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Le ministre de l’Economie, de l’Industrie et du Commerce Ahmadou Abdoulaye Diallo était mardi face à la presse dans son département pour échanger sur les mesures qui ont entraîné la fermeture de plusieurs unités artisanales de production d’huile ainsi que sur la politique d’industrialisation du pays.

Les échanges qu’a eus le ministre de l’Economie, de l’Industrie et du Commerce mardi en début d’après-midi avec la presse intervenaient peu après qu’il eut expliqué à l’honorable Oumar Mariko les raisons du maintien de la décision de fermeture de certaines huileries artisanales.

A l’hémicycle, le ministre répondait aux questions orales du député qui demandait la réouverture des unités artisanales de production d’huile destinée à la consommation et s’interrogeait sur la pertinence de la politique gouvernementale en matière d’industrialisation.

La décision de fermer des usines artisanales de production d’huile destinée à la consommation est intervenue suite à une mission d’évaluation de la qualité des huiles produites par les huileries et les huiles commercialisées sur les marchés locaux. La mission s’est déroulée du 30 janvier au 5 février 2006.

Elle avait procédé à des prélèvements d’échantillons sur les sites de production, les magasins de stockage et sur les marchés. La mission avait aussi contrôlé la chaîne de production de chacune des huileries.

Au total, 19 huileries, dont 6 à Sikasso, 11 à Koutiala et 2 à Ségou avaient fait l’objet de visite. 32 échantillons ont été réalisés, dont 16 auprès des huileries, 15 sur les marchés et 1 sur un vendeur ambulant. Sur les 32 échantillons, 16 ont été prélevés à Sikasso, 11 à Koutiala et 5 à Ségou.

Les échantillons ont été analysés par le Laboratoire national de la santé à Bamako conformément à la méthode harmonisée de l’Uémoa et au Codex Alimentarius dont le Mali est membre, a indiqué le ministre. A ses dires, l’analyse des échantillons a porté sur les paramètres physico-chimiques qui sont : l’indice de saponification, de peroxyde, d’acide, d’humidité et la teneur en savon.

L’enquête a révélé que tous les échantillons contenaient du savon dans des proportions variant entre 0,44 et 1,25 PPm (partie par million) de peroxyde, alors que la norme recommande une absence totale de cette substance. En outre, 5 échantillons (soit 155 %) avaient des indices d’acidité supérieure à 0,6/g, alors que ce taux doit être de 0 %.

Défaillances

Selon l’enquête, la présence du savon dans les huiles s’explique par un lavage insuffisant ou une mauvaise conduite de l’étape de neutralisation. La présence de l’acide est due à une neutralisation incomplète ou par l’absence de l’étape de désodorisation. Il faut savoir que la fabrication de l’huile destinée à la consommation obéit à plusieurs étapes que le producteur se doit de respecter scrupuleusement (voir encadré).

Par ailleurs, l’évaluation des unités de production par rapport à la chaîne de production, le système d’organisation, la qualité des équipements, ressources humaines et conditions d’hygiène, ainsi que la gestion des déchets, les conditions de stockage des matières premières et des produits, ont révélé que les unités « brûlaient » certaines étapes du processus de fabrication. Il s’agit en particulier celles de la décoloration et de la désodoration pour la grande majorité des unités.

L’inexistence de laboratoire de contrôle de qualité, l’irrégularité des prélèvements et l’absence d’emballages appropriés, car toutes les unités utilisaient des emballages de récupération, ont été, entre autres, griefs formulés contre des unités fermées.

Aux dires du ministre, son souhait le plus ardent est la reprise des activités de l’ensemble des huileries en vue de l’amélioration de notre balance commerciale. Sur ce point, il a expliqué que les huileries désireuses peuvent solliciter, pour leur formation et leur perfectionnement, l’assistance du Fonds d’appui à la formation professionnelle et à l’apprentissage (Fafpa).

Pour renforcer la qualité de leur production, 4 laboratoires ont reçu des équipements et du personnel formé. Les huileries peuvent bénéficier d’un accompagnement de ses services en vue de mieux procéder aux analyses de qualité dans les domaines de la microbiologie alimentaire, la toxicologie et l’analyse de mycotoxines.


Culture du sésame

Pour booster le secteur de la production d’huile, il a estimé qu’il est indispensable de promouvoir la culture du sésame, du soja et du tournesol afin qu’il soit possible à toutes les huileries de fonctionner toute l’année. La promotion de ces cultures est impérative d’autant que pour des besoins exprimés d’environ 1,2 million de tonne de graine de coton, l’offre ne représente qu’un peu plus de 100 000 tonnes, soit moins de 10 % de la demande.

Les 16 huileries retenues pour la campagne 2007-2008 ont une capacité de traitement de 2,586 tonnes/jour alors que la production graines de coton pendant la même campagne n’est que de 128,781 tonnes, soit moins de 50 jours d’activité.

Pour faire face aux besoins en graines de coton, exprimés par nos huileries, le pays doit produire environ 3 millions de tonnes de coton graines, soit plus de dix fois la production actuelle.

Dans l’hypothèse donc que toutes les huileries installées dans le pays disposaient d’équipements complets, elles ne pourront pas toutes fonctionner normalement à cause du déficit de graines de coton, d’où l’opportunité de diversifier les matières premières oléagineuses.

Pour le ministre, dans le contexte actuel de mondialisation, l’approche d’industrialisation la plus appropriée pour notre pays est celle qui permet de préparer nos entreprises pour mieux occuper le marché local et pénétrer les marchés extérieurs.

Dans une dynamique d’industrialisation, sept nouvelles industries verront le jour avant la fin de cette année à savoir, la Société d’exploitation des phosphates de Tilemsi, qui sera réhabilitée, Sosumar et la Nouvelle Sukala, la réouverture de Fitina-SA, une cimenterie et une laiterie dont les conventions d’établissement seront signées.


Denis Koné

03 Juillet 2008