATT.

Parallèlement, il y a les partis politiques, et pas des moindres, qui parties prenantes à la gestion consensuelle du pouvoir d’antan, qui ont décidé de prendre leurs distances vis-à-vis du Chef de l’Etat. Il s’agit essentiellement du RPM, du Parena et de la Sadi.
Ces perturbations ont abouti, avant puis après les opérations de l’élection présidentielle, à la constitution de deux camps antagonistes : l’ADP, la majorité présidentielle, et le FDR, Front pour la Démocratie et la République, qui, à défaut d’être une véritable opposition, au sens statutaire, se révèle un front de contestation.
Le premier camp domine incontestablement l’échiquier politique national, étant largement majoritaire non seulement au sein du gouvernement, mais également de l’Assemblée nationale et du Haut Conseil des Collectivités Territoriales. Ses leaders ont toutefois été confrontés, au cours de cette première année, à de rudes épreuves.
Le PASJ a vu sa cohésion et son unité menacées lorsqu’un de ses plus hauts responsables, son premier vice-président, a voulu jouer cavalier seul, en se présentant à l’élection présidentielle, conformément aux textes du parti mais contre l’avis et la décision de son comité directeur.

S’en sont suivies des prises de sanctions, notamment la suspension, à l’encontre de ces responsables et de ceux qui l’avaient et soutenu et suivi dans son entreprise. Ceux-ci avaient, plus par passion que par raison, rejoint le front de la contestation. Avant de revenir à la raison en réintégrant leur famille d’origine. L’intermède a quand même failli coûter à la Ruche une division qui n’aurait pas manqué de l’affaiblir sérieusement. Car le vice-président comptait dans ses rangs plusieurs autres membres de la direction du parti, des députés, des conseillers nationaux et des élus locaux.

Une autre formation politique qui a évité le clash, c’est l’URD. Ce parti n’a jamais caché son atypisme politique et stratégique. Si, comme beaucoup d’autres formations, l’idée de sa création est née de divergences et mouvements d’humeur entre ses responsables, l’URD a cependant été fondée principalement par Soumaïla Cissé qui, ce n’est plus un secret, caresse le rêve de succéder à ATT en 2012. La querelle est née quand le deuxième vice-président a voulu prendre les rênes du parti, contre le président sortant imposé par le fondateur, et, selon lui, y apporter les changements démocratiques nécessaires à plus de performances, donc plus de réussites électorales. Ses velléités de candidature à la présidence du parti, lors de leur 2ème congrès ordinaire, ont été étouffées dans l’œuf.
Ces deux partis, PASJ et URD, n’ont pas succombé aux turbulences et perturbations, malgré les tentations, et sont parvenus à sauver leur cohésion et à préserver leurs acquis. De surcroît, ils ont enregistré plusieurs nouveaux succès à la suite d’adhésions et de fusions.
Il en va tout autrement pour le CNID. Le parti du soleil levant a des problèmes. De sérieux problèmes.

Suite aux dernières élections législatives, ce parti a connu des divergences notables entre ses plus hauts responsables. Il y a eu d’abord le refus de certains membres de la direction d’accompagner la candidature d’un député sortant. Battu, ce désormais ex-député a quitté le parti avec armes et bagages pour rallier une autre formation politique. Le mal ne s’est pas limité à cela. Ceux de la direction, et pas des moindres puisqu’il s’agit du secrétaire général et de la présidente des femmes, qui l’avaient soutenu ont été victimes de sanctions de suspension. En riposte, eux-mêmes ont pris, au nom de la direction du parti, d’autres sanctions, d’exclusion, à l’encontre de leurs adversaires. Créant une confusion épouvantable dans l’esprit des militants et des observateurs politiques. Ces sanctions ont longtemps empoisonné l’atmosphère au sein du parti et l’ont amené au bord de l’implosion. Elles seront finalement levées après plusieurs médiations et négociations entre les protagonistes de cette guerre des tranchées. Mais le mal était fait. Désormais les deux parties se regardent en « chiens de faïence ». La cohésion et l’unité ayant volé en éclats, elles sont prêtes à en découdre à la moindre occasion.

Pendant ce temps, le Mouvement citoyen, qui se réclame du Chef de l’Etat, s’est efforcé d’enrichir le paysage politique. Des divergences de stratégie et d’option quant à l’accompagnement de ATT, est née une nouvelle formation politique, œuvre de l’ancien président du Mouvement. Qu’on accuse cependant d’avoir créé ce parti parce qu’ayant perdu son poste de ministre. Toujours est-il que son départ a affaibli le mouvement qui s’est, depuis lors, plongé dans une certaine indolence. Tout comme les partis politiques qui se réclament de la majorité présidentielle, et qui ont été peu présents sur les grandes questions d’intérêt national. Récemment, ils semblent être sortis de leur torpeur pour donner un semblant de justification à leur existence. Malgré ce semblant de réveil, persiste quand même cette question que se pose aujourd’hui les observateurs : où sont donc passés ces politiques qui, il y a juste un an, se bousculaient autour du candidat ATT. Dans le lot, beaucoup ont déjà ouvert leur agenda politique, obnubilés par 2012 et laissant le Président seul face à « ses problèmes ».

Par contre, les partis du front de la contestation se sont beaucoup agités au cours de ces douze derniers mois. En particulier, sur les crises qui ont affecté le pays. Rendant le pouvoir coupable de la mauvaise gestion de l’école, de la cherté de la vie, de la gestion solitaire de la question du nord. En oubliant, toutefois, que les responsabilités dans la crise scolaire se situent à tous les niveaux, tutelle bien sûr, mais également, parents, enseignants, élèves et étudiants. En oubliant aussi que la cherté de la vie est mondiale et qu’elle est due à des facteurs que le Mali ne contrôle pas. En oubliant enfin que plusieurs pays sont impliqués dans la gestion de la question du nord qui est, de surcroît, une crise transfrontalière qui a commencé avec la rébellion des années 1990.

Cheick Tandina

05 juin 2008