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Prix des aliments
Comment l’Etat fait face à la hausse

Les populations maliennes, comme celles des autres pays du monde, s’interrogent depuis quelque mois sur la fin de l’ascension fulgurante des prix des produits alimentaires. Au plan national, des actions sont en cours pour atténuer les effets de cette crise mondiale.

Le gouvernement malien a organisé les 26 et 27 décembre 2007 un forum national sur les produits de première nécessité. Cet espace d’échanges, qui a regroupé les représentants de la société civile, des secteurs public et privé, a arrêté une douzaine de mesures pour faire face à la flambée des prix. Plusieurs de ces mesures sont en état d’exécution, notamment en ce qui concerne la création d’un conseil national des prix, l’application des dispositions de l’article 32 de l’Ordonnance 07-025/P-RM du 18 juillet 2007 portant organisation de la concurrence et relative à l’affichage et à l’étiquetage des prix ; le renforcement de la disponibilité des produits céréaliers en procédant à l’achat de 25 000 tonnes de céréales locales ; la mise en place d’une commission de suivi des conclusions du forum etc.
Les projets de textes régissant le conseil national des prix ont été transmis à la Primature le 7 mars 2007.
S’agissant des dispositions de l’article 32 de l’ordonnance relative à l’affichage et à l’étiquetage des prix, le gouvernement a invité les opérateurs économiques à observer la publicité des prix, à travers un communiqué publié, le 3 mars 2008.
Mais certains commerçants interprètent mal la volonté du gouvernement à assurer une transparence sur les prix. Pour eux l’Etat, n’est plus, ni moins, animé que d’une volonté de faire revenir les services des affaires économiques qui avaient pour mission de contrôler les prix. Il n’en est rien, pourtant.
L’affichage et l’étiquetage des prix est une obligation, selon le directeur national du commerce et de la concurrence, Abdramane Touré. La disposition est déjà appliquée dans certains supers marchés de la place. Elle a d’ailleurs ses avantages pour les commerçants détaillants et pour les clients. Pour Abdramane. Touré, il ne s’agit pas d’imposer des prix aux commerçants, mais plutôt d’exiger d’eux la publicité de ces prix.

Souci d’approvisionnement
Pour faire face à la flambée des prix et soutenir le pouvoir d’achat des consommateurs, le gouvernement ne ménage aucun effort pour approvisionner le pays en denrées de première nécessité. C’est dans ce cadre qu’en 2007, il a accordé de juillet à octobre une exonération des droits et taxes à l’importation sur le lait, l’huile et le riz.
Mieux, pour réduire le coût de la viande, en 2007, le gouvernement avait accordé une subvention de 260 millions de F CFA aux deux abattoirs frigorifiques de Bamako. Cette année, c’est le prix du riz qui reste instable sur le marché contrairement au lait, viande, huile et sucre. C’est pourquoi, le gouvernement a pris une série de mesures devant avoir un impact direct sur les prix aux consommateurs.
Dans le cadre de l’application de ces mesures, un cahier de charges a été arrêté pour l’importation du riz afin de réduire le prix à la consommation en contre partie des droits et taxes perçus au cordon douanier. Contrairement à 2007, l’exonération de 2008 sur le riz est accordée à tout opérateur économique habilité à importer. La durée de l’exonération s’étend du 1er avril au 30 septembre 2008 ; et concernera le riz blanchi et le riz brisure. En plus, le gouvernement s’entoure de certaines garanties. Le riz importé dans le cadre de cette opération d’exonération doit être obligatoirement vendu sur le territoire national. Il doit être cédé à un prix de gros plafond de 250 000 F CFA la tonne et à un prix de détail plafond de 280 F CFA le kilogramme. Le document, qui doit être signé par les ministres des finances et, de l’Economie, de l’Industrie et du Commerce, n’a pas été approuvé par les opérateurs économiques.
En fait, une réunion, tenue en début de ce mois entre les opérateurs économique et l’administration, n’a pas permis de trouver un consensus sur le document. Les premiers estiment que les prix fixés par l’Etat, ne peuvent être respectés parce qu’ils ne donnent pas des avantages par rapport aux prix du fournisseur.
Mais une source proche du département affirme que les négociations continuent afin de valider le document.

I. Maïga

Hausse des prix
Partout en Afrique
La hausse des prix des denrées de première nécessité est un phénomène qui a commencé en 2001 avec les changements structurels de l’économie mondiale, notamment la demande croissante en Chine et en Inde du métal et de l’énergie. Des manifestations de masse contre les prix élevés des marchandises se sont tenues un peu partout dans le monde avec souvent des émeutes au Burkina Faso, au Niger au Sénégal, en Mauritanie, et ailleurs en Afrique. Ces événements contrastent fortement avec la baisse des prix des aliments auxquels les consommateurs se sont habitués au cours des dernières décennies, et prouvent que le phénomène de la hausse des prix est mondial. Chaque pays tente de trouver une solution particulière qui pourrait atténuer la souffrance des consommateurs nationaux. En France, le gouvernement est en train de jouer sur la concurrence entre les grands super marchés.

Pendant ce temps, au Mali, les autorités multiplient les initiatives et tentent même souvent de se passer des droits et taxes afin de réduire le prix de certains produits de base. Cette hausse des prix des aliments est consécutive aux prix élevés du pétrole et des intrants, sans compter les sécheresses que connaissent l’Australie et d’autres pays, grands producteurs de céréales. Les stocks mondiaux de céréales n’ont jamais été aussi bas. Pour garantir le stock national, le gouvernement a instruit au Commissariat à la sécurité alimentaire d’acheter 25 000 tonnes de céréales locales. Cette opération, qui implique les départements des finances et de l’Agriculture, est déjà en cours avec la mobilisation du financement à travers la BDM-sa. Pendant ce temps, le Programme alimentaire mondial (PAM) organise des réunions de crise pour discuter de la possibilité de rationaliser l’aide alimentaire. Seulement, la hausse des prix des aliments de base continue de nourrir des inquiétudes à l’échelle mondiale et ses causes réelles pourront probablement perdurer.
I. M

31 mars 2008