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En marge de la visite d’Etat qu’il a effectuée vendredi dernier à Ouagadougou, au Burkina Faso, le président de la République par intérim, Dioncounda Traoré s’est exprimé sur la promotion exceptionnelle du capitaine Amadou Sanogo au grade de général de corps d’armées.

jpg_une-2035.jpgRépondant à la question d’une consœur burkinabè, Dioncounda Traoré a justifié cette promotion par une volonté d’aller vers la réconciliation. Pour lui, il fallait tout faire pour éviter de « remuer le couteau de la plaie ».« Il y a des pages qu’il faut savoir tourner. Au Mali, désormais, nous sommes entrés dans une phase de réconciliation, une phase de pardon », a expliqué le président Traoré qui était venu à Ouagadougou pour élever à la dignité de Grand croix de l’Ordre national du Mali le président du Faso, médiateur dans la crise malienne.

Dans le hall de la présidence biurkinabé, alors que les deux personnalités sortaient d’un tête à tête, les journalistes venus nombreux attendaient le président Traoré sur ce sujet qui avait suscité des commentaires plutôt passionnés.

« Qu’est-ce qui explique cette promotion du capitaine Amadou Sanogo au grade de général de corps d’armée alors qu’il a fomenté un coup d’Etat le 22 mars 2012 qui aurait contribué pour beaucoup, selon certains observateurs, à l’enlisement de la crise au Mali ? N’est-ce pas une prime à l’impunité ? » a interrogé la jeune journaliste.

Dioncounda Traoré a réagi vivement pour marquer son désaccord avec l’idée de « de prime à l’impunité » : « Je pense plutôt le contraire », a-t-il rétorqué. Selon l’hôte de Blaise Compaoré, il faut désormais éviter « de regarder dans le rétroviseur » pour mieux « aller de l’avant ». Et il a ajouté : « Nous sommes à un stade où il ne faut pas chercher à compliquer les choses qui le sont déjà assez, à un stade où il faut pardonner et se lancer résolument vers l’avant ». « Quand on n’est pas capable de pardonner, on n’est pas capable d’aller vers la paix », a indiqué le président Traoré qui a insisté sur le fait que le tout nouveau général est un Malien comme les autres avec des droits et des devoirs.

Selon plusieurs éditorialistes, en prenant cette décision délicate Dioncounda Traoré aurait nui à son propre message d’apaisement en créant d’éventuelles frustrations au sein de l’Armée et même au niveau international. Mais le président de la République par intérim a abordé le sujet sous un tout autre angle. De son point de vue, il est de son devoir de « régler certaines questions définitivement ». Surtout s’il s’agit de questions qu’il considère mineures par rapport à l’énorme chantier qu’attend le président de la République élu.

A. M. CISSE

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Le geste de Soumaïla Cissé, «un exemple à suivre»

Dioncounda Traoré a été également interrogé sur le geste jugé honorable de Soumaïla Cissé quand l’adversaire malheureux de Ibrahim Boubacar Kéita s’était rendu, accompagné de toute sa famille, chez son adversaire qui remportait les élections. Par cet acte, il a reconnu sa défaite.

Sur la question, le président de la République par intérim a jugé qu’il s’agit là «d’un exemple qui mérite d’être suivi» en Afrique. Il ajoute que malheureusement, «nous sommes démocrates quand nous gagnons» citant au passage la belle expression de Thomas Yayi Boni : «Nous voyons de bons gagnants, mais nous voyons rarement des bons perdants».

A. M. C

L’Essor du 20 Août 2013

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Promotion du Capitaine Sanogo : l’attitude et les propos de Dioncounda qui fâchent

Plus qu’une surprise, la promotion du Capitaine Amadou Haya Sanogo, l’ex-putschiste, au grade de Général de corps d’armée, divise non seulement la classe politique malienne, l’armée et la société civile, mais surtout énerve certains Maliens. Le hic dans cette histoire, c’est qu’au lieu de donner des explications au peuple malien étant au bercail, le président de la République par intérim, Dioncounda Traoré, a préféré le faire à Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso où il a élevé le président Blaise Compaoré au rang de Grand croix de l’Ordre national malien pour sa médiation dans la crise malienne.

Mais, pour nombre de Maliennes et de Maliens, cette attitude de Dioncounda Traoré est incompréhensible et qu’à la limite, elle constitue une insulte à la Nation. Surtout qu’au fort moment de la crise, il s’est déjà comporté de la sorte étant hors de nos frontières, en se prononçant sur des questions touchant à la vie de la Nation. «Il ne faut pas chercher à remuer le couteau dans la plaie», déclarait-il en terre burkinabé, alors qu’il était en visite le 16 août dernier, faisant ainsi allusion à la promotion de l’ex-putschiste qui a renversé le général Att, le capitaine Amadou Haya Sanogo. Ce dernier, de son grade de capitaine, est désormais bombardé général de corps d’armée. Ce qui étonne et énerve certains Maliens.

Le président par intérim, Dioncounda Traoré, explique cette promotion de Sanogo par une volonté d’aller vers la réconciliation. Sachant bien qu’il a fomenté un coup d’Etat le 22 mars 2012 qui aurait contribué pour beaucoup, selon certains observateurs, à l’enlisement de la crise au Mali.

Une prime à l’impunité ?

A cette question cruciale, Dioncounda Traoré tente de répondre, mais sans convaincre une bonne frange de l’opinion nationale et internationale : «Je pense plutôt le contraire. Nous sommes à un stade où il ne faut pas chercher à compliquer les choses ; un stade où il faut pardonner et se lancer résolument vers l’avant. Nous devions régler certaines questions définitivement. Quand on n’est pas capable de pardonner, on n’est pas capable d’aller vers la paix. Amadou Haya Sanogo a des droits et des devoirs comme tout Malien. Cette promotion est une question ordinaire qu’il faut comprendre et il ne pas chercher à remuer le couteau dans la plaie».

Gamou, Sangaré, Damango, Sagara, Baby, Meydou…les grands oubliés

La décision prise récemment en Conseil des ministres de promouvoir Amadou Haya Sanogo, Didier Dacko et Moussa Sinko Coulibaly au garde de général, si elle est diversement appréciée tant sur l’échiquier national qu’international, il n’en demeure pas moins vrai qu’il y a eu de grands oubliés. Il s’agit notamment de El Hadj Gamou, Kéba Sangaré, Gaston Damango, Néima Sagara, Abdramane Baby, Abdramane Ould Meydou… Ce sont là les grands oubliés de la promotion à titre exceptionnel.

Surtout qu’ils se sont illustrés au front ou sur d’autres terrains militaires et font la fierté du Mali. On le sait, le Colonel Kéba Sangaré dirige les opérations militaires à Tombouctou ; El Hadj Gamou et Gaston Damango, sont tous deux au front et se sont fait remarquer positivement. Quant à Néima Sagara, elle était au four et au Moulin à Gao pour que les populations et l’armée puissent parler le même langage. Et surtout que c’est la seule femme officier au front. Le genre n’a donc pas été respecté. En ce qui concerne Abdramane Baby, c’est un officier qui s’est fait remarquer lors des pourparlers de Ouagadougou et fait partie de la Commission mixte de sécurité qui a obtenu le cantonnement des groupes armés. Pour sa part, Abdramane Ould Meydou est un excellent Officier chargé de mission du ministère de la Défense qui a montré toutes les qualités dont il dispose. Sans oublier Oumar Dao, Faye, Abass Dembélé et autres.

Autant dire que le gouvernement leur serait assez reconnaissant en pensant à eux.

E. BRUNO et Alpha M. CISSE

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Le bond extraordinaire de Sanogo !

L’irresponsabilité est une marque de fabrique malienne. Le capitaine putschiste, Amadou Haya Sanogo, vient de gravir, en un seul Conseil des ministres, six échelons : Commandant, Lieutenant-colonel, Colonel, Général de brigade, Général de division.

Le voilà devenu Général de corps d’armée, 4 étoiles. Il a donc un bel avenir devant lui, puisqu’au vu de son âge, il devrait vraisemblablement devenir Général d’armée, 5 étoiles, avant la fin de sa carrière militaire. Selon un observateur averti : «il fait mieux, beaucoup mieux, que son modèle, Charles De Gaulle qui, entré à Saint-Cyr en 1909, n’a été promu Capitaine qu’en 1915 (en pleine guerre) et Général de brigade, 2 étoiles, «à titre temporaire qu’en 1940». Ce qui est très incongru dans cette affaire, c’est qu’il n’existe pas une armée malienne, à fortiori un corps d’armée.

Notre Printemps du 19 Août 2013