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Dans une correspondance n°245 /PM-CAB en date du 18 mai 2012, le premier ministre chef du gouvernement adressait à la Cour Constitutionnelle une « demande d’avis portant prorogation du délai de la durée du mandat du président de la République par intérim ». Cette gaffe n’est autre qu’une tentative de confiscation du pouvoir du PM (premier ministre) qui souhaitait que la Cour Constitutionnelle dépose purement et simplement Dioncounda Traoré. La surprise a été trop grande pour lui, car les neuf sages, dans leur réponse, en date du 31 mai 2012, affirmèrent que : « le président de la République par intérim assume ses fonctions jusqu’à l’élection du président de la République ». Pourquoi cet avis tant important n’a jamais été connu du public malien, ni des responsables de la Cédéao ?

C’est avec la plus grande stupéfaction, que les Maliens, la Cédéao et la communauté internationale ont découvert récemment une autre grande combine du premier ministre, Cheick Modibo Diarra. Souvent, l’on se demande si le premier ministre, lorsqu’il agit, tient compte des innombrables souffrances des Maliennes et Maliens, mais aussi du désordre institutionnel que lui et ceux qui le soutiennent engendrent à ce peuple.

Cette combine de prise en otage de la Constitution qui vient rallonger la liste des maladresses du premier ministre ne fait que le décrédibiliser davantage, tant aux yeux des Maliens les plus lucides, qu’à ceux de la communauté internationale. D’investigations en investigations, de jours en jours, les experts de la Cédéao, les renseignements diplomatiques et nous autres médias, découvrent les tromperies et manœuvres solidement amarrées par le premier ministre, pour rester au pouvoir. Le premier ministre a dissimulé le fait que la Cour Constitutionnelle a prorogé, à travers un avis officiel, le mandat du président intérimaire, jusqu’à l’élection d’un nouveau président de la République.

Comment a-t-il pu dissimuler, garder le silence absolu sur un acte d’une telle importance capitale, lui, le bel orateur ?

La réponse est simple, claire et unanime : en faisant une demande auprès de la Cour Constitutionnelle pour proroger le délai de la durée du mandat du président de la République par intérim de deux semaines seulement « pour permettre l’aboutissement des négociations », le porte drapeau des pro-coups d’état du 22 mars dernier pensait que la fameuse Convention nationale allait pouvoir se tenir dans ses délais escomptés. Mais, la Cour Constitutionnelle décida autrement. Ce vilain et honteux agissement du PM peut d’ores et déjà être considéré comme une haute trahison contre le Mali et la Cédéao. L’avis du PM à la Cour Constitutionnelle montre à suffisance la personnalité de l’homme qui occupe aujourd’hui la primature : un assoiffé du pouvoir. En réalité, il n’est intéressé que par son poste, rien que son poste. Et il pensait que les neufs sages, avec à leur tête Amadi Tamba Camara, allaient proroger de deux semaines le mandat d’intérim de Dioncounda Traoré et d’y mettre fin définitivement après cette date.

Quels arguments le PM a développé pour saisir la Cour ?

Dans sa requête, il a évoqué les évènements malheureux du 22 mars 2012 survenus dans notre pays. Il estime qu’après la démission du président de la République (ATT), le président de l’Assemblée nationale assume les fonctions de ce dernier. Le nouveau président avec un délai de vingt et un jours au moins et de quarante jours au plus, pour organiser l’élection présidentielle ne pouvait quasiment l’organiser compte tenu de l’occupation des régions nord du pays par les rebelles islamistes.

Pour mieux persuader la Cour Constitutionnelle, Cheick Modibo Diarra a avancé que : « des pourparlers avaient été engagés entre les acteurs de la vie politique pour définir l’autorité devant exercer les fonctions du président de la République pendant la période devant conduire à l’élection du nouveau président . Cette situation n’étant pas prévue par la constitution, j’ai l’honneur de demander une prolongation de deux semaines du mandat du Président intérimaire pour permettre l’aboutissement des négociations ».

C’est en substance l’argument développé par Cheick Modibo Diarra pour demander la prorogation du mandat de Dioncounda. Il n’avait jamais imaginé que la cour constitutionnelle allait outre passer en conditionnant la fin du mandat de Dioncounda à la tenue de l’élection présidentielle. Cet avis de la Cour n’a pas été certainement du goût de Cheick Modibo Diarra et sa suite puisque leur projet a foiré.

Malheureusement pour eux. Dans cette situation, ce qui étonne c’est le fait d’avoir dissimulé cet avis même à ses plus proches collaborateurs. Maintenant la question qui se pose est de savoir si l’on peut encore faire confiance à Cheick Modibo Diarra ?

Si CMD avait transmis cet avis de la Cour Constitutionnelle aux élus du peuple, aux médias, aux forces vives de la nation, on ne serait pas aujourd’hui dans la situation que le pays connait, à savoir le blocage institutionnel.

Une large publication de cet avis aurait permis de lever toute équivoque quant à la présidence de Dioncounda Traoré. A partir de la non publication de cet avis par CMD, on comprend que depuis cette date, il avait commencé à préparer son maintient à la primature, coûte que coûte. Donc, il est l’auteur, sinon responsable de la crise que le pays traverse.
Pour plus d’information, le Prétoire vous propose l’intégralité de l’avis de la Cour Constitutionnelle du Mali.

Rokia Diabaté

13 Août 2012