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Rien d’étonnant, en apprenant que le Mouvement citoyen, qui se réclamait urbi et orbi association apolitique, a décidé de franchir le Rubicon pour devenir le Parti pour le Développement Économique et Social-Mouvement Citoyen (PDES-MC). Un clin d’œil certes au programme plébiscité par les populations lors de l’élection présidentielle de 2012. Est-ce alors la manifestation d’un désir d’assumer l’héritage d’ATT ? Ou bien serait-ce une simple mise à niveau en perspective du grand débat national sur les réformes institutionnelles ? Ou encore un instrument de mobilisation des énergies au profit d’un schéma politique non encore dévoilé ? Autant de questions qui agitent le landerna?? politique depuis la découverte de ce projet.

En effet, si le Mouvement citoyen se transforme en parti politique, quoi de plus normal ! Un non événement, auraient même dit certains, tant c’est arrivé sur le tard. En réalité, bien que se proclamant apolitique, cette association est plus connue dans le marquage à la culotte des partis politiques. La caricature, même si elle se trouve quelque peu exagérée, permet quand même de pointer du doigt l’ombre omniprésente du Mouvement citoyen dans tous les compartiments de la vie politique nationale. En d’autres termes, qu’on le veuille ou non, le Mouvement citoyen a déjà le pied à l’étrier politique depuis belle lurette.

En décidant de sortir d’une situation mi-mangue mi-goyave, les ouailles de Diané Séméga passent du coup au cap supérieur, pour certainement réclamer et assumer haut et fort l’héritage politique d’ATT, après plusieurs années sous son ombre.

Si ce projet de transformation du Mouvement (comme l’appellent ses inconditionnels) en parti politique se concrétisait, cela pourrait sonner comme une preuve indiscutable du retrait prochain du président ATT, qui préfèrerait sortir par la grande porte au lieu de se lancer dans l’aventure périlleuse d’une révision de l’article 30 de la Constitution, en mesure de lui ouvrir la voie vers un troisième mandat. Peut-être même le mandat de trop, alors qu’il a déjà marqué, par des réalisations indéniables, l’histoire du Mali.

Il faut le dire, c’est maintenant que va commencer le vrai travail dans les rangs du MC, obligé de prouver en peu de temps, sa représentativité et son ancrage populaire. Il ne sera plus question de se rapprocher du MC par souci de se retrouver sur une longue liste des proches du président de la République, il va falloir désormais dérouler une autre logique, celle d’un parti politique dont les ambitions sont tournées vers la conquête du pouvoir. Et ceci dès les échéances électorales de 2012.

L’arène politique n’étant pas une aire de promenade de santé, beaucoup d’activistes pro ATT seront désormais mises à l’épreuve pour permettre aux thuriféraires de tout acabit de prouver leur bonne foi au véritable nouvel homme fort du clan ATT, Ahmed Diané Séméga.

En effet, l’on verra bien si tous ceux qui se réclamaient amis d’ATT suivront Diané Séméga dans cette tentative de succession de l’actuel mentor pour pérenniser son œuvre, disons préserver son héritage politique.

De ce point de vue, le nom choisi, en clin d’œil au projet de société par lequel ATT s’est fait plébisciter en 2007, ne semble pas provenir d’un hasard ou d’une simple coïncidence. Mais dure est la réalité du terrain politique ! Surtout en cette période où de grosses pointures annoncent déjà leur alignement sur le starting block de la course pour Koulouba en 2012.

De toute façon, en politique, comme dans toute autre compétition, nul n’a le droit de compter les poussins avant que la poule n’ait pondu les œufs. Comme pour dire que les jeux sont ouverts et si le MC franchissait le pas en réalisant la conversion attendue, il ne resterait plus qu’à boire le vin tiré jusqu’à la lie : se frayer, vaille que vaille, une place confortable sur la carte politique du Mali.

Ce qui n’est pas impossible car c’est une formation qui regroupe des potentialités en mesure, à défaut de succéder à ATT, de se positionner en faiseur de roi pour espérer rester aux affaires. Et pourquoi pas ? Tout dépend du discours, de l’approche et de l’audace dans la diffusion des idées.

Seulement, des observateurs de la scène politique, très prudents, ne cachent pas leur méfiance quant aux véritables mobiles d’une telle option. En clair, ils redoutent le premier acte du développement d’une grande stratégie de lobbying des amis du président.

En langage plus clair, il n’est plus question d’avancer masqué, mais de traiter ouvertement des grandes questions qui agitent la nation. Une autre manière de convaincre de la nécessité de la révision de l’article 30 de la Constitution ? Pas à l’ordre du jour, répondent des sources proches du Mouvement citoyen. Voilà qui rassure, en attendant l’exposé officiel des mobiles de Séméga et compagnie.

Bruno D SEGBEDJI

14 Mai 2010.