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Le jeudi 14 Août 2008, des responsables du Réseau des Organisations Paysannes et des Producteurs Agricoles de l’Afrique de l’Ouest (ROPPA), notamment le président de la Confédération Paysanne du Faso (CPF), M. Bassiaka Dao, et le président de la PFP du Niger, M. Bagna Djibo, tous deux membres du Comité Exécutif ROPPA, étaient face à la presse pour dénoncer la non impliation des acteurs usagers du bassin, dans le processus de la vision partagée de l’Autorité du Bassin du Niger (ABN).

Soulignons que c’est à la faveur de la mise en place du bureau de la coordination régionale des usagers du bassin du fleuve Niger à Bamako, sur l’initiative de Eau Vive, que des responsables du ROPPA ont organisé cette conférence de presse, afin de présenter leurs initiatives, interrogations et inquiétudes, au regard des politiques et pratiques passées et actuelles de l’ABN quant à l’implication des acteurs usagers dans le processus lié à l’avenir du fleuve Niger.

Quelle lecture peut-on aujourd’hui faire du bassin ?

Le bassin du fleuve Niger est un espace de 2 000 000 Km2 partagé de nos jours par 9 pays sur 4 200 km et abritant 150 millions d’habitants, dont 60 à 80% de ruraux vivant de l’exploitation des ressources naturelles et des écosystèmes.

Aux niveaux régional et international, il y a une reconnaissance de l’importance du fleuve Niger comme source potentielle de développement économique et social pour les populations riveraines, dans les pays qu’il arrose et pour la région ouest-africaine. Pour l’Afrique de l’Ouest et la communauté internationale le fleuve constitue également un réservoir de diversité biologique à préserver et à protéger.

Malheureusement, comme le cas de beaucoup de bassins de fleuve en Afrique, le fleuve Niger connaît de sérieuses menaces d’une dégradation accélérée.

Un peu partout dans les 9 pays, le fleuve Niger est de plus en plus marqué par ( entre autres) des conflits entre les différents groupes d’usagers face à la dégradation et à la diminution des ressources partagées (eau, poisson…) ; la pollution, par les activités, des industries naissantes et des villes ; la dégradation des berges ; et la limitation de la navigation.

Face à cette situation, le ROPPA et les autres acteurs de la société civile ont pris une initiative qui s’inscrit dans la perspective de renforcement de l’approche de l’ABN pour la réalisation de la vision partagée, l’élaboration et la mise en oeuvre de son Plan d’Action pour le Développement Durable (PADD).

Ainsi, les acteurs de la société civile reconnaissent la volonté politique actuelle affichée par les autorités de l’ABN à impliquer dorénavant les usagers des ressources naturelles du bassin et l’ensemble des acteurs de la société civile qui y interviennent, dans leurs initiatives visant le développement durable dans le bassin du fleuve.

Cependant, à entendre les acteurs de la société civile, de nombreux facteurs limitant la mise en oeuvre efficace de cette volonté politique explique leur volonté à engager leur propre processus de dialogue et de concertation pour faire prendre en compte leurs visions et propositions dans le processus de l’ABN.

Il s’agit, entre autres : du rythme accéléré et du cadre institutionnel d’élaboration du PADD de l’ABN qui ne permettent pas toujours une implication des acteurs de la société -notamment les organisations des producteurs- avec toute l’efficacité souhaitée par toutes les parties (c’est à dire les acteurs de la société civile eux-mêmes et les autorités de l’ABN) ; et de l’importance des ruraux dont les sources d’alimentation et de revenus proviennent essentiellement de l’exploitation des ressources du bassin (60 à 80% des populations du bassin).

A partir de ces constats, les acteurs de la société civile se posent des questions auxquelles leur initiative devrait apporter des réponses : comment s’assurer que les enjeux du développement durable du bassin sont bien appréhendés par l’immense majorité de ces utilisateurs, et que leurs visions, droits et intérêts sont bien pris en compte dans le PADD ? Quels rôles doivent jouer ces utilisateurs et leurs organisations, dans la gouvernance actuelle et à venir du Bassin et des infrastructures hydrauliques et autres investissements à usage collectif?

Selon les acteurs de la société civile, cette initiative vise à développer, au niveau des usagers des ressources du bassin du fleuve, une bonne connaissance et une maîtrise des objectifs et attentes du processus de la vision partagée de l’ABN, et à favoriser une expression d’une vision et des propositions des usagers des ressources du bassin dans l’élaboration et à la mise en oeuvre du PADD.

Pour parvenir à cet objectif, le ROPPA, en collaboration avec l’ONG WWF, a lancé un processus pour créer les espaces de dialogue et de réflexion en vue de favoriser l’émergence de propositions des acteurs usagers des ressources du bassin concernant leur implication dans le processus de ladite vision partagée et le renforcement de leur capacité.

Le processus WWF/ROPPA propose ainsi d’informer, de sensibiliser et de mobiliser les acteurs à travers des activités de concertation et une campagne médiatique.


Moussa TOURE

18 Août 2008