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Le Mali est un pays curieux dans lequel, alors que l’on est en pleine crise, chaque chapelle politique ou organisation de la société civile sort une feuille de route pour une transition qui peine à prendre la route de la sortie de crise.

Et pourtant, les rédacteurs de l’Accord-cadre avaient prévu une concertation des forces vives pour élaborer une unique feuille de route. Ce qui aurait évité le foisonnement de feuilles de route qui ne fait qu’en rajouter à la confusion ambiante.

Malheureusement, depuis le début de la double crise, on assiste à une profusion de feuilles de route. Les regroupements politiques, en passant par la société civile aux hommes de culture et aux associations et mouvement politique, chacun essaie de pondre de son côte une feuille de choux, pardon une feuille de route.

Au lieu que les uns perdent leur temps à critiquer les feuilles de route des autres, il aurait fallu que tous laissent tomber leurs agendas cachés et forgent le nouveau destin du Mali, dans une synergie d’actions et de pensées soutenue par une concertation nationale déjà actée dans l’Accord-cadre de sortie de crise signé entre la Cédéao et le Cnrdre, le 6 avril 2012.

Les partis ont tous pour objectif la prise du pouvoir, même si c’est souvent par des combines qui vont à l’encontre de l’intérêt général. Le pays est malade de ses politiciens et l’intervention intimidante de la Cédéao dans leurs querelles byzantines n’a pas arrangé les choses.

En fait, la crise institutionnelle se double d’une course de pouvoir. La première peut être réglée, mais la seconde est sans fin, tant qu’il y aura des politiciens armés du sentiment qu’ils peuvent accéder au pouvoir grâce à l’appui d’entités extérieures ou nationales fortes de leur pouvoir de coercition.

Pour sortir de cette crise institutionnelle, il faut absolument que les forces vives se rencontrent au Mali pour discuter du proche avenir du pays. Les conclusions de ces concertations s’imposeront à tout le monde.
Le Président Dioncounda doit siffler la fin de la recréation et donner le top départ de cette convention nationale avec la participation de la Cédéao, de l’Ua et de l’Onu comme personnes ressources. La durée de la transition, ses organes et ses dirigeants, seront choisis par cette concertation. La charte issue de cette consultation nationale est en principe la feuille de route de la transition.

Sans une telle convention, la transition risquerait d’être chaotique parce qu’on n’aura pas réglé le problème du leadership.

Le problème est que la Cédéao continue à appeler Dioncounda président par intérim, ce qui signifie qu’il ne peut ni dissoudre l’Assemblée, ni changer de PM, contrairement aux vœux exprimés par le Fdr. A y regarder de près, la notion de PM aux pleins pouvoirs signifie que le PM ne peut être changé par un autre organe de la transition, sauf s’il démissionnait. Le Cnrdre, bien que mué en comité militaire, n’acceptera aucun PM qu’il n’aura pas adoubé, conformément à l’Accord-cadre. Dioncounda, heureusement, n’est pas dans cette logique.

Tout le monde le sait. Les politiciens sèment la zizanie pour accéder au pouvoir ou pour conserver leurs baronnies. C’est pendant la gouvernance d’Att que leurs divisions étaient des plus criardes au point qu’Att apparaissait comme le fédérateur. Son slogan «Retrouvons ce qui nous unit» était révélateur des divisions des politiciens. Att parti, les politiciens sont revenus à leurs amours. Ayant écarté le capitaine Sanogo, ils peinent à s’entendre.

La chute de Dioncounda aurait été fêtée aussi bien à la Copam que chez certains membres du Fdr. C’est le candidat de la puissante Adema qui assume la présidence de la transition, poste stratégique pour permettre que ce parti rempile à la tête du Mali pour une nouvelle décennie, alors que sa gouvernance sous Alpha n’avait pas laissé que de bons souvenirs. C’est bien la raison pour laquelle des démocrates bon teint se sont retrouvés dans le camp de la Copam, qualifié abusivement de pro putsch.

Cette répartition manichéenne entre pro et anti putsch ne reflète pas les positions des uns et des autres. Certains se voient soutenir la Copam plus par calcul politique que par conviction, la peur de la résurgence du parti hégémonique à la tête de l’Etat étant le seul ciment des antis Adema. L’Adema bénéficie d’un effet d’aubaine alors que les élections qui s’annonçaient n’auguraient rien de bon pour son candidat. Elle occupe le pouvoir suprême.

C’est la raison pour laquelle elle se bat pour obtenir des ministères régaliens pour conforter sa stratégie de prise de pouvoir à l’issue de cette période confuse et trouble. Le jeu de la Cédéao, à travers Alassane, est clair: remettre l’Adema au pouvoir. Les raisons bien que non apparentes ressemblent à un retour de l’ascenseur entre les élites de l’Adema et l’ancien opposant nommé Ado.

Nouhoum DICKO

02 Août 2012