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Malgré l’existence de textes législatifs et réglementaires en matière de protection et de gestion durable des ressources forestières, le gouvernement malien est résolument engagé dans la déforestation. Cela peut se voir à travers un soi-disant contrat entre lui et une société chinoise de coupe de bois, dénommée « Société Afro Asie Bois Mali ».

La société chinoise « Société Afro Asie Bois Mali » par qui la coupe de bois a recommencé dans la zone de Kita se frotte les mains. Elle aurait conclu un contrat d’exploitation tacite de 6 millions d’hectares, soit 18,50 % du territoire national en échange de la construction d’un hôpital et du 3e pont de Bamako.

Devant le mécontentement de la population de Kita, le ministre de l’Environnement et de l’Assainissement avait suspendu provisoirement cette coupe anarchique. Cet état de fait a amené une organisation de protection du patrimoine génétique, la Coalition pour la protection du patrimoine génétique africain (Capagen) et ses organisations membres (dont la Fecong), à adresser une lettre au ministère de l’Environnement et de l’Assainissement lui demandant d’annuler le contrat d’exploitation forestière accordé à l’opérateur privé « Société Afro Asie Bois Mali ».

Quand on sait que les Chinois ont déjà beaucoup investi dans l’industrie du bois en Afrique en dégradant, faut-il les laisser faire en les regardant piller toutes les ressources de la terre ? Selon la (Copagen), la « Société Afro Asie Bois Mali » n’est ni identifiée à l’étranger, ni immatriculée au Registre du commerce du Mali. Aux dernières nouvelles, on apprend que la coupe de bois dans la forêt a repris de plus bel.

De l’indépendance du Mali à nos jours, il n’a existé qu’une seule entreprise forestière d’Etat (Entreprise malienne du bois – EMAB -) qui est allée très tôt en faillite. Notre pays, depuis lors, s’investit dans la recherche de financement extérieur pour une gestion durable des ressources forestières.

L’existence d’un certain nombre de projets forestiers illustre éloquemment tout l’intérêt que les partenaires accordent à l’aménagement durable des forêts. Cet intérêt a été réaffirmé puisque la protection de l’environnement figure en bonne place dans les textes du Mali.

Des hectares de bois de vêne dévastés

Des efforts financiers non négligeables sont également déployés grâce au budget d’Etat et par des partenaires en faveur de l’aménagement durable des forêts. Des recrutements de personnel forestier sont opérés par les services techniques (les eaux et forêts) pour pallier l’insuffisance en moyens humains.

Mais que constate-t-on aujourd’hui ? Les années d’efforts et de sacrifices de protection du peuple malien dans la protection de l’environnement et de la bio-diversité sont tout simplement en train d’être anéantis par des individus et sociétés de coupe de bois qui n’ont qu’un seul but : la satisfaction de leurs intérêts égoïstes.

Mais, pour les populations, il paraît inadmissible qu’un pays sahélien comme le Mali, menacé par la désertification, brade l’une des rares parties du pays encore à l’abri de ce fléau. Des dégâts importants sont constatés dans la forêt de Kita chez certaines espèces de bois très rares (le « guéni » ou bois de vêne) après des coupes dans les forêts pré-guinéennes autour de Kita. Lors des deux premiers mois d’exploitation, 243 tonnes de bois auraient été exportées, ce qui avait suscité l’émoi chez les populations.

Aujourd’hui, on est en droit de se demander quelles sont concrètement les actions mises en place par le département pour arrêter l’exploitation sauvage des forêts se trouvant dans la zone ?

Plus que jamais décidée, la Copagen, pour sa part, entend relayer ce mouvement pour une prise de conscience nationale sur les enjeux de la protection des richesses forestières et sur la relation de partenariat que le Mali souhaite développer avec la Chine.

Au-delà des graves conséquences sur le patrimoine environnemental de notre pays, la Copagen insiste sur l’usurpation des dispositions de la décentralisation ainsi que « les flagrantes violations des procédures administratives, techniques et financières » en vigueur.

Selon l’un de ses porte-parole, cette affaire devra servir d’exemple pour mettre fin à l’impunité dont bénéficient certains fonctionnaires qui préparent, à côté de leurs villas démesurées, un Mali toujours affaibli, humilié et spolié.


Amadou Sidibé

16 Septembre 2008