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Chaque jour suffit sa peine, dit-on. A des pas minutieux et de géant, mais sans obstacles, les deux processus privilégiés (politique, militaire) par les acteurs dans le dossier (CEDEAO, UA, ONU, UE etc.), pour la résolution de la crise malienne seraient tous sources d’inquiétudes et de questionnements : l’ampleur de l’instabilité institutionnelle ; doute sur le respect du calendrier pour rendre le Mali souverain ; probable fusion des occupants du nord, conséquence de l’insécurité dans le sud etc. Sur les traces d’un destin étouffé.

Des évidences qui se dégagent aujourd’hui. Non malléables, elles résultent de la décision finale des chefs d’Etat et de Gouvernement de la CEDEAO quant à la validation, le dimanche 11 novembre, de l’harmonisation des opérations pour le déploiement de la force étrangère en appui à l’armée malienne. Une dernière retouche de la CEDEAO dans le dossier avant son appréciation et l’approbation par le Conseil de Sécurité de l’ONU, le 26 novembre, pour l’intervention militaire.

L’instabilité institutionnelle

Elle reste aujourd’hui l’inquiétude majeure des observateurs pour la bonne réussite de la mission. Recommandée dans la résolution 2071 du Conseil de Sécurité de l’ONU, qui même si elle prône l’option militaire, n’a pas épargné aussi le processus politique. Vue l’atmosphère délétère entre les différents bords politiques, syndicats etc. depuis le coup d’Etat du 22 mars. Au regard de la situation, pas de réconciliation, et le mercure monte. Les derniers reproches au Premier ministre, Cheick Modibo Diarra, quant à sa probable candidature tout en violant ce qui résulte du consensus, le boycott des concertations nationales par le Front Démocratique pour la République(FDR), en sont les exemples palpables. Une crainte dans le sud (surtout dans la capitale) qui pourrait rendre difficile des jalons qu’ont posé les acteurs quant à la résolution de la crise malienne. Mais le Conseil de Sécurité n’est pas resté sans réaction face à ce problème et exige sans délai un consensus entre politiques maliens (RFI). Sera-t-il écouté par les semblants assourdis ?

Non respect du calendrier

Les chefs d’Etat et de Gouvernements de la CEDEAO ont adopté le 11 novembre dernier le concept harmonisé du plan d’intervention militaire. Au final, c’est 3.300 militaires Ouest-africains et de pays amis, peut être, qui viendront épauler les 5000 militaires de l’armée malienne. Le consensus sur le plan d’intervention, son délai et les ressources financières seraient source de débats houleux. Selon des informations relayées par RFI la CEDEAO a fait une facture de 500 millions de dollars pour l’accomplissement de la mission pendant six mois, mais des experts français et autres ne conçoivent pas la facture au même montant. 200 millions de dollars pour 6 mois. Un écart considérable entre les sommes et les mois.

Au delà de ces polémiques déjà, il faut se poser la question de savoir, à quand l’intervention militaire ? Surtout quand on sait qu’il faut d’abord, et mobiliser les militaires étrangers et former les militaires maliens, attendre les logistiques et armements promis. Cela prendra des mois et risquera de jouer sur le calendrier prévu pour rendre le Mali souverain à travers des élections libres et transparentes (plus tard mai 2013.)

Communion entre les occupants

Cette adoption du plan d’intervention militaire a mis sur les nerfs les soi-disant fréquentables par les acteurs dans la crise malienne parmi les occupants des territoires. Quelques heures plus tard, après adoption, le Mouvement National pour la Libération de l’AZAWAD(MNLA) et An Sardine ont tous condamné la décision. Car pour eux, on ne peut pas privilégier la négociation et en même temps opter pour la guerre dont les populations du nord seront victimes. Mais ils disent toujours donner un peu de chance à la négociation. Des tensions de menace, par peur ? On ne saurait le confirmer, mais on sait qu’An Sardine et le Mouvement pour l’Unicité et le Djihad en Afrique de l’Ouest et d’autres ont le même dénominateur commun (l’application de la charia). Le mouvement d’IYAD n’est pas prêt à les combattre et au cas où la négociation confirme ses limites, pourrait communier avec MUJAO et autres mouvements qui disent lutter au nom de l’islam.

La peur de l’insécurité

Ce dernier point souscrit dans nos observations suscite beaucoup de débats aujourd’hui. Depuis le coup d’Etat du 22 mars, le sud sinon la capitale malienne, reçoit n’importe quelle identité sans contrôle digne de ce nom au niveau des postes de contrôle. Les décideurs se soucient de leur stabilité que plutôt de tout prévenir, même des attentats à Bamako. Le cas du Franco-Malien, Ibrahim Ouattara en est un cas patent. Quitter la France pour un séjour à Bamako sans être identifier. De Bamako, se diriger vers le nord via Ségou et d‘autres gros villages où il y a des postes de contrôle sans être arrêté jusqu’à Sévaré. Et pourtant il ne parlait que le français et disait aller au nord. Pas d’indice suffisant que ça pour découvrir qui il est ? En plus de cela, nous avons vu le cas du Tunisien qui a fait un attentat contre l’Ambassade de la France en 2011. Lui aussi arrêté jusqu’à l’entrée de Gao.

Rien ne nous prouve aujourd’hui que les terroristes et djihadistes ne soient pas présents parmi nous à Bamako, comme l’a souligné, l’ex procureur près La cour d’Appel de Bamako, Souleymane Coulibaly, lors d’une rencontre à la Maison des Aînés sur la sécurisation du Sahel Occidental. « Les djihadistes sont déjà parmi nous à Bamako », a-t-il confirmé ce jour là.

Ce qui est à craindre, ce sont les attentats dans la ville, le jour même que le premier convoi des troupes étrangères foulera le sol malien.

Que Dieu veille sur le Mali.

Boubacar Yalkoué

La Nouvelle Patrie du 20 Novembre 2012