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Les militants de l’association Yéréwoloton reviennent à la charge après une démonstration de force devant l’Assemblée nationale pendant plusieurs semaines, suite au coup d’Etat du 22 mars 2012. Boubacar Boré et ses adeptes sont décidés de s’attaquer physiquement aux élus et d’en finir définitivement avec le président par intérim, Pr Dioncounda Traoré. Qu’adviendra t-il le Mali dans cette situation d’incertitude?

Menaces de mort, injures, insultes, intimidation, voilà ce que proféraient les militants et responsables de Yéréwoloton, lundi dernier, aux alentours de l’Assemblée nationale. La tension était à son comble entre les membres de la fameuse association et les forces de sécurité. Les menaces étaient destinées au Professeur Dioncounda Traoré qui incarne la première institution du pays et les élus de la nation.

Dans la matinée du lundi 6 août 2012, pour avoir accès à l’Assemblée nationale, il fallait faire bien des détours. Toutes les voies d’accès à l’Hémicycle ont été simplement bouclées par un cordon d’éléments de la Garde nationale, chargés désormais de sécuriser l’institution.
Les jeunes de l’association Yéréwoloton ne sont décidément pas prêts à enterrer la hache de guerre contre ce qu’ils appellent les symboles de l’ancien régime. C’est ainsi que l’Assemblée nationale et son président devenu président de la République par intérim, cristallisent leurs ardeurs contestataires.

Vers 9 heures, la centaine de militants de l’association, qui a approuvé le coup d’Etat du 22 mars, ont marché vers la représentation nationale. Il semble qu’ils venaient de rebrousser chemin sur la route de Koulouba où ils auraient été empêchés d’accéder au palais présidentiel. Arrivés à Bagadadji, les manifestants, avec des pancartes distribuées à quelques jeunes sympathisants des alentours de la Grande mosquée, ont tenté de prendre d’assaut la porte principale de l’Assemblée nationale.

Ils ont été repoussés par le cordon de sécurité déployé pour parer à toute éventualité car les slogans qu’ils scandaient montraient leur grande hostilité à l’endroit des élus de la nation et des autres institutions. Ils proclamaient que les députés doivent se préparer à quitter l’Hémicycle car leur mandat expire dans quelques jours. En clair, ils s’opposent à la prorogation de leur mandat, qui a été récemment votée.

Les hooligans de Yéréwoloton réclament la tête de Dioncounda

Les militants de Yéréwoloton, déterminés à atteindre leur objectif, à savoir le départ de Dioncounda, ont pris place sur l’espace situé de l’autre côté de la voie qui passe devant l’Assemblée nationale. Au cœur du marché, avec des micros, ils réclament la démission du président de la République, Dioncounda Traoré. «Nous demandons purement et simplement le départ de Dioncounda Traoré. L’intérim est fini. Le 21 mai dernier (le jour où le président Traoré a été blessé), nous avions marché pour la même cause.

On pensait qu’il n’allait plus revenir au palais après ce qui s’est passé», a expliqué Boubacar Boré, président de Yéréwoloton. Les éléments des forces de sécurité ont dispersé la foule par des gaz lacrymogènes et ont frappé un manifestant qui a été blessé à la tête. Sur les banderoles des manifestants, on pouvait lire de façon ostensible : «Une transition sans Dioncounda, le Mali est sauvé», «La concertation nationale est la solution», «Dioncounda président de la Cédéao, non Malien. Ne touche pas à notre gouvernement».

Certains militants parmi les plus agités ont décidé de faire sur-le-champ une cérémonie de moutakim qui, expliquent les spécialistes, est une malédiction prononcée avec lecture de la sourate Yâ sîn du saint Coran pour maudire quelqu’un ou quelque chose. Ainsi, ces militants proclament qu’ils maudissent l’Hémicycle et, partant, toutes les institutions survivant au régime déchu d’ATT dont ils ne veulent plus entendre parler.

C’est au cours de cette phase plutôt religieuse de la manifestation que les jeunes ont tenté d’immoler, à cet endroit, un bœuf en guise de sacrifice pour que leurs vœux soient exaucés. Toute chose à laquelle les forces de sécurité se sont vigoureusement opposées, passant à la manière forte face à des gens plus que décidés à les défier. Mais cette sortie n’augure rien de bon pour les jours à venir et apporte de l’eau au moulin de ceux qui disent que le Mali n’est pas un pays sûr. Les bailleurs de fonds, disons les partenaires techniques et financiers en première ligne.


Nouhoum DICKO

Le Prétoire du 13 Août 2012