Partager

Le vendredi 10 Octobre 2008, le président de l’Union des Journalistes de l’Afrique de l’Ouest (UJAO) a organisé une rencontre de presse au siège de l’Union à l’ACI 2000. Une rencontre dont le principal ordre du jour portait sur la libération provisoire de Moussa Kaka, correspondant nigérien de Radio France International (RFI) et de Reporters Sans Frontière (RSF), et Directeur de la radio privée, “Saraounya”.

Rappelons que Moussa Kaka était détenu depuis le 20 Septembre 2007 : il y donc de cela un an et quelques jours. D’après le délibéré énoncé contre lui par la Chambre d’accusation de la Cour d’Appel de Niamey, le confrère nigérien devait répondre de “délit d’atteinte à l’intégrité du territoire national pour entente avec les éléments du Mouvement des Nigériens pour la Justice (MNJ), et complicité d’atteinte à l’intégrité de l’Etat, selon l’article 80 du code pénal”.

Pour une liberté définitive

Mais en fait, l’arrestation du confrère nigérien n’a aucune liaison avec ses activités journalistiques. Il semble plutôt que les autorités nigériennes les ont transformées en affaire politique, à cause du mouvement rebelle nigérien, le MNJ. En effet, selon l’Agence France Presse (AFP), la seule preuve retenue contre Moussa Kaka, ce sont “des écoutes téléphoniques concernant des conversations avec, entre autres, le chef du MNJ, Agaly Alambo”.

Aussi, le confrère nigérien s’est dit non seulement convaincu de son innocence, mais d’une certaine cabale politique dirigée contre lui. “…C’était un complot depuis le début. Ils (NDLR : les autorités nigériennes) m’ont tendu un piège ; je ne suis pas tombé dedans”, s’était-il confié à l’AFP. Et d’ajouter, à propos de sa libération : “Je suis très ému, car je reviens de loin, sincèrement à la limite de l’enfer…Du début jusqu’aujourd’hui, j’étais innocent. Seulement, je leur “pompais l’air” en faisant mon travail de journaliste, car il fallait qu’ils me mettent à l’ombre ”.

Parlant des autorités nigériennes, Moussa Kaka concluait : “…Des fois, ils venaient eux-mêmes chercher des informations auprès de moi. Je n’ai rien fait de mal ; je garde la tête haute “. Quant à son épouse, Djamila, interrogée par une télévision française, elle a déclaré, parlant de la libération de son mari : “C’est une demi-victoire, mais une victoire quand même… Les autorités vont poursuivre leurs enquêtes. Et j’espère que ça s’arrêtera là, parce que Moussa n’est pas coupable“.

Mais lorsqu’une “raison d’Etat” frappe un citoyen, même par erreur, il lui est très difficile de s’en défaire. Aussi, au regard de la connotation politique de la détention de Moussa Kaka, l’on craint que sa liberté soit définitive. Et que le jour de la réouverture de son procès, la sentence qui le menace soit de un à dix ans, contre la perpétuité précédemment énoncée.

Mais aujourd’hui, il paraît évident que les pressions
internationales, jointes à la bonne disposition de l’Etat nigérien, à travers notamment le département nigérien de la Communication (dirigé par M. Mohamed Ben Oumar), ont largement contribué à la libération provisoire de Moussa Kaka.

Au nombre de ces pressions, il faut citer celles de l’UJAO, de l’Union Internationale de la Presse Francophone (UIPF, dirigée par l’Ivoirien Alfred Dan Moussa et son S.G., Georges gros), de RSF et de RFI qui, depuis l’arrestation de Kaka, n’a cessé d’alerter chaque jour l’opinion internationale et de faire le décompte de ses jours de détention.

Moussa Kaka est donc provisoirement libre depuis le 7 Octobre 2008, après avoir néanmoins passé un an et 17 jours en prison. “Mais nous nous investisons pour que cette liberté soit totale et définitive“, a assuré le président de l’UJAO, M. Ibrahim Famakan Coulibaly, qui a informé qu’un autre confrère nigérien, le Directeur de Communication de l’organe “Le Canard Déchaîné“, M. Abdoulaye Tiémoko, est également sous le coup de menaces venant des autorités nigériennes.

Et que l’UJAO et RSF l’assistent actuellement pour son retour en sécurité au Niger. Signalons que Abdoulaye Tiémoko, qui se trouve actuellement au Mali, a assisté à ladite conférence de presse tenue à l’UJAO ce 10 Octobre.

L’implication de l’UJAO

Pour le dénouement heureux de l’affaire Kaka, le président de l’UJAO a mis cette rencontre à profit pour remercier les autorités maliennes, le ministre nigérien de la Communication, les avocats nigériens et maliens, notamment Me Mamadou Konaté, RFI, RSF…

Mais relativement à cette affaire, il a interrogé, en guise de conclusion : “Qu’allons-nous faire pour que la liberté de Moussa Kaka soit totale et non provisoire? Qu’allons-sous faire pour protéger les journalistes ?“. Et d’évoquer le différend qui oppose RFI à l’organe malien, “L’aube”. Un différend dans lequel le président de l’UJAO est décidé à s’impliquer en vue de son règlement définitif.

Par ailleurs, le président de l’UJAO a évoqué la finalisation de la Convention Collective de la Presse au Mali, un projet élaboré par l’atelier des 17, 18 et 19 Septembre 2008. Selon lui, la présidence malienne à la tête de l’UJAO depuis 2002 à Dakar (Sénégal) a permis de concevoir bien des réalisations. Entre autres, la formation de journalistes, l’organisation d’ateliers et de séminaires, l’acquisiton d’un bâtiment et d’un nouveau véhicule pour l’UJAO…

Mais “dans l’adoption d’une Convention collective, tous les pays de l’espace UJAO ont donné le bon exemple, sauf le Mali“, a déploré M. Ibrahim Famakan Coulibaly. Aussi, en plus de l’engagement du Chef de l’Etat et du Premier ministre à épauler le Presse dans le suivi de cette Convention collective, l’UJAO, à travers son président, s’est dit fermement déterminée à faire en sorte que cette convention soit profitable aux hommes de média maliens. Mais le plus dur consistera à appliquer les textes de cette Convention sur le terrain…

Oumar DIAWARA

13 Octobre 2008