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L’ouverture démocratique au Mali est le fruit d’un long processus. Elle n’a pas été décrétée, mais a résulté de situations socio-économiques et politiques particulièrement conjoncturelles ayant suscité le sursaut d’une frange importante de la société. L’adhésion massive à la lutte pour l’ouverture démocratique est la preuve qu’il y avait la nécessité d’un changement qualitatif de la société.

Le changement qualitatif réclamé est-il au rendez-vous? Beaucoup d’acteurs politiques doutent de cela. Y compris certains qui ont été des décideurs au commencement de ce processus. Comment se fait-il? On ne cesse de se le demander au sein de l’opinion publique nationale. La mémoire des martyrs du 26 Mars et les idéaux de cette révolution, tels sont les enjeux de la classe politique et d’une frange de la société civile.

Les racines du mal

Où se trouvent les racines du mal vivre d’aujourd’hui? C’est la réponse à cette question qui est essentielle à présent. D’emblée, le pays souffre de l’esprit partisan et revanchard, le tout emballé dans l’incivisme, le déficit de patriotisme et peu d’attention pour ceux qui en ont le plus besoin. Si cette situation s’améliore, elle est loin d’être des plus reluisantes, les intérêts individuels et de groupuscules ayant pris le dessus sur ceux collectifs.

Que ce soit dans le domaine de la gestion des affaires publiques ou du processus électoral, on ne parle que de l’influence négative de l’argent. Toute chose qui démontre qu’après la victoire de la révolution de Janvier à Mars 1991, les idéaux n’ont pas été prônés comme cela se doit par tous ceux qui se réclament du 26 Mars.

Une menace sur l’approfondissement de la démocratie

Cette tendance est dangereuse, puisque constituant une menace pour l’approfondissement du processus démocratique au Mali. Les acteurs politiques, toutes sensibilités confondues, doivent se dire qu’aucun pouvoir ne travaillera à leur place ni ne plaidera systématiquement pour leur cause.

Le rôle qui leur est dévolu est si important qu’ils ont l’obligation de s’assumer. Le processus démocratique malien n’en profitera que lorsque les prétentions diminuent au profit des actions concrètes. Malheureusement certains donnent l’impression d’être particulièrement voués à la cause de la démocratie.

Le fondement des contestations

Ce qui ne se confirme pas par les actes qu’ils ont posés de l’ouverture démocratique à ce jour. La tradition s’est instaurée au Mali chez beaucoup d’acteurs politiques d’alimenter la contestation de tout sur la ligne, simplement parce qu’ils n’ont pu obtenir du pouvoir ce qu’ils recherchaient, en l’occurrence des postes de responsabilités.

Les Maliens ne les ont-ils pas vus ici pendant les premières années de l’ouverture démocratique après la victoire de l’Adéma aux différentes élections? Le plus important pour eux, c’était de faire en sorte de profiter financièrement de la gestion du pouvoir.

Parmi ceux-ci, certains, à force de s’agiter, donnent par là même la preuve de leur cupidité, de leur insouciance face aux préoccupations fondamentales et légitimes du peuple. En effet, pendant une dizaine d’années, ils étaient là dans le cadre des Partis Signataires du Pacte Républicain (PSPR) ou de la Convention
Nationale pour la Démocratie et le Progrès (CNDP), tout tranquilles, partageant le pouvoir de l’Adéma.

A ce moment, ils ne manifestaient aucune virulence, tant ils trouvaient leurs comptes. Qu’ils le veulent ou pas, ils se sont comportés en complices de plusieurs situations qui, au file du temps, sont devenues endémiques. Ils auraient dû, dès ce moment donner de la voix pour éviter des reculs démocratiques.

Incompétence et caprices

Les débats qui se sont déroulés à la télévision nationale le dimanche soir en sont une parfait illustration. En effet imaginez des gens plus exigeants envers les autres qu’eux mêmes. Ils demandent aujourd’hui à ce que toutes les conditions soient réunies, pendant qu’ils ont eu eux mêmes le temps et les moyens de faire en sorte que nous ne soyons pas à ce niveau de débat.

D’ores et déjà, ils donnent par leur propre comportement la preuve de leur incompétence. Dans ce cas, pourquoi donnent-ils encore l’impression d’avoir des ambitions? Pour qui et à quelle fin? L’opinion publique, au regard de ce qu’elle sait déjà de ces acteurs politiques va difficilement adhérer à leurs idées et projets, sachant bien qu’ils n’iront pas loin dans les faits.

A la différence de ceux-ci, certains participants ont eu un comportement exemplaire en cette circonstance, puisqu’ils ont jugé nécessaire que la partis politiques s’assument pleinement afin d’éviter tout malentendu au sujet du processus électoral.

A vrai dire les représentants du Parena, Djiguiba Kéïta dit PPR et du RPM Bakary Konimba Traoré étaient les deux catalyseurs de la contestation. Ce qui est sûr, c’est que leur position actuelle les met à l’aise d’agir aujourd’hui ainsi.

L’opinion face a des prétentions

Mais comment l’opinion publique nationale apprécie cette attitude? Est-elle vraiment crédible? Sont-ils eux mêmes à l’aise pour jouer un tel rôle qui ne s’inscrit pas en droite ligne de la consolidation du processus démocratique au Mali?

L’opinion appréciera. Mais en attendant, il est nécessaire l’on dépassionne le débat politique afin de poser des actes qui permettent d’apporter des contributions de qualité à l’approfondissement de la démocratie. L moins qu’on puisse dire, c’est qu’il faut aussi avoir le sens de l’autocritique.


Moussa SOW

31 Mars 2009