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Décryptage juridique du mot Républicain par Mamadou Fadiala KEITA, juriste et Président d’Association.

L’origine du mot république

Le mot « république » provient du latin res publicae qui signifie au sens propre « chose publique » et désigne l’intérêt général puis le gouvernement, la politique et enfin l’État.

Une république est un régime politique où les fonctions de Chef d’État ne sont pas héréditaires, mais procèdent de l’élection.

A noter qu’une république n’est pas nécessairement une démocratie (cas des régimes à parti unique ou ayant élu un dictateur), tout comme une monarchie n’est pas nécessairement absolue, cas de la monarchie constitutionnelle et parlementaire. Quid du régime de GMT de 1979 à sa chute et de sa gestion du Mali ?

De ce fait, en s’intéressant au cas malien, le régime de GMT (parti unique ou parti de dictateur), l’appellation revient au même. Un tel régime rentre à coup sûr dans le cadre de république, surtout que GMT n’a guère manifesté son intention de léguer le pouvoir à un de ses descendants dénaturant ainsi la république.

Mieux, son comportement à la tête du Mali, à un certain moment (certainement après les 10 premières années de règne avec la création du parti unique UDPM après s’être débarrassé de quelques uns de ses conjurés du 19 novembre 1968), dénote de son patriotisme voire du chauvinisme même si, à certains égards, c’était pour sauvegarder jalousement son pouvoir.

La république est aujourd’hui la forme d’État la plus répandue. Sur 193 pays, 136 sont des républiques, 34 des royaumes ou sultanats, 3 des principautés et 9 des unions ou fédérations qui peuvent mélanger plusieurs formes d’États. Qu’en est-il de la démocratie ?

S’agissant de la démocratie, elle est basée sur la participation des peuples qui choisissent leur propre système politique, économique, social et culturel, en exprimant librement leur volonté à chaque étage de la gouvernance : de la conquête du pouvoir à son exercice en passant par la gestion. Quelles en sont ses caractéristiques principales ?

Ainsi, en me référant aux critères élaborés par le très sérieux Economist Intelligence Unit sur l’indice de la démocratie, un indice compilé examinant l’état de la démocratie dans 167 pays, les caractéristiques essentielles sont classées en cinq (05) catégories générales qui constituent le baromètre de toute démocratie : processus électoral et pluralisme, libertés civiles, fonctionnement du gouvernement, participation politique et culture politique[2] ; ce qui me fait dire que les exigences (principes) démocratiques sont plus contraignantes que celles républicaines.

Reste entendu que la démocratie, bien que valeur universelle, n’est pas un modèle unique. Elle a ses spécificités d’une culture à une autre, d’une nation à une autre ou même d’un continent à un autre. Que revêtent les deux concepts au pays de l’oncle Sam ?

Aussi, à l’occasion, il n’est point superflu de jeter un regard curieux sur les deux (02) concepts aux Etats Unis d’Amérique : démocrate et républicain.

Le parti démocrate est considéré comme le parti des citoyens alors que le parti républicain apparait comme le parti des valeurs ancestrales. D’un côté, c’est le citoyen qui est au centre, la satisfaction de ses aspirations est l’enjeu politique alors que de l’autre le respect des valeurs ancestrales forgent le citoyen, la communauté et le pays.

Partant de là, quel regard analytique sur le qualificatif républicain attribué au GMT par IBK ?

Je dis sans ambages qu’il n’y a aucune espèce de gaffe ni d’amalgame à ce sujet. Car autant une république n’est pas nécessairement une démocratie comme évoqué ici plus haut, autant un républicain n’est pas nécessairement un démocrate. Autrement dit, IBK, en qualifiant GMT de républicain, pèse tout son mot ou est parfaitement conscient de ce qu’il dit. A travers ce qualificatif, GMT est jugé avec justice et équité c’est-à-dire avec son mérite de patriote ou chauvin selon le cas ; d’autant qu’il n’est pas qualifié de démocrate. A chacun ses tares et à chacun ses mérites, admettons-le ! And life goes on. Au vu de tout ce qui précède, en guise de conclusion

J’invite simplement les détracteurs de cette partie du discours inaugural à faire preuve de discernement, voire de lucidité et éviter de tirer sur tout ce qui sort de la bouche du Président. Je sais que parmi les détracteurs, nombreux sont ceux qui ignorent la différenciation entre républicain et démocrate, et nombreux également sont ceux qui, en dépit de leur connaissance, alimentent sciemment les débats à des fins inavouées.

Et sans partie prise aucune, j’apporte humblement ma contribution au débat dans le seul but d’éclairer à cette aune de débat démocratique car, je sais qu’en termes de débats, il y aura à gloser sur la gouvernance qui pointe à l’horizon après près d’une décennie de stagnation au nom du consensus politique.

Mamadou Fadiala KEITA, juriste.

Bienvenue aux suggestions à : ajcad@voila.fr

Bamako, le 05 septembre 2013

Le Prétoire du 9 Septembre 2013