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al3.jpg En effet, nombreux sont nos compatriotes qui lèvent le coude en cachette en prenant soin de faire en sorte que cela ne se sache pas par leur entourage. De nombreux garçons et filles sont des buveurs invétérés mais ils le cachent comme ils peuvent.

Le poids de notre société fortement islamisée est pour beaucoup dans la propension des alcooliques à dissimuler leur penchant, l’alcool étant fortement prohibé par la religion musulmane. Alors, buvons certes, mais buvons cachés !

Traditionnellement, boire le « tiapalo », le « dolo » en public était le privilège des hommes. Aujourd’hui, les femmes ont fait une entrée fracassante dans l’alcoolisme. L’urbanisation galopante qui a perturbé les moeurs, y est pour beaucoup. L’influence du mode de vie occidental, décuplée par le cinéma et la télévision, pousse les jeunes à singer ceux de Paris, Londres, New-York. Alors bonjour les dégâts !

Les Maliennes sont de plus en plus nombreuses à téter de la bouteille.

Un phénomène d’entraînement

Généralement les filles se mettent à l’alcool en acceptant le verre offert par des copains. Elles se laissent très souvent influencer facilement par leurs amis. Celles qui sont déjà habituées à lever le coude, affirment consommer de l’alcool pour améliorer leur humeur et leur confiance dans certains milieux. Certaines élégantes affirment que l’alcool les pousse à se battre.

Elles peuvent aller jusqu’à poser des gestes qu’elles regretteront par la suite. Elles sont nombreuses les belles qui se sont retrouvées, sans savoir comment, dans le lit d’un amant, après avoir bu.

Kadia, une étudiante à l’université, révèle qu’elle a pris son premier verre quand elle était au lycée. Cela l’a entraîné dans une véritable descente aux enfers. « Mon copain buvait. Nous sortions en groupe. Tout le monde buvait pour ne pas être exclu du « grin ». Afin de garder mon copain, j’ai pris l’habitude de siroter. J’étais donc sur une pente glissante. Aujourd’hui, je suis maintenant une accroc. Et je bois sec« , raconte-t-elle.

al2.jpgPlusieurs interlocutrices trouvent qu’il faut boire pour être dans l’air du temps. Tel est le cas de l’enfant gâtée Fatim. Elle est née d’une famille aisée. Elle a tout ce qu’elle veut. Cette citadine boit pour son plaisir. Et elle nous a expliqué ce choix. « Je ne buvais pas avant, mais je me sentais bien dans l’ambiance des bars. A force de fréquenter ces lieux, j’ai fini par boire. Je ne regrette rien car l’alcool me met en forme. Dès que je bois un verre, je m’épanouis. J’ai l’impression que je peux soulever la terre entière. »

Les « boiveuses »

Selon le gérant d’un bar de la place, les filles viennent souvent en groupe et elles consomment beaucoup plus que les garçons. Auparavant, continue le gérant, la plupart d’entre elles se cachaient. Mais actuellement elles ne se gênent pas. Elles boivent au vu et au su de tout le monde. Ainsi Maïmouna estime que boire n’a rien de dégradant. « Je bois depuis l’âge de 15 ans, avoue-t-elle. Dans notre famille, nous buvons tous ensemble, mon père, ma mère, mes frères et soeurs. »

La serveuse du bar Yama explique son cas. « J’étais dans la nécessité. Mais malheureusement, je suis tombée enceinte. L’homme en question ne voulait pas entendre parler de cette grossesse. J’ai donc continué à boire pour soulager ma peine. Ensuite pour mieux exercer mon métier de fille de joie. Je n’ai pas d’autre alternative pour m’occuper de mon garçon de 3 ans« , confesse-t-elle.

Le jugement de l’étudiante Sadio sur les filles alcooliques est sans appel. « Mes soeurs qui boivent sont des complexées, affirme-t-elle. Elles imitent les blancs. Ce mimétisme a coûté la santé et sa jeunesse à Badialo. Aujourd’hui cette alcoolique regrette amèrement son sort. Elle connaît de nombreux problèmes de santé actuellement. Mais malheureusement elle ne peut plus se passer de boire. Et elle se plaint. « Je suis malade, mais je ne peux pas résister à l’envie de boire. C’est regrettable mais c’est ainsi. » Le calvaire de cette pauvre fille est une leçon : boire au lieu d’être un plaisir devient une nécessité.

al-2.jpgLes filles qui boivent sont toujours mal vues dans leur entourage. Elles enfreignent les moeurs, les coutumes, l’honneur, la dignité. C’est l’acculturation totale.

« Je plains sincèrement les mères de ces filles, elles doivent vivre un véritable enfer« , commente la vieille Worokia. Elle pense que toutes les mamans désirent voir leurs enfants réussir. L’alcool ne nourrit personne. Au contraire, il détruit à petit feu. « Les filles alcooliques doivent se ressaisir« , ajoute Ba Worokia. Elles doivent impérativement prendre conscience qu’elles ont la lourde responsabilité de s’occuper d’un foyer.

Mais woh, le vrai problème, c’est l’alcool ou le sexe du consommateur ? simple question…

Mariam A. TRAORÉ | Essor

23 mars 07