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Depuis la mise en place de la Commission Nationale de Réflexion pour l’Approfondissement de la Démocratie une commission présidée par le leader du PIDS, M. Daba Diawara, chacun y va de sa “petite“ conception sur l’état de notre démocratie, ou de ce qu’elle aurait du ou pu être. Ce qui, en soi, n’est pas une mauvaise chose, bien au contraire : cela dénote plutôt de la vitalité de notre démocratie, citée comme un exemple un peu partout dans le monde.

Toujours est-il que certains voient cette démocratie… en mauvaise posture. Et même là aussi, il n’y a vraiment pas d’inquiétude à se faire, quand on sait que sur cette terre, il n’y a pas de “démocratie toute parfaite”.

La démocratie est un concept et un état en perpétuel mouvement. Elle se construit et se renforce de jour en jour, mais elle n’est jamais parfaite, tout comme l’homme lui-même et ses œuvres ne peuvent jamais l’être,la perfection étant du seul domaine du Créateur.

Mais en dépit de ses imperfections, la démocratie malienne a quand même des mérites qu’il ne faut passer sous silence pour rien au monde : entre autres, des institutions de la République qui fonctionnent normalement et qui travaillent en harmonie, un multipartisme, une liberté d’expression et de mouvement… Et pourtant,c’est tout cela que l’association “Repères” entend remettre en cause.

En effet, ladite propose… la suppression du poste de Premier ministre, du Haut Conseil des Collectivités Territoriales (HCCT), du Conseil Économique, Social et Culturel (CESC), le Bureau du Vérificateur Général (BVG).

L’association “Repères” demande également la substitution de l’élection du Président de la République qui se fait actuellement au suffrage universel à celle de l’Assemblée nationale. En termes plus explicites, elle demande tout simplement que le peuple… cesse de désigner un Président de la République, en laissant ce soin à ses mandants, c’est-à-dire les députés à l’Assemblée nationale.

Si, en théorie, les deux modes d’élection semblent relever du pareil au même, la question devient tout autre, pour peu qu’elle soit mieux analysée. En effet, donner le pouvoir aux députés pour élire le président de la République, c’est aussi leur donner autant de pouvoir pour… le destituer.

Et dans de tels cas, le Chef de l’Etat devient, en réalité, un homme sans véritable pouvoir, dont ce sort dépendra des humeurs changeantes des députés. Toute chose susceptible de plonger le pays dans un cycle infernal de crises répétitives. Cela est d’autant plus vrai que l’histoire politique nous enseigne que les pays les plus enclins à des crises politiques profondes ont la particularité de pratiquer ce système électoral du premier magistrat de la nation.

Ce qui s’explique par le fait que même chef d’un parti majoritaire à l’Assemblée nationale, un Président de la République ne peut compter que sur sa baraka (sa chance), sinon sur Dieu, pour se permettre certaines choses même si ces choses vont dans un sens purement positif, si les députés de la mouvance présidentielle se sont pas avec lui.

Le cas échéant, il risque de tout voir tout s’écrouler devant lui, tel château de sable. Connu pour la stabilité de ses institutions, le climat de paix sociale qui y règne, le Mali a-t-il vraiment besoin de se créer inutilement un cyclone de crises et de tensions sociales?

Tenez, pour ce qui concerne la suppression du poste du Premier ministre. Si cela se faisait, à qui reviendra donc la charge de guider et de coordonner les actions de l’Exécutif ? Au Président de la République ? Si oui, serait-il en mesure de concilier tout cela avec son propre agenda ? Autant de questions qui peuvent surgir et de suivre, et auxquelles il n’est pas du tout évident d’avoir des réponses qui cadrent avec les réalités profondes de notre pays.

Par ailleurs, supprimer le Haut Conseil des Collectivités Territoriales et le Conseil Économique, Social et Culturel serait synonyme de jeter à l’eau tant d’efforts et de lutte pour que ces institutions voient le jour. Ce serait aussi enfreindre une volonté populaire exprimée lors de la Conférence nationale de 1992. N’est-ce pas là faire des pas de géant… en arrière et porter un coup fatal à la richesse de notre démocratie?

La plus incensée des propositions de l’Association “Repères” serait la suppression du Bureau du Vérificateur Général. Du moment que les plus hautes autorités en ont fait une option, et que le Bureau lui-même, de par ses Rapports Annuels, prouve qu’il avait sa raison d’être et ne voit vraiment pas l’utilité de sa suppression. Bien au contraire, le BVG doit être renforcé et appuyé, pour qu’il puisse encore travailler plus efficacement.

D’ailleurs, le traitement salarial de son personnel ne doit aucunement être mal perçu, du moment que le BVG engrange des résultats positifs. Imaginez que si tous ces milliards détournés sont récupérés, et que tous ces dysfonctionnements criards, dans la gestion administrative, sont corrigés, le Mali ne serait peut-être pas prêt des pays nantis, mais le pays parviendra à “respirer” quand même, financièrement parlant.

Le Bureau du Vérificateur Général devient donc plus qu’une nécessité, dans un pays en proie à la corruption généralisée, comme le nôtre. Y-a-t-il des insuffisances et des imperfections au niveau du BVG? D’accord, mais alors, elles n’auront qu’à être corrigées. Mais le Bureau du Végal lui, doit rester, si tant est que les préoccupations de l’Association “Repères” sont d’ordre financières.

En fait, ce sont les coûts trop élevés du fonctionnement des institutions ciblées qui constituent, en partie, la motivation de l’Association “Repères”, dans sa demande de suppression du poste de Premier ministre, du Haut Conseil des Collectivités Territoriales, du Conseil Économique, Social et Culturel, et de la substitution de l’élection du Président de la République par le suffrage universel, à celle de l’Assemblée nationale.

Mais l’idéal ne serait-il pas plutôt de trouver un autre palliatif à cette situation, au lieu de mettre notre jeune démocratie à genoux, sinon en péril?


Adama S. DIALLO

21 Aout 2008