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Au sein des administrations d’Etat, des fonctionnaires ont pris l’habitude de ne pas être à l’heure au service quand il pleut.


Du point de vue réglementaire, la pluie ne doit pas empêcher un fonctionnaire de rejoindre son bureau et à l’heure. Il doit prendre toutes les dispositions nécessaires pour ne pas être bloqué par la pluie. Mais, de nos jours au Mali, c’est tout à fait le contraire car, très peu de fonctionnaires observent cette règle. Est-ce à dire que parce que nous n’avons que 3 mois de saison de pluie sur 12 que les gens perdent l’habitude de se rendre tôt au service en saison hivernale ?

Si en Europe, qu’il pleuve ou qu’il vente, le problème ne se pose pas, au Mali, la pluie est devenue un facteur d’empêchement pour des travailleurs. Quand il pleut surtout tôt le matin, le constat qui se dégage est qu’il y a plus d’absents que de présents dans les bureaux aussi bien au niveau des administrations d’Etat que des services de recouvrement de l’Etat.

Parmi les retardataires, l’on ne retrouve pas que de simples agents mais également des chefs qui, pourtant, devraient être exigeants avec eux-mêmes. « Je suis là depuis 7 h 30 pour payer ma facture d’eau et d’électricité. Mais je constate qu’après 8 h, les guichets restent encore fermés. C’est toujours comme ça. Il suffit qu’il pleuve pour que des agents d’EDM ne se donnent plus de la peine de venir à l’heure. Alors que si le client traîne avant de s’acquitter de sa facture, ils iront couper sans état d’âme l’eau ou l’électricité. Au délà du paiement de la facture nous avons d’autres impératifs à gérer pour le reste de la journée », s’indigne un client de l’agence EDM de Lafiabougou.


Pure perte

Idem pour des départements ministériels où des dossiers restent en souffrance parce que la personne habilitée à les signer n’est jamais sur place à l’heure. « J’ai un dossier en instance au niveau de mon département de tutelle depuis plusieurs semaines. Ce matin encore, je suis sorti sous la pluie afin de m’enquérir de son évolution. A mon arrivée alors qu’il était encore 8 h, c’est le gardien sirotant tranquillement son thé qui m’a accueilli en ces termes : personne n’est encore arrivée même pas les secrétaires. C’est la règle ici, quand il pleut le matin, les travailleurs ne viennent pas avant 10 h. Vous ferez mieux de vaquer à vos occupations et revenir entre 10 et 11 h. Sinon vous risquez de perdre inutilement votre temps », confie une jeune recrue à la fonction publique.

Dans un autre ministère où nous avons trouvé des secrétaires savourer leurs brochettes tout le système était bloqué et c’était la grogne générale. « A cause d’une petite signature, le monsieur est là à se moquer de nous. Non seulement il n’est pas venu à l’heure mais également il se donne le plaisir de faire le tour des bureaux sans se soucier que des usagers l’attendent. Or, nous avons aussi d’autres préoccupations. Mieux vaut ne pas affaire avec l’administration malienne sinon ta journée est sacrifiée », protestent les usagers.

Aujourd’hui, la preuve est faite que quand il pleut certains agents du secteur public ne sont pas respectueux de leur travail. Les principaux axes de circulation sont embouteillés par des voitures dont la plupart sont pour des fonctionnaires. Une situation qui se fait sentir au niveau du rendement. Mais puisqu’il n’y a pas d’obligation de résultats tout cela est mis au compte des pertes et profits. Toutefois, s’il y avait des évaluations à faire, l’on obtiendrait certainement des incidences beaucoup plus négatives.

A l’opposé du secteur public où le retard est perceptible en cas de pluie, au niveau du secteur privé la rigueur semble de mise. Dans ce domaine, c’est le rendement qui est le plus recherché et l’employé est obligé de venir travailler sous la pluie. Généralement, ce sont eux qu’on aperçoit le plus souvent à moto, munis de leur imperméable en train de braver la pluie pour se rendre au travail.

Mohamed Daou

07 août 2007.