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Bandit, Bâtard, connard : ces mots et d’autres, qui volent bas au point d’aller frôler les bas-fonds, devraient-ils se retrouver jamais au haut lieu qu’est censé être un parlement ?

Après de grosses tractations, le bureau de l’Assemblée nationale a été renouvelé le lundi 13 octobre 2008 dernier au cours d’une cérémonie qui s’est tenue à l’Hémicycle. Mais à notre grande surprise, deux députés ont failli transformer l’Hémicycle en un ring.

Mais il n’y a de haut lieu que d’homme grand, non pas de par la taille, mais de par le cœur, l’esprit et l’intelligence. Un lilliputien dans l’âme restera lilliputien même au sommet de l’Himalaya ; un colosse dans l’âme restera colosse même enfermé à double tour dans le cachot le plus obscur : le cachot s’illuminera de la lumière émanée du colosse qu’il cache en vain, épousera les dimensions de son âme et deviendra un Thabor circonstanciel pour les chercheurs de noblesse, de vraie liberté et de fidélité supérieure.

Non pas que le double effondrement dont notre parlement fut le triste et ridicule objet en l’espace d’une journée – la foire d’empoigne évitée de justesse et la foire véritable qui s’ensuivit presque aussitôt puisse nous empêcher de dormir et nous amener à nous morfondre sur des déviances pugilistiques ou tambourinées dont les auteurs, qui ne sont pas sans cervelle, doivent avoir commencé à se demander eux-mêmes ce qu’ils représentent encore. Mais peut-être qu’ils ne se demandent rien du tout et sont prêts à se prélasser dans la déviance où les mots, à force de voler bas, ont fini par aller soulever les mains qui ont volé haut et frôlé.

D’où la question qui tombe sous le sens : que fait donc le législatif dont le rôle est précisément de légiférer et de contrôler l’action du gouvernement pour le progrès de la cité ? Il fait ce qu’on le voit faire et hurle ce qu’on l’entend hurler : injures et roulures, souillures et ordures, condottiere et mégères, le tout sous le couvert de l’immunité parlementaire.

Or ladite immunité ne saurait autoriser inélégance d’esprit et goujaterie ; bien au contraire, elle induit obligation de réserve, profond respect de soi et du peuple électeur, profond respect de la République, de ses lieux et de ses rites.

Puisse notre parlement se souvenir que chacun de ses membres est « le représentant de la nation toute entière. » Au demeurant, les populations que nous représentons, au nom desquelles nous parlons et pour lesquelles nous agissons, sont d’une école différente de la nôtre, d’une conception plutôt monolithique et autocratique du pouvoir politique, et à nous voir nous agiter comme le diable dans l’eau bénite ou comme le ver de terre au contact du sel, elles pourraient prendre peur de la démocratie et souhaiter vivement qu’on les en débarrasse promptement.

Par ailleurs, à l’heure de la vie chère, des crises que traverse l’école, elles doivent se demander ce que l’on fait d’elles quand elles apprennent que nos sessions parlementaires extraordinaires ou non, inachevées ou pas, tenues à moitié ou de bout en bout, coûtent chacune des millions de francs CFA.

Soyons sérieux ! Notre élection ou nomination pour représenter le peuple et incarner la République implique devoir absolu d’exemplarité. Élevons nos cœurs, nos paroles et nos actes à la hauteur où nous devons amener ceux que nous représentons.

Gnimadi Destin

16 Octobre 2008