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Entre le président ATT et ses partisans du Mouvement citoyen, l’heure de vérité arrive avec le congrès annoncé de la Force Citoyenne Démocratique (FCD). Si le président de la République qui est à son dernier mandat estime qu’il n’a pas besoin de parti politique, certains de ses alliés pensent qu’ils doivent aujourd’hui travailler pour leur propre compte. Est-ce déjà la rupture ?

Le parti Force Citoyenne et Démocratique (FCD) s’active pour bientôt tenir son premier congrès. Au siège du parti sis à l’ACI, les réunions succèdent aux réunions. Djibril Tangara et son équipe veulent passer à la vitesse supérieure. S’il est écrit dans leur récépissé de déclaration qu’ils comptent pérenniser les actions du président de la République Amadou Toumani Touré, il n’en demeure pas moins que les ex-leaders du Mouvement citoyen pensent que l’heure est venue de s’assumer entièrement.

D’ailleurs, ils sont confortés en ce sens que le fonds de commerce du général a été trop usité. D’autres acteurs de la scène politique, le PCR, les 43 partis politiques de l’ADP et toutes ces associations qui se réclament d’ATT avaient fini par leur ravir la vedette. La FCD annonce déjà ses idéaux : l’édification d’un Etat de droit, démocratique, républicain et laïc, le renforcement de l’unité nationale, la paix et la sécurité.

Parmi ses principaux leaders figurent Djibril Tangara, Hamed Diané Séméga, Hamadaou Sylla, Mme Ascofaré Oulématou Tamboura, Séricelly Magassa, Cheikh Sow… Est-ce donc un tournant pour des Indépendants qui décident de se battre au sein d’un parti politique, d’autant plus qu’ils peuvent déjà se prévaloir de deux députés à l’Assemblée nationale.

Il convient de signaler qu’au cours des dernières élections générales dont des leçons furent tirées, les observateurs se sont rendus compte que les partis politiques n’ont pas perdu toute leur crédibilité. Le nombre des élus de l’Adéma et de l’URD dépassant largement les autres formations a fini par convaincre les Maliens que, quel que soit leur mentor, les candidats indépendants auront toujours des insuffisances sur le plan politique.

Djibril Tangara et ses alliés ont certainement compris l’enjeu et décidé de mener le combat en arborant l’étiquette d’un parti politique. Selon nos sources, une vague d’opposants à cette initiative se dresse contre les ambitions de la FCD. Ces détracteurs de la nouvelle formation laissent toujours entendre qu’ATT n’a jamais conseillé aux membres du Mouvement citoyen de créer leur parti. Ce qui reste à vérifier car, d’après nos informations, ATT aurait soufflé le nom du parti FCD à ses proches. Ce qui ne l’empêche pas d’afficher publiquement la neutralité la plus absolue.

En fait, le Chef de l’Etat ne pense-t-il vraiment pas que l’heure soit venue pour ses premiers alliés de chercher leur propre voie puisque son mandat arrive inéluctablement à expiration. Sur quoi désormais vont se fonder les animateurs du Mouvement citoyen pour faire prévaloir leurs ambitions si ce n’est le vide le plus absolu. ATT le sait et c’est la raison pour laquelle, selon nos sources, il souffle le chaud et le froid.

La député Oulématou Tamboura est bien placée pour expliquer toutes les peines qu’elle rencontre à vouloir accorder des avantages politiques aux Indépendants. Elle s’est battue aussi bien à l’Hémicycle que sur la place publique pour faire comprendre les difficultés politiques des Indépendants à se faire inscrire sur les listes et à obtenir le financement public. Pourquoi donc ATT ne leur ouvrirait-t-il pas la voie pour obtenir ces avantages au sein d’un parti politique composé de membres qui tiennent à pérenniser ses actions ?

C’est donc fort compréhensible que, dans ces circonstances, il soit reconnu à ATT la possibilité de souffler le chaud et le froid tout en essayant de préserver les intérêts des uns et des autres. C’est dans ce contexte que le congrès de la FCD pointe à l’horizon. Des militants du Mouvement citoyen entendent en faire le congrès de la réunification de tous leurs membres autour de leurs leaders. Le parti entend jauger sa force réelle et envisager ses perspectives pour 2012.

Le mandat d’ATT finissant, il faudra, bien sûr, trouver le nouveau candidat du parti à l’élection présidentielle. Si le congrès n’est pas appelé à trancher cette question, elle demeure l’une des profondes motivations de la FCD à entrer dans la scène politique en tant que parti qui soit une force de proposition. Briser les limites des Indépendants et s’affirmer comme entité capable de trouver ses marques dans les services publics sont des impératifs qui s’imposent aux militants du Mouvement citoyen qui risquent de perdre tous leurs repères dès l’approche de l’échéance 2012.

C’est pourquoi, disent certains membres du Mouvement citoyen, l’heure est venue de se dire la vérité. Au fond, si ATT continue de penser qu’il n’a pas besoin de parti politique, certains de ses alliés estiment qu’ils doivent aujourd’hui travailler pour leur propre compte. Est-ce donc la rupture avec le président de la République ? En tout cas, le congrès de la FCD édifiera les observateurs sur l’opportunité de transformer le Mouvement citoyen en parti politique.

C’est pourquoi, à contrario, des individus s’activent pour rappeler sans cesse qu’ATT ne veut pas de parti politique. Est-ce vraiment le moment de le dire où l’heure est-elle venue de reconnaître la pertinence du choix de ceux qui l’ont accompagné jusqu’à son dernier mandat ? A cette étape, cela devient une question d’éthique.
Ne pas renvoyer l’ascenseur à temps serait le signe du mépris. Pas seulement à l’endroit des partis politiques.

Baba Dembélé

14 Février 2008.