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«Nous n’accepterons pas qu’un iota de parcelle de notre terre soit confisqué et nous demandons la compréhension des autorités dans l’exécution de ce projet sucrier» fulmine Issa Coulibaly, président de l’association pour le développement des villages de SANA (ADVS), une contrée du cercle de Ségou regroupant les communes de Sansanding et de Sibila.

Leur amertume et leur détermination ressortent dans les propos d’un jeune de la localité que nous avons rencontré : «c’est le bout du fusils qui nous a permis de nous installer ici, et nous ne quitterons que par le même fusils». Préoccupée par les conséquences néfastes du projet sucrier de Markala, l’ADVS, soutenue par des chefs de village de la localité, exige le transfert du projet dans une autre partie du territoire.

Depuis des mois, ce problème couve entre les autorités du pays et la population de la localité. Dans une correspondance en date du 12 juin 2008 adressée au ministre de l’Administration territoriale et des Collectivités locales, un collectif de chefs de village assure que cette question est une préoccupation vitale pour la population.

Dans un mémorandum signé par une douzaine de chefs de village, ils attirent l’attention des autorités sur leurs préoccupations. Selon ce mémorandum, à la suite des informations sur l’étude de faisabilité du projet, un éventuel déplacement des villages de leur site d’origine et l’utilisation de leur champs pour les plantations de canne à sucre sont considérés comme étant inadmissibles au regard du droit coutumier qu’ils exercent sur ces champs.

Les chefs de villages soutiennent que le périmètre envisagé pour la plantation de la canne à sucre englobe la totalité de leurs champs de culture. «Notre inquiétude est qu’il n’existe nulle part dans cette partie un autre site pouvant servir de compensation à nos champs. C’est pourquoi nous demandons au gouvernement de faire en sorte que nous puissions rester en possession de nos terres de culture» ont-ils souligné au ministère de l’Administration territoriale et des Collectivités locales.

Les chefs de village soutiennent également que ces villages existent depuis des siècles et par conséquent abritent ce qui a de plus sacré et de plus cher par rapport à l’histoire, aux traditions, aux valeurs culturelles.

«Nous souhaitons que les autorités écartent par tous les moyens les déplacements envisagés» rappelle le collectif. La localité vit surtout de l’agriculture vivrière, de l’élevage et de la pêche. Et vouloir imposer la culture de la canne à sucre occasionnerait des chocs aux conséquences incalculables, tranche l’ADVS.

Des sources indiquent que des rencontres avec le gouvernorat de la région de Ségou dans les communes rurales de Sansanding et de Sibila en 2008 se sont soldées par un rejet catégorique du projet sucrier par les populations. Le 18 février 2009, l’association intimait au gouverneur de «veiller au départ des agents du bureau d’étude ES DCO [le bureau chargé de l’expertise technique du projet sucrier, NDLR] dans les meilleurs délais».

Les animateurs de l’ADVS soutiennent qu’ils font l’objet de menaces d’emprisonnement par les autorités locales, mais n’entendent pas céder à l’intimidation.

L’inquiétude de la population s’est renforcée par les «lacunes» dans la gestion de l’indemnisation des champs qui ont servi de pépinière de canne à sucre.

Plus de 150 hectares ont été réquisitionnés par les autorités pendant 3 années à l’issue desquelles les populations n’auraient eu que 150 000 F Cfa par hectare, soit une indemnisation de 50 000 F Cfa par an à l’hectare. La population évalue cette somme à l’équivalent de 3 sacs de mil à l’hectare alors qu’elle produirait environ 50 sacs à l’hectare.

«On devrait avoir une campagne d’information plus soutenue. Mais on essaie de rattraper cette lacune avec l’étude d’impact environnemental qui est en cours» a soutenu le chargé du suivi de la mise en œuvre du projet au ministère de l’Economie, de l’Industrie et du Commerce, Mountaga Traoré.

Selon lui, l’impact de ce projet sucrier sera important dans la lutte contre la pauvreté. La population y trouverait bien son compte. C’est un investissement d’environ 318 millions de dollars d’une société Sud africaine, ILLOVO, qui se propose annuellement de produire 195 000 tonnes de sucre, soit une production six fois supérieure à la production actuelle du sucre au Mali.

Le projet doit générer plus de 7000 emplois directs, sans compter les effets d’entraînement qui, selon les autorités, ne peuvent que permettre un souffle économique plus soutenu à la population locale.


Seydou Coulibaly

09 Avril 2009