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Réalisé sur la base d’un cahier de charges, et sanctionné par un plan qui a prévu une infrastructure et un cadre de vie comprenant des équipements publics (emplacement pour marché, école, dispensaire, bureaux, espaces verts, terrains de sports, etc.),

ainsi que des voiries et réseaux divers (VRD), le programme immobilier de Faso-Kanu s’est révélé comme un rêve apocalyptique pour nos ressortissants émigrés en France, en Afrique centrale et Orientale, nos fonctionnaires et agents du secteur public ainsi que quelques commerçants et hommes d’affaire qui caressaient l’espoir de se voir bâtir une villa F3 ou F5.

Ces derniers ont choisi d’acquérir les parcelles c’est-à-dire des lots et habitations à coups de millions de F Cfa non seulement en raison de la configuration des lieux, mais aussi à cause des équipements qui figurent sur le plan et qui constituent par conséquent un élément à part entière de leur cadre de vie.

Mais aujourd’hui, tous ces espoirs se sont non seulement écroulés comme un château de cartes mais pire depuis un an, les parcelles destinées aux équipements publics sont soit vendues, soit morcelées.

Faso-Kanu, une grande escroquerie

A sa conception, le programme immobilier de Faso-Kanu devait être un projet grandiose très attractif dont le but était la réalisation complète en 4 années d’un nouveau quartier à Sogoniko. L’Etat malien qui a adhéré à ce programme a accordé, par décret N°176/PG-RM du 9 juin 1986, une parcelle de terrain de 80 ha 85 ares 20 ca sur le titre foncier N°3455 du District de Bamako.

Le promoteur français et d’autres Maliens et non des moindres qui ont enlevé le marché se proposaient d’investir sur ce site la bagatelle de 23 milliards de F Cfa dont 12 milliards pour la réalisation de 1030 logements ; 2 milliards pour la réalisation de 12 000 m2 de centre commercial, des stations service, un hôtel de 64 chambres, quatre tours-bureaux, un dispensaire, un centre administratif, des jardins, un centre technique et le tout sur des routes entièrement revêtues.

C’est ce cahier de charges qui a été proposé aux Maliens en 1986 et dont le contenu a séduit les acquéreurs actuels. Mais en 1987 déjà, les premiers problèmes apparurent sur la superficie même qui a été accordée par l’Etat malien pour la réalisation du programme.

En effet, on tire argument de ce qu’il y a eu erreur sur la superficie, ce qui est inexact. La mauvaise gestion aussi du projet qui est venue se greffer à cette polémique autour de la superficie a fini par mettre en faillite le projet Faso-Kanu.

Déjà en son temps, les propriétaires des lots et habitations du quartier sentant le danger venir ont décidé de mettre en place une association dénommée l’Association des habitants de la Cité de Sogoniko. Une association qui est dirigée depuis sa création par Djibril Diarra, un agent des douanes du Mali.

Du projet Faso-Kanu à la mairie du District
Les résidents de Faso-Kanu qui prétendaient à un cadre de vie sain, doté de toutes les infrastructures et équipements qu’offre la vie dans une ville moderne, pour l’épanouissement, le bien être et l’éducation des hommes, femmes et enfants se sont donc retrouvés par la force des choses sous la tutelle de la Mairie du District de Bamako.

En effet, après l’échec du projet Faso-Kanu et suite à un protocole d’accord signé avec la société défaillante, l’ensemble des équipements publics de Faso-Kanu est revenu à la mairie du District. Cette dernière se trouvant dans des difficultés financières de tous ordres a décidé de vendre ces équipements collectifs et cela en violation flagrante du cahier de charges de 1986.

D’ailleurs, lors d’une rencontre avec l’Association pour le Développement de Faso-Kanu le 8 avril dernier, le Maire du District de Bamako Adama Sangaré révéla sans détour qu’au «jour d’aujourd’hui, la Mairie du District est redevable à l’Etat (domaine) de cinq cents millions (500 000 000 F Cfa) et d’une pénalité de deux cents millions (200 000 000 F Cfa) environ soit une annuité de quarante un millions (41 000 000 F Cfa).

Selon le Maire Adama Sangaré, «ces dettes doivent êtres payés sur les patrimoines de la Mairie du District qui ne sont d’autres que les espaces publics disponibles non utilisés depuis plusieurs années à travers le District».

Quel scandale ! Est-ce à dire donc que les responsables actuels de la Mairie du District se soucient très peu des espaces verts ou encore du cadre de vie des populations ?
Malgré la désapprobation générale des propos tenus par le Maire du District de Bamako, les parcelles destinées aux équipements publics sont soit vendues, soit morcelées.

Et malgré la précarité des conditions de logement de ces populations, lamentables et déplorables à tout point de vue (constructions abusives de certaines parcelles créant du coup des voies sans issue, occupations illégales des voies publiques par les engins de travaux publics, l’implantation inadaptée d’une chaudronnerie contiguë à cinq familles et sur un équipement public), d’autres charges leur sont imposées pour l’obtention de leur titre foncier malgré les clauses du contrat.

Dans l’espoir d’être décemment logé dans une cité dite moderne avec ses infrastructures virtuellement inexistantes, force est de reconnaître que ce sentiment, loin d’être comblé, s’amenuise de jour en jour comme une peau de chagrin.

Birama Fall

16 Mai 2008