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A l’issue de 18 mois de trouble, des hommes et femmes se sont fait remarquer par leur bravoure et leur abnégation dans la reconquête du territoire national envahi par une horde de bandits armés. On se souvient encore de l’attaque de Konna qui a déclenché l’opération de reconquête des territoires occupés dans la nuit du mardi 8 au mercredi 9 janvier 2013. En effet, les bandits armés, qui semaient la terreur dans les villes du nord, avaient décidé de descendre vers le sud. C’est alors qu’ils ont voulu s’emparer de Konna, une localité située à plus de 60 km de Mopti où était bloqué le contingent malien devant remonter vers le nord.

Les assaillants ont attaqué le poste frontalier tenu par un dispositif sécuritaire composé d’éléments des forces de défense et de sécurité de l’armée malienne. Le combat durera près de 36 heures avant l’intervention de l’armée française après l’appel à l’aide lancée par le président intérimaire Dioncounda Traoré. Ces vaillants soldats maliens, non équipés avaient combattu avec le cœur. Malgré le manque de matériel de guerre, ils avaient pu contenir l’assaut des jihadistes, qui pourtant avaient un arsenal sophistiqué. Le travail mené par le général Didier Dakouo, chef des opérations militaires et le Lieutenant-colonel Nema Sagara à Gao a été très déterminant pour la reconquête des villes. Sans oublier le Colonel Gamou, qui à la tête d’un contingent venu du Niger, a donné l’assaut à la ville de Gao bastion du MUJAO.

La question que l’on se pose est de savoir si la nation est réellement reconnaissante envers ces hommes, ou si les Maliens sont conscients que leurs combattants n’étaient pas que de simples marionnettes sur le champ de bataille. L’armée malienne a été victime d’une guerre de communication. Faute de journalistes sur le terrain, les images publiées par une certaine presse faisaient passer ces militaires comme de simples substituts aux Français. Toujours est-il que selon la presse étrangère, ce sont les forces serval et les Tchadiens qui menaient les combats tandis que l’armée malienne ne faisait que suivre. Ce qui est tout de même loin de la vérité. Comment peut-on croire que des soldats venus d’ailleurs puissent maitriser le terrain mieux que les nationaux ?

La réalité nous enseigne que sur le front, chaque contingent cherche à soigner son image. Et comme on le sait bien, celui qui communique le plus gagne toujours en notoriété. Les combattants maliens n’ont pas été seulement de simples figurants comme d’aucuns le laissent croire. Ce sont des jeunes qui ont mouillé le maillot. Ils ont mené de bout en bout les combats dans le Nord, ils ont aidé dans la mise au point des stratégies de guerre et ont servi d’éclaireurs ou de guides aux forces alliées. Pourquoi les Maliens ont ils payé le lourd tribu sur le champ de bataille ? La réponse à cette question pourrait résider dans leur engagement sans tricherie face à l’ennemi lourdement armé. Le peuple malien a une obligation de reconnaissance à leur endroit.

Ces jeunes combattants méritent la reconnaissance de toute la nation à travers une médaille au moins, au même titre que les autres. Quand on sait qu’une médaille ne coûte rien. Quid des soldats morts au front ?

Le moins que la nation puisse faire pour les nombreuses familles endeuillées c’est de décerner une médaille aux victimes.

Et ces militaires qui trainent toute leur vie les blessures de guerre seraient soulagés si l’Etat avait pensé à leur accorder ce mérite. Ils pourraient au moins lever la tête.

Que dit la loi ?

La loi malienne est pourtant claire sur les conditions de décoration dans l’armée. Un militaire ayant passé six mois sur le terrain à droit à une médaille de campagne. Un militaire ayant conduit un acte de bravoure au combat mérite une médaille de la Croix de la valeur militaire. Celui qui a passé 15 ans de loyaux services reçoit une médaille du mérite militaire, etc. Qu’est ce qui peut empêcher nos autorités de récompenser le mérite. Alors que des soldats étrangers (que nous respectons) ont non seulement été décorés par leurs pays respectifs mais aussi par le Mali.Ces jeunes combattants maliens qui se sont engagés, corps et âme aux côtés des forces étrangères, malgré les insuffisances, qui ont accepté d’aller au charbon sans casques ni gilets de protection, méritent au moins de recevoir une reconnaissance qui témoigne de leur détermination et de leur patriotisme. Nous n’oublions pas le cas du lieutenant colonel Nema Sagara, seule femme au front, qui a été aux côtés du Général Didier Dakouo à Gao, et dont le mérite a valu la création d’un club de soutien par les jeunes. Cette dame, qui a daigné renoncé à une formation qu’elle suivait aux USA pour venir défendre son pays, a montré également ses compétences sur le terrain.

L’arrivée du nouveau président, légitimement élu, le président IBK, dont nous connaissons l’amour pour le mérite, est un gage d’espoir pour ces vaillants militaires. C’est dire que le meilleur est à venir pour ces jeunes, qui faut-il préciser, méritent autant que les autres. Peut être que la refondation de l’armée annoncée par le nouveau locataire de Koulouba passera par là.

Clarisse Njikam

L’Indépendant du 9 Septembre 2013