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Les rapports des forces politiques, objectivement ne sont pas égaux. Malgré cela, l’opposition qui est dans tous ses états depuis la veille des élections ne démord pas par rapport à sa position face au processus électoral.

LES EXIGENCES DU FDR

Récemment, les membres du FDR ont diffusé une déclaration, à travers laquelle ils ont posé des conditions à leur participation aux élections législatives qui pointent à l’horizon. Ces conditions sont au nombre de quatre, à savoir: l’audit du fichier électoral, l’impression de bulletins de vote numérotés à souche avec filigrane à l’extérieur, l’état exhaustif des cartes non distribuées, la neutralité de l’administration et de l’armée. Dans le délai imparti, est-il possible de réunir toutes ces conditions? C’est la question que l’on se pose en tout cas.

Aussi, cela nous amène à nous demander si toutefois les membres du FDR ne projètent pas le boycott des élections législatives. Dans tous les cas, il y a des questions urgentes à résoudre pour éviter que les mêmes lacunes et insuffisances reviennent à toutes les élections. Les acteurs politiques n’en sont-ils pas convaincus? On regrette le fait qu’après les élections générales de 2002 les acteurs politiques ne se soient pas préoccupés des lacunes et insuffisances du processus électoral au Mali.

Pourtant ils avaient eu l’opportunité d’en tirer des enseignements. Qu’est-ce qu’ils en ont donc fait? On pensait au moins que la relecture de la loi électorale avait permis de résoudre l’essentiel des questions de préoccupation de la classe politique. Au regard des contestations tous azimuts en cours, on se demande si les acteurs politiques qui en étaient des partis prenantes ont pris les choses au sérieux. Tout compte fait les candidats du FDR sont rémontés contre la manière dont les élections ont été organisées, se sont déroulées.

LE PHENOMENE ATT

En effet, avec ce qu’on pourrait appeler le phénomène ATT et les nombreux soutiens dont il a bénéficié, il va de soi que le camp présidentiel gagne le scrutin du 29 Avril indépendemment même des cas de fraude dont les opposants font allusion. Alors pourquoi tant de bruits dans les rangs de ceux qui sont désormais appelés à animer l’opposition politique au Mali? Il faudra que les uns et les autres soient un peu réalistes, qu’ils évitent d’avoir des tendances visant à prendre en otage notre processus électoral. Cela est à l’avantage de toutes les Maliennes et de tous les Maliens.

Le processus démocratique au Mali comme ailleurs en Afrique connait toujours des problèmes: lacunes et insuffisances. En plus de cela, il existe généralement de mauvais perdants aux élections au Mali et en Afrique de façon générale, d’où la fréquence des contestations post-électorales qui, malheureusement débouchent le plus souvent sur des crises politiques aiguës. Au stade actuel de l’évolution de notre processus démocratique, le Mali a-t-il besoin de telles situations?

LA RESPONSABILITE FACE A LA DEMOCRATIE ET A L’HISTOIRE

Les candidats malheureux au scrutin du 29 Avril savent eux mêmes que notre pays n’a pas besoin de situation de trouble pour des motifs politiques. Dès lors, il y a nécessité que les uns et les autres reconnaissent la victoire du vainqueur et qu’ils se soucient plutôt des échéances à venir. Etre candidat aux élections présidentielles veut dire beaucoup de choses, même si le score qu’on a obtenu n’est pas honorable.

Le combat politique est certes une réalité, mais la responsabilité face à l’histoire, à l’avenir même du pays est une autre chose. Il nous faudra encore du temps pour venir à bout des facteurs qui sont à l’origine des contentieux électoraux. Il s’agit surtout de la difficulté pour les partis politiques d’avoir en leur sein une véritable culture politique qui reposerait sur un fondement idéologique puissant susceptible d’instaurer la fidélité et le dévouement chez les cadres, militants et responsables. La finalité devra être la culture de la confiance et du respect de la différence, de l’autre.

DES ENTRAVES A L’EPANOUISSEMENT DES PARTIS

Nous sommes loin aujourd’hui d’une telle approche qui privilégie l’épanouissement des partis. Ils sont toujours en proie à des tensions et dissenssions. On a même compris que les instances destinées au règlement des différends au sein des partis politiques ne sont pas efficaces. En effet, on assiste à des démissions de la plupart des partis politiques sans que ces structures n’aient leur mot à dire. Ainsi, on se demande quel rôle jouent les différentes commissions de reconciliation et d’arbitrage aujourd’hui dans les partis.

Si les efforts sont multipliés du côté des structures de renforcement des capacités des partis comme ceux du Projet de Partenariat pour le Renforcement de Capacité des Partis Politiques( PPRCPP) à l’endroit des partis, force est de constater que jusqu’ici il y a des problèmes endémiques au sein des partis qui ne pourront être résolus que par les acteurs politiques eux mêmes. Il serait une erreur d’espérer que d’autres accompliront cette tache à leur place. Au regard de ces quelques facteurs constatés qui représentent des entraves sérieuses à l’épanouissement des partis politiques, il ne fait aucun doute que les acteurs politiques sont aujourd’hui interpellés.

Les taux de participation aux différentes élections, jusqu’ici enregistrés depuis l’ouverture démocratique ont toujours été en deçà des attentes. A ce niveau, il est maladroit de crier au scandale en indexant le président de la République, que ce soit ATT ou un autre.

LES ACTEURS POLITIQUES INTERPELLES

La mobilisation des électeurs est l’affaire des acteurs politiques en premier lieu, eux qui ont vocation à conquérir le pouvoir. Il faudra donc que ceux-ci jouent pleinement leur partition; cela permettra sans doute de relever le niveau de la participation aux élections dans l’intérêt de tout le peuple et pour l’approfondissement du processus démocratique malien. Dans ces mêmes conditions, on parlera moins de fraude en matière électorale et la problématique de la légitimité des élus sera résolue.

En effet, ces temps-ci, surtout après le premier tour des élections présidentielles, il est beaucoup question de la faiblesse du taux de participation. Pour certains acteurs politiques malheureusement, cela incombe au pouvoir, à l’administration. Cela est une erreur fondamentale, et l’argument qu’ils ont, à savoir qu’ils n’ont pas de moyens financiers ne tient pas. Espérons qu’au terme des élections générales de 2007, les efforts de l’ensemble de la classe politique convergeront vers l’atteinte des objectifs de relèvement du taux de participation aux élections. D’ores et déjà, il n’est un secret pour personne que c’est à la veille des élections surtout que les acteurs politiques s’activent.

Au motif qu’ils n’ont pas suffisamment de moyens financiers pour faire face aux charges de leurs partis, ils abandonnent ainsi les militants de base pendant la longue période post-électorale. Ainsi, c’est toujours un éternel recommencement.
Moussa SOW

11 mai 2007