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Le comble du paradoxe : un Maire RPM et ses conseillers, en complicité avec la société de téléphonie mobile, Orange-Mali, sont impliqués dans un gros scandale de violation d’un espace de culte situé dans la Commune rurale de Sirakoro (Kita). L’affaire prend, de nos jours, une tournure si grave qu’elle a été portée devant les autorités judiciaires de Kita pour qu’elles y voient plus clair.

Lesdites autorités judiciaires devaient se prononcer le vendredi dernier. Mais avec l’absence d’une des parties citées, en l’occurrence la société Orange-Mali, l’affaire est renvoyée par le juge pour le vendredi prochain.

Par ailleurs, le Maire et ses conseillers impliqués dans le scandale joueraient à opposer les différentes communautés de la localité en poussant certains villageois à se désolidariser du chef traditionnel de la communauté des Sengué Foulani.

En attendant l’issue de cette affaire, suite à son renvoi pour le vendredi prochain par le Tribunal de Kati et la comparution de Orange-Mali, les populations des différents villages de la Commune retiennent leur souffle, pour le moment.

Rappelons que la Commune rurale de Sirakoro est située à une quarantaine de kilomètres de la ville de Kita et s’étend sur un aire de plus de 45 km. Dans ce village vivraient, depuis des siècles et dans une parfaite entente, plusieurs communautés : les Sengué Foulani, clan des chefs traditionnels, les Bassidibé et les Diallo.

Et jamais l’autorité des Sengue Foulani, fondée sur la tradition, n’a jusque là été contestée, jusqu’à cette affaire qui, en réalité, n’est que la vraie face d’un problème que le maire voudrait occulter à tout prix.

De sources émanant des villageois, dans cette affaire, il ne s’agit de rien d’autre qu’un problème de leadership que le Maire et ses conseillers cherchent à imposer.

Selon des esprits apparamment bien éclairés, les manoeuvres de la première autorité municipale consistent tout simplement à vouloir créer cette situation en vue de s’assurer un autre mandat à la tête de la Mairie : ce qui se serait avéré finalement payant pour lui.

Orange-Mali bientôt devant le juge?

Dans cette affaire aujourd’hui pendante devant le Tribunal de Première Instance de Kita, il est question de violation d’un espace sacré : le lieu de culte des Sengué Foulani.

Une violation qui a consisté à détruire ledit espace (dont la protection est aujourd’hui assurée par le chef de village, le vieux Mamby Sérif Sidibé) et à y implanter des installations d’un réseau de ligne téléphonique de la société Orange.-Mali.

Une entreprise contre laquelle ledit chef de village s’oppose aujourd’hui de façon catégorique, tout en évoquant le caractère sacré des lieux. Toutefois, le vieux Mamby Sérif Sidibé s’est dit disposé à donner son accord pour l’implantation des installations en question dans tout autre lieu du village qui (il faut le signaler) s’étend sur plus de 50 km.

Mais le Maire de le Commune s’oppose à cette proposition du vieuxchef de village, déclarant avec opiniâtreté que lesdites installations téléphoniques ne seront faites nulle part ailleurs si ce n’est sur la zone revendiquée par le vieux Mamby Sérif Sidibé, en raison de sa sacralité.

Ainsi naîtra une sorte de conflit larvée entre le Maire et le Chef de village.

Or à l’heure actuelle, ce dernier et les siens sont taxés d’être des proches du Président de la République dont ils auraient beaucoup contribué à la réélection, lors de la présidentielle de 2007.

Mieux, en tant que vieux cadre jouissant d’un réseau de relations qui oeuvre beaucoup pour le développement de la zone, l’équipe de la Mairie verrait en lui un adversaire dont il faut abattre à tout prix l’ardeur et le dévouement.

Aussi, de l’avis général, le Maire joue tout simplement à assurer l’ascension des Bassidibé, clan dont il serait lui-même est issu. Et dans la Commune, on lui prête beaucoup l’intention de viser le trône détenu par les Sengué Foulani, au profit des siens, c’est-à-dire le clan des Bassidibé.

C’est pourquoi il chercherait à s’en prendre au vieux Chef de village Mamby Sérif Sidibé et tout ce qui incarne son pouvoir.

Cela aurait d’abord consisté à des menaces d’incendie (en brûlant sa maison) que certains villageois ont proférées à l’endroit du Chef des Sengué Foulani avant d’en être dissuadés par le Sous-Préfet.

Mais le Maire oublie qu’en attribuant l’espace litigieux à la société Orange-Mali, il enfreint un Arrêté inter-ministériel en date du 14 Avril 2006 : l’Arrêté n°0600106 du ministère de l’Administration Territoriale et des Collectivités Locales.

En plus ce ceux du ministère de l’Urbanisme et de l’Habitat et du ministère des Domaines de l’Etat et des Affaires Foncières, relatifs aux conditions d’immatriculation, de lotissement et d’attribution des terrains privés immobiliers de l’Etat, des collectivités et des particuliers.

En son Article 12, cette instruction inter ministérielle mentionne : “Il est interdit aux collectivités territoriales de procéder à des attributions sur le domaine privé immobilier de l’Etat non affecté ou cédé ”.

Or, en attribuant cet espace à la société Orange-Mali pour ses installations, en dépit du caractère sacré dudit espace évoqué par le Chef de village, le Maire viole les dispositions de cet Arrêté inter-ministériel.

Le maire suscite la révolte contre le Chef de village

Ayant peut-être touché du bakchich, le Maire fait tout pour pousser les populations à la révolte et pour qu’ils se désolidarisent du Chef de village qui est opposé à son projet de destruction du lieu de culte devant abriter les installations de la société Orange-Mali. Et ce, en faisant croire que le vieux Mamby Sérif Sidibé est contre le développement de la Commune.

C’est aussi le “goût” du téléphone qui aurait amené certains vilageois à déclarer que si le Chef des Sengué Foulani s’oppose à cela, ils proclameraient eux-mêmes leur autonomie et désigneraient un autre Chef pour leur village.

D’ailleurs, certains villageois joint la parole à l’acte, en désignant autre Chef en remplacement de celui dont l’autorité est aujourd’hui contestée par le Maire et ses conseillers.

Cette situation -où une partie du village refuse la chefferie des Sengué Foulani- crée de vives tensions dans toute la localité. Et depuis lors, les Bassidibé et les Sengué Foulani (deux communautés qui ont jusque-là entretenu de très bons rapports) se regardent aujourd’hui en chiens de faïence.

Tout cela, par la faute d’un Maire peu regardant pour certains coutumes et traditions ancestrales. Ce qui paraît grave dans un pays comme le nôtre, car l’acte du Maire, en plus de porter atteinte à une pratique vieille de plusieurs siècles, constitue aussi une insulte à la mémoire du clan des Sengué Foulani, détenteur du pouvoir traditionnel.

C’est là toute la délicatesse de cette affaire que la justice de Kita est appelée à trancher le vendredi prochain, après une comparution de la société de téléphonie Orange-Mali.

Dans tous les cas, les coutumes et les traditions, c’est comme les goûts, les couleurs, la réligion ou l’opinion : celui qui y touche risque non seulement de se brûler les doigts, mais les remettre en question peut mener très loin.

Laya DIARRA

28 Mai 2008