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La coordination nationale des organisations paysannes du Mali (CNOP) crie à la trahison du gouvernement malien qui s’apprête à faire adopter par l’Assemblée nationale un projet de loi sur la biotechnologie qui cache mal une politique d’introduction de la culture des OGM. La situation traduit une soumission de l’agriculture du pays aux caprices des multinationales semencières. Si la loi est votée, la CNOP projetterait d’organiser une marche de Niono à Bamako, sur une distance de plus de 300 km.

« La présente loi s’applique à l’importation, l’exportation, le transit, l’utilisation confinée, la libération ou la mise sur le marché de tout organisme génétiquement modifié qu’il soit destiné à être libéré dans l’environnement ou utilisé comme denrée alimentaire, aliment pour bétail ou produit de transformation, ou d’un produit dérivé d’organisme génétiquement modifié. Elle s’applique également aux OGM à double fonction pharmaceutique et alimentaire d’intérêt agricole ». Telle est la définition du champ d’application du projet de loi relatif à la sécurité en biotechnologie en République du Mali.

Comme on le voit, sous le couvert d’une loi relative à la sécurité en biotechnologie, le gouvernement malien a décidé d’introduire les OGM au Mali. A cet effet, les paysans maliens regroupés dans la CNOP ne mâchent plus leur désaccord. Ibrahima Coulibaly, Président de la CNOP, au nom des paysans maliens, au cours d’une conférence de presse organisée au siège de la CNOP, a parlé de trahison dont ils ont été victimes de la part du gouvernement.

Il a indiqué que dans le cadre de la loi d’orientation agricole (LOA), les paysans étaient convenus avec le gouvernement de l’élaboration d’une loi semencière et de biosécurité. Selon lui, le calendrier de ce travail avait été fixé en cette année 2008. « Mais, à notre grande surprise et avec beaucoup de consternation, nous avons vu le gouvernement malien adopter en conseil des ministres, un projet de loi relative à la sécurité en biotechnologie. Et avec une célérité exceptionnelle cette loi est sur la table de l’Assemblée nationale pour vote », a-t-il déclaré.

Avant de se demander la raison pour laquelle le gouvernement de la République du Mali a décidé de marginaliser la LOA, cadre inclusif transparent et de confiance, au profit d’un processus douteux. La CNOP estime aujourd’hui que l’élaboration du projet de texte n’a pas été démocratique ni transparente.

Mieux, il dira que le processus d’élaboration de ce document extrêmement important pour notre pays afin de se protéger contre les risques avérés des OGM n’a pas respecté les dispositions des conventions internationales que notre pays a signées. Ce sont : la convention sur la diversité biologique, les lois modèles de l’Union africaine et le protocole de Cartagena.

Par ailleurs, Ibrahim Coulibaly a indiqué que la loi de biosécurité que le gouvernement du Mali a soumise à l’Assemblée nationale présente plusieurs incohérences par rapport aux aspirations du peuple malien en matière de biosécurité. « Un cadre de biosécurité doit avoir pour seul objectif d’assurer la sécurité environnementale, sanitaire et surtout économique d’un pays et non d’introduire le commerce des OGM brevetés. Il doit aussi servir à préserver les variétés, espèces et races locales, sans cela, il n’a aucun intérêt surtout pour un pays en développement », a-t-il déclaré.

Le Président de la CNOP est outré par le comportement du gouvernement parce qu’il estime que les paysans maliens n’ont pas aujourd’hui besoin d’OGM pour faire face à leur mission de production à hauteur de souhait. Selon lui, ils souffrent du fait de l’inexistence d’un système de crédit agricole accessible, qui les empêche d’accéder à des engrais à suffisance.

Si d’aventure, la loi était votée par l’Assemblée nationale, Ibrahim Coulibaly a annoncé que la CNOP organisera dans le premier trimestre de 2009, une grande marche de protestation qui partira de Niono pour rallier Bamako


Assane Koné

04 novembre 2008