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L’année 2007, selon l’ONG « Action pour la lutte contre l’ignorance du Sida (ALCIS)« , a été très atroce dans la province du Sud-Kivu à l’Est de la République Démocratique du Congo (RDC) pour les travailleuses du sexe. Celles-ci, exerçant le plus vieux métier du monde au mépris de la législation de travail, ont été victimes d’actes d’enlèvement, d’arrestations et de détention arbitraire, de traitements cruels, inhumains et dégradants. Les auteurs de ces actes bestialité, à en croire ALCIS, sont les policiers et les militaires.

Dans son rapport de plaidoyer « Le calvaire quotidien des travailleuses du sexe de la République Démocratique du Congo (RDC) : Cas de la province du Sud-Kivu« , réalisé en 2007 et déposé à notre rédaction, l’ONG « Action pour la lutte contre l’ignorance du Sida (ALCIS) » se plaint, d’une part, de la persistance de graves et flagrantes violations systématiques des droits humains chez les travailleuses du sexe. D’autres part, elle s’attaque à l’appareil judiciaire du pays qui observe un silence complice et coupable.

Il ressort du rapport que l’année 2007, chez Joseph Kabila, Président de la République du Congo Démocratique, a été marquée par des cas, sans précédent, de violation des droits de l’homme. Les travailleuses du sexe occupent la tête du liste des victimes. Selon le récit, entre les mois de février et avril 2007, une vingtaine de filles de joie au Sud-Kivu ont été victimes des actes d’enlèvement, des arrestations et détentions arbitraires, des traitements cruels, inhumains et dégradants.

Selon ALCIS, les autorités concernées n’ont pas su prendre des mesures appropriées pour protéger les travailleuses du sexe. Les groupes des agresseurs et violeurs sont essentiellement des policiers au cours des rafles, des militaires et même des civils. A en croire le rapport, nombreux sont ceux d’entre eux qui se sont rendus responsables d’actes de viols, de torture ainsi que d’exécutions extrajudiciaire.

ALCIS affirme avoir enregistré, entre février et avril 2007, 15 cas d’enlèvement de travailleuses du sexe. Celles-ci ont été transformées en concubines forcées de leurs agresseurs, militaires et policiers.

L’ONG de révéler que deux jeunes célèbres prostituées âgées respectivement de 22-25 ans résidant à Kavumu centre ont été enlevées, violées par les militaires, le 8 février 2007. Une semaine plus tard, un autre groupe de militaires qui faisait la patrouille nocturne a arrêté quatre péripaticiennes de la commune de Kadutu dans la ville de Bukavu. Elles ont été torturées et violées systématiquement. A la même date, vers 15h, ALCIS a signé que Bahati, une demoiselle, habitant le quartier Essence II, en commune d’Ibanda, a aussi été enlevée par trois policiers. La victime était accusée d’avoir volé le téléphone d’un de ses clients.

ALCIS a signalé qu’au cours de la première quinzaine du mois de mars 2007, dans le groupement de Kamanyola, territoire de Walungu, trois travailleuses du sexe ont été enlevées et violées par des policiers. Ceux-ci n’ont pas hésité à piller les biens de leurs victimes qui sont revenues à leurs domiciles trois jours plus tard.

Le 18 mars, deux travailleuses du sexe revenaient de l’hôtel Chikoma à 23h, dans la Commune de Bagira précisément dans la ville de Bukavu, ont été violées par les militaires. Ces derniers se sont retirés avec les téléphones, l’argent et les bijoux de leurs victimes.

Cinq travailleuses du sexe de Kavumu, à Kabare ont subi le même sort le 22 mars, à 22h, après la visite d’un groupe de policiers dans leurs maisons respectives. Dans la nuit du 23 du même mois, c’est Mlle Cizo, prostituée résidant dans la Commune de Kadutu qui a eu la mal chance d’entrer dans la rue du militaire. Ces derniers, après avoir assouvis leur instinct bestial, l’ont battue, blessée au dos, au ventre et au bras gauche. Le rapport de mentionner également qu’à Uvira, le 26 mars 2007, deux autres avilies ont été enlevées et violées par 6 policiers.

Au cours de la deuxième quinzaine du mois d’avril, ALCIS affirme avoir été saisie de 23 cas de viol des abaissées.

Viol suivi de traitements dégradants

Dans la nuit du 3 mai 2007, de 22 heures à 5 heures du matin, dans la Commune de Bagira à Bukavu,Mlle Chantal a été enlevée et violée par la suite. La victime a aussi subi des traitements dégradants des militaires qui ont introduit avec force une banane Plantin dans le vagin.

Dans le même mois, treize autres filles de joie, de Kailainola, sur le territoire de Walungu, ont été sujet de viol. Parmi elles, six ont été gravement torturées. Le 13 juillet, après avoir pillé quatre maisons abritant les travailleuses du sexe, sis à Nyamugo, Commune de Kadutu, les militaires ont violé et torturé ces victimes.

Dans la nuit du 27 du même mois à mi-nuit, mademoiselle Pascalienne, résidant à BuhololI, Commune de Kadutu a été enlevée et violée par la suite par trois policiers. Les policiers se sont passés alors la victime comme les fumeurs se passent la cigarette. « Une solidarité meurtrière et contre nature est alors observée entre ces bourreaux, violées par plusieurs policiers à la fois » mentionne le rapport.

Le 2 août 2007, à 2 heures du matin, Lea, résidant à Kavumu, territoire de Kabare a été enlevée et violée. La pauvre a, par la suite, subi « une opération chirurgicale » faite à l’aide d’une lame de rasoir par ses bourreaux. Cet acte a traumatisé le périnée de la victime qui a été soignée dans un hôpital de référence de Kavumu.

En cette même période d’août et septembre 2007, un bon nombre des travailleuses du sexe de Kavumu, territoire de Kabare ont été enlevées et conduites vers des destinations inconnues. En général, elles reviennent toutes à la maison avec des grossesses. Violées par plusieurs agresseurs, ces victimes sont abandonnées après l’acte dans une situation de coma.

Dans les pavillons modernes de l’hôpital de référence de Panzi, à Bukavu, a indiqué ALCIS, une dizaine de travailleuses du sexe sont actuellement soignées pour des raisons similaires. Le centre a accueilli 63 cas depuis février dernier. Il a diagnostiqué 43 cas d’infection sexuellement transmissibles (IST) dont 27 cas du VIH/SIDA. Ce nombre ne représente pas la situation singulièrement compliquée dans l’arrière-province où opèrent en toute quiétude les violeurs.

ALCIS estime que plusieurs victimes n’ont pas eu accès à des véritables soins médicaux. « Elles croupissent dans leurs maisons sous des souffrances atroces » a-t-elle déclaré.

Selon l’ONG, à cause du viol, source des IST/ VIH/SIDA et d’autres traumatismes, les travailleuses du sexe sont condamnées à périr car affaiblies par toutes ces souffrances tant physiques que psychologiques leurs infligées ces violeurs. Aujourd’hui, nous enregistrons même des civils parmi les auteurs de viols faits aux travailleuses du sexe eu égard à la culture qui prend de plus en plus racine dans notre pays la R.D.Congo à cause de l’impunité devant ces auteurs.

« Les travailleuses du sexe et victimes des viols et violences sexuelles gagnent le courage et témoignent sans génie de leurs situations malheureuses. Il faut préciser que les effectifs de travailleuses du sexe violées ont sensiblement augmenté dans l’ensemble par rapport à ceux de l’année passée » a remarqué ALCIS.

Solange porte une grossesse déjà il y a 6 mois. Elle fait partie du Comité de solidarité des travailleuses du sexe de Kavumu suivi par les animateurs de ALCIS. La pauvre raconte sa tragédie: « j’ai été prise au corps quatre militaires lors qu’ils faisaient la patrouille nocturne dans la nuit du 16 mai 2007, ces hommes sont passés sur moi et après ils m’ont relâchée presque mourante.

Aujourd’hui, je porte une grossesse que je n’ai pas désirée car, je n ‘ai pas l’envie de mettre au monde, je ne serais même pas heureuse de mettre au monde cet enfant, je ne connais même pas son père, même pas sa figure à cause de la douleur à laquelle j’ai été soumise pendant cette tragédie épouvantable. Si cet enfant serait né, je ne sais même pas si je vais l’aimer. Je me demande si à son accouchement s’il sera un enfant vivant ou mort-né, je ne sais même pas si moi aussi je serais vivante. Aussi, mon dernier test de dépistage du VIH s’est révélé positif« .

Il convient de souligner qu’ALCIS suit, en ce moment, dans un centre de santé de la place, deux travailleuses du sexe enceinte, violées le 28 avril 2007 et qui sont aujourd’hui infectées par le VIH/SIDA.

Détentions aux domiciles propres des Commandants de brigade

A côté de lieux légaux de détention, il est aussi constaté l’existence des cachots pirates créés par-ci par-là par certains commandants de la police et ceux des militaires, uniquement pour les travailleuses du sexe enlevées soit dans leurs maisons de travail ou aux bars pendant la nuit.

Dès fois, il est observé des arrestations et détentions aux domiciles propres de ces commandants. C’est une occasion de les terroriser, les intimider pour les forcer à accepter leur contrôle. Ce phénomène a été très remarquable dans le premier trimestre de l’année 2006, surtout pour les filles de joie des territoires d’Uvira, de Walungu et Kabare de la province du Sud-Kivu.

Les prostituées, qui ont été enlevées et arrêtées, sont, dans bien de cas, relâchées une à deux semaines plus tard après avoir été traitée des concubines fragiles pour ces commandants.Les autorités entendent, aujourd’hui, procéder à la fermeture de plusieurs maisons appelées communément dans le jargon du milieu « Publi Femme, Pay as you go« . Celles-ci, à leurs yeux constituent des endroits propices de propagation de l’infection du VIH/SIDA et de l’exploitation sexuelle de filles mineures.

Pour terminer, il convient de souligner que la R.D.Congo ne dispose pas d’un statut particulier concernant le commerce du sexe raison pour laquelle les autorités concernées ne prennent pas à bras-le-corps des mesures pour réprimer ces pratiques dégradantes et attentatoires à la dignité des travailleuses du sexe d’ici.

L’Etat congolais se désintéresse de leurs problèmes. Cette situation a fait que nombre de travailleuses du sexe du Congo, particulièrement celles de l’Est, voient souvent défiler devant elles à longueur des journées et de nuits les policiers et les militaires qui les ont, soit enlevées, soit violées et torturées.

Abdoul Karim KONE

06 Février 2008.