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Mali : MT : Que pensez-vous du projet de loi portant sur le découpage territorial ?

C’est une décision qui fait un tollé dans les médias et sert de sujet de débat dans beaucoup de “grins” à Bamako et dans le reste du pays. Le nouveau projet de découpage administratif risque d’être en effet une source de tension dans le pays. Entre déclarations, manifestations, et autres actions de protestations des localités, ce projet du gouvernement n’a pas fini de faire grincer des dents la population.

Pour rappel, c’est un projet du ministre de l’Administration territoriale, Mohamed Ag Erlaf. Il envisage la création de 20 Régions ; et 10 communes pour le District de Bamako.

Avec le nouveau découpage administratif en cours : Bougouni, Dioïla, Nioro, Koutiala, Kita, Nara, Badiangara, San, Douentza, Gourma, seront des régions à part entière.

keita.gifBalla Keïta, Administrateur civil au Ministère de l’éducation

Je trouve que c’est une bonne chose pour le Mali. Cela booste le développement de ces zones. S’il n’y a que des commandants dans ces zones, il n’y aura aucun grand changement. Mais avec des gouverneurs , des députés, ont pourrait aspirer à des zones plus favorables au développement. Beaucoup de villes prendront leur responsabilité à cet effet car c’est une affaire de décentralisation. C’est le projet de l’ancien président Alpha Oumar konaré par son ministre de l’Administration territoriale et des Collectivités locales de l’époque, Ousmane Sy. C’est une continuité de cette politique qui a été négligée par ATT, du fait de son caractère sensible. IBK y voit une vraie potentialité. Il s’en est saisi et je crois que ça pourrait nous rapporter beaucoup à long terme.

micro3.gifMamoutou Fofana, professeur de français

Avec toutes ces difficultés, je ne pense pas que le pays soit prêt pour une décision aussi conséquente. Les régions du nord sont en conflit et le nombre est insuffisant pour faire des votes représentatifs. Les régions du sud sont peut-être prêtes à cela. On peut commencer par elles. Les administrations du nord vont sûrement dépendre de celles du sud pour l’organisation. Les dépenses budgétaires proviendront du sud également. Les nordistes seront complètement dépendants des sudistes dans cette histoire . Le moment est inopportun. Il faut d’abord une paix effective sur toute l’étendue du pays pour songer à un projet de ce genre.

microregion2.gifYaya Keïta, étudiant en droit

Le projet dans son fondement est une bonne chose. C’est l’application qu’on nous a proposée qui paraît anarchique. Qu’on aille directement vers une régionalisation est une erreur. Je pense qu’il faut une étude préalable. Les propositions qu’on nous a faites, par exemple pour Kita sont entachées de problèmes. Il ne faut pas qu’on tombe dans la même erreur que lors de la décentralisation des communes. Il y’a eu des villages qui ont été affiliés à des communes qui ne sont pas restées en bon terme.

Cela a créé des tensions. On le sait tous. Comme le cas de Golobiladji et Dafela. Il faut une réelle concertation sociétale pour prendre cette décision. Et de plus ils sont les mieux placés pour savoir avec qui ils voudront être affiliés. C’est une manière de booster le développement certes. La démocratie nous exige, la décentralisation, certes. Je suis également d’accord que c’est un devoir citoyen. Mais il ne peut être bénéfique pour nous que lorsqu’il y a un consensus social bien défini.

Issoufou dembélé, professeur d’histoire et géographie au secondaire

C’est un projet très dangereux. Au Nord, ils ne sont pas prêts à faire face à de tels projets faramineux. Dans certaines zones il n’y a que des fractions. Ces fractions sont presque désertes. Ceux qui vont exprimés leur voix lors des votes ne sont pas représentatifs de toute la population car la plupart ne possède aucun document juridique. En gros dans peu de temps, nous aurons plusieurs représentants pour des zones peu représentatives. Mais ce dont j’ai peur c’est qu’une minorité ne vienne diriger la majorité démocratiquement élu à l’Assemblée.

Aissata Keita,
Bamako, le 26 Octobre 2018

©AFRIBONE