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Au sein de la classe politique, il n’y a jamais l’unanimité autour de l’organisation des élections. Cela est une constante dans le processus électoral malien. Mais cette année, au moment même où on pensait qu’il ne devrait pas y avoir de problème, certains acteurs politiques sont montés au créneau pour se plaindre des lacunes et insuffisances dans l’organisation des prochaines élections communales.

Cela est de bonne guerre en démocratie, surtout lorsqu’on a la certitude que ceux qui se plaignent sont de bonne foi. En effet, le souci permanent de toutes les parties prenantes au processus électoral au Mali doit être la réussite des élections.


Le fichier électoral d’hier a aujourd’hui

Il aurait été souhaitable que tout soit parfait, mais, les expériences récentes de l’organisation des élections au Mali, de l’ouverture démocratique à ce jour, démontrent à suffisance qu’il n’est pas facile d’obtenir ce que certains voudraient bien, notamment en ce qui conserne la qualité du fichier électoral.

Hier comme aujourd’hui, le fichier électoral est matière à contestation le long du processus démocratique malien. Toute chose qui démontre que les différentes parties prenantes ne s’impliquent pas pleinement dans les opérations de recensement, mais aussi de révision annuelle des listes électorales. Dans ces conditions, à qui faut-il imputer la responsabilité de ces situations?

Ce qui est sûr, c’est une erreur de vouloir toujours faire porter le chapeau à ceux qui sont au pouvoir au moment des faits. La responsabilité de la qualité du fichier électoral est donc partagée. Qu’à cela ne tienne, les contestations sont permanentes au sein de la classe politique. Alors, que faire?

Les premières contestations

On se rappelle qu’après l’ouverture démocratique le Comité de Transition pour le Salut du Peuple (CTSP) présidait aux destinées du pays. C’est sous sa houlette que le premières élections démocratiques ont été organisées au Mali. Pendant que ATT était le président du CTSP, Soumana Sacko était son Premier ministre.

Déjà, le 28 Février 1992, plus d’une vingtaine de partis politiques avaient fait une déclaration avec l’intention de boycotter les élections. Leurs représentants avaient formulé des griefs quant à la sincérité du scrutin.

L’Adéma qui était le parti majoritaire avait largement remporté les différentes élections organisées, de la présidentielle aux communales, en passant par les législatives.

Les responsables de plusieurs partis politiques ont tenté de se justifier quant à leur échec. Qu’à cela ne tienne, l’Adéma avait déjà l’avantage d’avoir été le parti qui s’était donné les moyens de s’implanter mieux que tous les autres. D’ores et déjà, les uns et les autres ne pouvaient que s’assumer.


1997, année de la grande débâcle électorale

L’année 1997 correspond à la date du renouvellement du mandat de l’ancien président de la République Alpha Oumar Konaré issu de l’Adéma. C’est à cette date que les débats politiques ont atteint leur paroxysme entre le pouvoir Adéma et l’opposition, en particulier les représentants des partis membres du Collectif des Partis Politiques de l’Opposition (COPPO).

Il y avait de la passion dans l’air et on parlait même de l’imminence de l’insécurité dans le pays. Ce fut un moment où l’opposition avait affirmé qu’elle ne reconnaissait pas le président élu d’alors que ses membres appelaient M. Alpha Oumar Konaré.

Il y a eu des contestations allant jusqu’à des casses, incendies et autres. C’est justement dans un tel contexte que le Premier ministre d’alors Ibrahim Boubacar Kéïta a pris sur lui la responsabilité d’emprisonner certains leaders de partis dont des acteurs du Mouvement Démocratique.

Il était posé un problème de fiabilité du fichier électoral, donc de la transparence des élections. Comme il fallait s’y attendre, certains partis politiques ont dû boycotter les élections, pour raison de non fiabilité du fichier électoral.

L’histoire va-t-elle se répéter en 2009 ou en 2012? Il est difficile, pour le moment, de répondre à cette question, étant donné que les uns et les autres on eu l’opportunité de tirer les leçons des boycotts passés.


DE 2002 A 2007

Les élections de 2002 n’ont pas échappé aux mêmes revendications de certaines composantes de la classe politique, tout comme d’ailleurs celles de 2007, lors de la réélection du président Amadou Toumani Touré. Certains acteurs politiques avaient même suggéré que les autorités fassent l’audit du fichier électoral.

Mais rien n’y fut. Ainsi, pour manifester leur mécontentement, il y a eu un test d’occupation de la rue par des acteurs politiques. Mais la réaction des forces de l’ordre a été spontanée, dispersant du coup les manifestants. Dès lors, ce fut un avertissement pour les uns et les autres, surtout que dans la mémoire collectives des Maliens il y a un précédent.

Aussi, au moment où nous nous apprêtons à aller vers la tenue des élections communales de 2009, des voix s’élèvent pour soutenir que le fichier électoral disponible n’est pas fiable et qu’il faille reporter la date des élections.

Il n’est pas évident que les acteurs politiques choisiront de boycotter les élections de 2009 ou de 2012. On sait qu’en général ceux qui boycottent les élections sont des perdants. Alors, à chacun de choisir la voie à emprunter.

Pourtant, on ne peut affirmer que les autorités successives du pays n’ont rien fait pour qu’il y ait des améliorations. en témoignent les recensements comme le Recensement Administratif à Caractère Électoral (RACE) et le Recensement Administratif à Caractère d’Etat Civil (RAVEC) qui vient de démarrer.

Il appartient donc aux composantes de la classe politique, quelles que soient leurs divergences, de s’impliquer tous pour corriger les lacunes et insuffisances afin de mettre fin à des contestations qui ternissent l’image de la démocratie malienne.


Moussa SOW

13 Février 2009