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Le stress est le premier ennemi des candidats aux épreuves du baccalauréat et autres examens de fin de cycle. L’épreuve qui focalise, comme d’habitude, toutes les attentions et génère une angoisse particulière est le baccalauréat.

Avant de décrocher ce sésame qui leur ouvre les portes de l’université, les candidats doivent travailler dur, veiller et parfois passer des nuits blanches, comme l’avouent certains d’entre eux. A quelques semaines du jour J, les centaines de milliers de candidats qui se préparent ont l’esprit tiraillé entre la crainte de passer à côté de cet important événement et la volonté de réussir. Au stress habituel qui précède toute épreuve capitale dans la vie s’ajoute la forte pression des parents.

L’effervescence chez les candidats qui veulent faire de ces derniers jours un pas vers la réussite se heurte aux différentes carences pédagogiques causées par une année scolaire totalement chahutée par les incessants mouvements de grève des enseignants et des étudiants avec un coup d’Etat. Ces carences sont, dans certains cas, irrattrapables. Ce qui crée une forte angoisse chez les candidats, complètement débordés et désorientés. Le mois de juin est un dernier tournant décisif à ne pas rater. Les postulants au baccalauréat ont un souci en commun : la recherche d’une formule pour contenir l’inévitable angoisse.

Surmonter l’angoisse

Une angoisse aggravée par les grèves cycliques qu’a connues le secteur qui ont perturbé à un degré élevé les élèves et leurs parents. Aminata, qui passe le bac pour la première fois dans la filière scientifique, tire son angoisse du fait qu’elle n’a pas eu un bon professeur de mathématiques. «Je n’ai pas eu de chance en maths. L’enseignant qu’on nous a attribué depuis la 10ème année secondaire n’est pas à la hauteur. C’est grâce à mes efforts personnels et les cours de soutien que j’arrive à m’en sortir», révèle-t-elle. Beaucoup de candidats disent avoir mis en place un programme spécial fait d’astuces personnelles ou de grand-mère pour surmonter la forte pression qu’ils subissent et qu’ils gèrent tant bien que mal en fonction de l’environnement dans lequel ils évoluent.

Au fur et à mesure que le jour J approche, le stress augmente mais Aminata refuse de lâcher prise.
Elle décide de prendre des cours supplémentaires de maths et de sciences jusqu’à la dernière semaine, et ce, en dépit des conseils de ses proches de prendre congé de ses cahiers à l’approche du dernier jour fatidique. «Je préfère travailler jusqu’à la dernière minute. J’ai ruiné mes parents et j’espère qu’ils seront satisfaits de mon rendement», explique-t-elle.

Aminata se réjouit d’avoir passé, la semaine dernière, le bac blanc du lycée Kodonso de bamako, c’est apparemment, une première du genre. «Le directeur de notre établissement nous a proposé, en début de l’année de nous inscrire au bac blanc dans les matières essentielles. Nous avons accepté. Et je crois que cette initiative est louable car elle nous a permis de décompresser et de surmonter nos peurs», lâche Aminata.

Boubacar passe le bac pour la première fois également, le syndrome de la feuille blanche ne le hante pas.

Seulement, son angoisse trouve son origine dans le stress de ses parents : «Le baccalauréat se prépare dès la 1ère année secondaire et non pas pendant les dernières semaines avant l’épreuve. Mes parents sont conscients de cela, mais ils me déconcentrent par leur comportement stressant et inquiétant.» Les élèves nous confient que, souvent, leurs parents angoissés leur transmettent cette hantise qui est souvent à l’origine du blocage et des troubles de mémoire. «L’attitude de parents qui ne cachent pas leur peur peut influencer négativement sur les élèves», expliquent des enseignants, qui regrettent que certains élèves n’aient établi leur programme de travail qu’en avril et mai, ce qui accentue leurs appréhensions mêlées à des regrets de ne pas s’y être pris à temps…

La hantise de l’échec

Appréhendés à la sortie du lycée Askia Mohamed, les élèves «sérieux» refusent d’évoquer le souvenir des grèves qui ont entachés leur parcours scolaire ; ils ont tourné la page pour se consacrer à leurs révisions. «Même au moment des grèves, nous n’avons pas perdu notre temps. Nous révisions en groupe et, en parallèle, nous étions inscrits aux cours de soutien», affirme Moussa.

Les révisions sont parfois collectives, individuelles, à domicile ou dans des écoles primaires. Toutefois, les cours supplémentaires dominent le palmarès. L’on nous explique que ces cours sont un allié essentiel pour les élèves, même ceux qui ne l’ont pas fait au début finissent par s’y inscrire à la fin de l’année. Néanmoins, les élèves qui passent le bac pour la deuxième fois se sentent plus au moins à l’aise.

Mariam, candidate de la filière langues au lycée Fily Dabo, explique que la dramatisation exagérée de cet examen fut pour une large part à l’origine de son échec l’an dernier. Elle semble décidée à ne pas refaire la même erreur. «J’ai compris que la meilleure manière d’assimiler ses cours est de travailler en groupe», explique-t-elle.

Une formule préconisée par les enseignants : réviser en groupe, ne pas hésiter à poser des questions aux enseignants, s’encourager mutuellement pour surmonter la peur envahissante du baccalauréat. Pour les spécialistes, l’angoisse liée à cet évènement marquant dans la vie de l’élève peut être bénéfique pour les candidats car il peut les inciter à travailler, mais devient négative lorsqu’elle les empêche de se concentrer.

Yattara Ibrahim

L’Informateur du 6 Juin 2012