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Goodluck Dioncounda ou Jonathan Traoré ? A soixante dix ans, la baraka de l’enfant de Nara ne fait pas l’ombre d’un doute. Le voilà, une fois de plus remis à flot par les eaux tumultueuses de la politique malienne, au lieu de toucher le fond comme les autres. Il n’est pas le fils de Bill Gates mais papa est officier supérieur de l’armée coloniale et de celle du Mali post-indépendant.

Assez pour garantir l’enfance heureuse à Dioncounda qui la partagea, dit-on, avec ses copains de lycée dont le plus emblématique est le musicien Taras. Brillantes études, aptitudes supérieures en maths, le jeune bachelier atterrit en ex-Urss, après son bac en 1961 où le virus de la politique ne le lâche plus. Marx, Lénine, le matérialisme historique, la lutte des classes, Mai 68 : du pays de Staline à celui de Jaurès, l’enfant de Nara poursuit en même temps ses études et décroche un doctorat en maths sur un sujet qui n’a pas dû l’aider à éviter les prisons : « le théorème de Poisson ». Car rentré au pays après avoir enseigné en Algérie, l’universitaire muté à l’Ecole Nationale des Ingénieurs de Bamako, choisit le syndicalisme, le boulevard naturel des progressistes de l’époque. Les tenants du pouvoir ne blaguent pas alors.

Plusieurs opposants connaîtront leurs geôles. Dioncounda Traoré -Tiebilé Dramé, tout jeune, est de la partie- séjournera dans les prisons du Nord notamment à Menaka. L’homme est un ours : il n’est d’aucune chapelle de la place mais il est du combat contre le régime militaire qui dirige le Mali, sous la férule du Général Moussa Traoré renversé en mars 1991 par Att suite à de folles émeutes populaires. Vingt et un après, Dioncounda Traoré succède au même Att, première grande victime sahélienne des printemps arabes, même si l’on sait que l’instrument de ce destin écourté s’appelle Amadou Haya Sanogo.

Entre les deux chutes qui n’ont ni les mêmes significations ni les mêmes implications, s’installent la 3è République et la décennie Konaré traversées par de graves crises de dentition et de positionnement. Ephémère ministre de la Défense puis des Affaires étrangères, Dioncounda Traoré devient une équation. Il s’oriente vers le parlement, devient le chef du groupe parlementaire Adema et est recalé en 2002 à l’entame du règne Att.

En 2007, il a plus de chances. Il était, c’est vrai, le président des Abeilles depuis la démission sismique du « cadet » Ibrahim Boubacar Kéita, – les deux s’adorent !- Voici donc Dioncounda Traoré, échappé à toutes les crises de l’Adema et de la 3è République jusque-là. Une courte traversée du désert sans doute mais tout paraît lui sourire depuis 2007 où il a été élu président de l’Assemblée nationale tout en gardant la présidence de son parti. A chaque fois, on le donne fini -au propre toujours et au figuré une fois-. Et à chaque fois, il surgit et surprend. En dépit de ses airs de premier de la classe, il passe pour un rassembleur. Il ne chômera pas. Car jamais le pays n’a eu autant besoin d’être rassemblé.

Physiquement, socialement et politiquement. Bourreau des équations, le nouveau président devra très vite résoudre celle-ci : pour beaucoup de ses compatriotes il fait partie du problème alors que pour la constitution il fait partie de la solution.

Adam Thiam

Le Républicain du 12 Avril 2012