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« Il n’y a pas développement du cinéma sans critique » : c’est la sentence d’Olivier Barlet, un grand critique du 7e art. Et en la matière, le cinéma africain a aujourd’hui besoin d’un autre regard que celui des critiques occidentaux. Un vide que des initiatives privées tentent de combler.

Ainsi, du 19 au 24 février 2007, un atelier sous-régional a réuni une quinzaine de journalistes intéressés par la critique cinématographique. Organisée à l’Institut supérieur de l’image et du son (Isis) de Ouagadougou, cette formation a été initiée par la Fédération africaine de critique cinématographique (Fac) en partenariat avec des organismes comme l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), Africalia (Belgique), le ministère français des Affaires étrangères, le ministère burkinabé de la Culture et du Tourisme et le Fespaco.

Cet atelier avait pour but de rendre plus visible la critique cinématographique africaine pour le développement d’un cinéma de qualité en Afrique. Ainsi, pendant une semaine, des journalistes venus du Bénin, du Burkina, de la Côte d’Ivoire, de la Guinée-Conakry, du Mali, du Niger, du Sénégal et du Togo ont été formés pour être des ambassadeurs de la critique africaine dans leurs pays respectifs.

Cette formation a permis aux participants de s’outiller en techniques et méthodes d’analyse et de critique de film. Elle était essentiellement portée sur l’histoire du cinéma, l’introduction à l’analyse filmique, les genres cinématographiques, les spécificités du documentaire et la technique d’interview. La théorie était complétée en soirée par la projection de films qui faisaient l’objet d’exercice, de discussion et de production d’articles de critique.

Pour les organisateurs de cet atelier parrainé par Gaston Kaboré, l’un des grands cinéastes africains, c’est « une étape capitale dans le plan d’action de la Fac ». En effet, il doit favoriser l’instauration d’une tradition critique dans les pays africains. Ce qui est aujourd’hui une condition sine qua non du développement du cinéma africain pour qui sait que l’activité de critique a pour fonctions essentielles d’informer, d’évaluer, de promouvoir et d’éduquer.

Comme le dit Olivier Barlet, formateur avec Hassouna Mansouri de la Tunisie, « le critique essaye de saisir l’intention du film et d’expliquer comment elle est soutenue par les choix esthétique et thématique du réalisateur… Le critique mobilise le spectateur pour en faire un citoyen débout qui prend, à son tour, la parole pour faire évoluer les choses ».

Superstition ou quête de reconnaissance ?

L’espoir du Mali reposait sur Faro, la Reine des eaux de Salif Traoré pour le 20e Fespaco. Même si ce long-métrage, qui a ouvert la compétition officielle, a beaucoup séduit le public ouagalais, il n’a récolté aucune distinction. Une situation qu’un confrère de Ségou explique par le fait que le réalisateur n’a pas respecté la tradition en projetant le film en avant-première dans la localité où il a été réalisé, Sékoro (Ségou) en l’occurrence. Une localité historique, touristique et surtout un lieu de dévotion avec sa célèbre mosquée, celle de Ba Sounou Sacko, la mère de Biton Coulibaly, qui a plus de 200 ans.

En effet, les réalisateurs maliens s’illustrent le plus souvent par leur choix de projeter leurs films dans la localité du tournage en avant-première. Au confrère de citer Cheick Oumar Sissoko avec Genèse, Abdoulaye Ascofaré avec Faraw et récemment Boubacar Sidibé avec Le fou du village. Tous ces réalisateurs, en signe de reconnaissance, ont projeté leurs œuvres en avant-première dans les sites de tournage.

Un privilège que n’ont pas eu les populations de Sékoro où Faro, la Reine des eaux a été tourné pendant une quarantaine de jours. Une situation que notre confrère ségovien souhaiterait voir rapidement corriger par Salif Traoré. Selon nos informations, Faro a été projeté aux Berlinades (Festival du cinéma de Berlin, Allemagne) avant d’être projeté au Fespaco. Dans les deux festivals, le film a fasciné le public, mais n’a pas séduit le jury.

Branchées à vélo

A Ouagadougou, s’il y a un spectacle qui n’échappe pas à l’œil du visiteur : ce sont ces jeunes filles bien sapées qui circulent à vélo sans aucun complexe. Ouagadougou est la capitale des cyclomoteurs. Mais, les filles qui n’ont pas les moyens de payer un scooter ne se cassent pas la tête.

Elles optent pour des vélos. Ainsi, il n’est pas rare de voir de charmantes filles élégamment sapées sur des vélos pour aller au travail, à l’école ou rejoindre un amoureux dans l’une des nombreuses places publiques de Simonville (autre appellation de Ouagadougou dont l’édile s’appelle Simon Compaoré). La simplicité de ces filles branchées surprend nous autres parce que chez nous les nanas sont tellement complexées qu’elles rougissent souvent qu’on les surprenne en Jakarta (scooter).

Elles rêvent toutes aujourd’hui d’avoir une petite voiture quelque que soit le prix à payer pour y parvenir. On sent cette même simplicité chez les Ouagalaises dans leur façon de s’habiller, dans leurs modes de vie quotidienne et même dans les nombreux espaces de loisirs comme les célèbres Kundé qui poussent aujourd’hui comme des champignons. Bravo branchées de Ouaga. Vous faites honneur aux Africaines !

Amateur au pays des pros

« Si j’avais su que cette compagnie avait un partenariat avec une société de transport malienne, j’aurai opté pour une autre. Voyager dans des cars maliens est le plus souvent un véritable calvaire » ! Ces propos sont d’une commerçante du Faso. Et elle ne pensait pas si bien dire. En effet, la différence entre une compagnie comme TCV (Transport confort voyageurs) du Burkina et Bittar Transport du Mali est comme le paradis et l’enfer. Le samedi 4 mars nous avons emprunté TCV pour revenir au bercail. Mais, nous ignorions que nous allions faire le trajet Bobo-Bamako avec Bittar.

Ce qui est sûr, c’est qu’entre Ouaga et Bobo, le voyage s’est déroulé dans le confort total et avec une étonnante ponctualité de la part d’une compagnie de transport routier. Arrivé à Bobo-Dioulasso aux environs de 4 h du matin, nous devrions quitter cette ville à 8 h 30. Notre première surprise a été de voir un tacot de la compagnie Bittar s’avancer à la place de TCV. Un petit bus sans coffres à bagages pour transporter une quarantaine de voyageurs, essentiellement des commerçants. Ce qui a donné lieu à une première bagarre pour hisser les bagages sur le toit du véhicule. C’était la condition pour faire partie du voyage ! Las d’attendre depuis 4 h du matin, tout le monde était pressé de reprendre la route vers Bamako.

Une grande partie des sacs a trouvé place sous les chaises inconfortables et dans les allées. Lourdement chargé, le car a pris la route avec près d’une demi heure de retard. Il ne mit pas du temps à s’essouffler. Surtout avec un chauffeur qui a eu le culot de grimper une longue côte à la 4e vitesse.

C’est avec beaucoup de peine que nous avons atteint Koutiala parce qu’il fallait mettre de l’eau dans le radiateur tous les dix kilomètres. Et les passagers étaient contraints de pousser le car après chaque arrêt.

Dans la Capitale de l’Or blanc, on a mis près de trois heures à remplacer les tuyaux d’alimentation en eau. L’un des convoyeurs nous a appris que le véhicule, datant de la
Can « Mali-2002 », a été privé d’une turbine de refroidissement et que c’était son premier voyage depuis.

Finalement, c’est aux environs de 1 h 30 du matin (au lieu de 19 h) que nous sommes arrivés à la gare de Sogoniko. On comprend alors aisément pourquoi les compagnies de transport maliennes ont une piètre image au Burkina Faso voire dans toute la sous-région où les sociétés ont fait de gros efforts dans le sens du professionnalisme et du confort des voyageurs.

Moussa Bolly
(envoyé spécial)

12 mars 07